SITUATION PRÉSENTE DU PATRON
Mais n'y a-t-il point de la faute du patron? n'at-il rien à se reprocher et n'a-t-il rien à réparer?
Nous avons déjà, au début de cette étude, signalé la gravité du fait de la guerre sociale à laquelle nous sommes tous directement ou indirectement mêlés. Ici nous considérons le fait, quant au remède à y opposer ; nous recherchons quels sont les obstacles que la réforme industrielle, dont la nécessité n'est plus guère contestée, rencontre dans les coutumes et dans les lois de la société contemporaine ; nous nous demandons ce qu'il y aurait à faire, pour mettre les patrons en mesure de combattre avec succès les maux dont ils sont en partie cause.
Le patron est-il toujours, dans notre état social et avec le régime civil et politique qui en est la conséquence, est-il vraiment et pleinement libre de faire ce que le sentiment du devoir réclame de lui? On peut répondre avec assurance qu'il ne Test pas.
Il y a un souffle d'individualisme qui pénètre la société, qui sépare les classes des classes, et, dans une même classe,les individus des individus.
Le pouvoir et les lois se font les complices de ces influences dissolvantes. On suscite obstacle sur obstacle à toute tentative d'action commune, à tout effort associé ; d'autre part, on seconde toute entreprise inspirée par l'intérêt égoïste et la prétention démocratique.
Quand on tolère l'association, c'est en lui refusant le moyen de se constituer sérieusement. Au lieu de la considérer comme un moyen d'entente entre patrons et ouvriers, on aime surtout à y trouver un instrument de guerre qui servira à mettre le patron à la merci de l'ouvrier. Les syndicats ouvriers, lorsqu'ils sont formés suivant l'esprit de la démocratie, doivent aider à organiser les grèves, et contribueront à rompre de plus en plus l'équilibre des forces du monde industriel.
Si les lois du régime moderne favorisent des entreprises de patronage, ce sont celles qui ont pour but des améliorations matérielles, des réformes tout extérieures dans la vie de l'ouvrierf non celles qui viseraient à la réforme de sa vie morale.
D'ailleurs le système général des lois n'a-t-ÏI point pour effet de maintenir dans un état de mobilité perpétuelle les populations ouvrières, sous prétexte de liberté individuelle ?
Ne fait-on pas tout ce qu'il faut pour rendre précaire !a position du patron par une concurrence sans mesure avec l'étranger ? Les mosurs et les lois ne mettent-elles pas, du moins, ne favorisentelles pas l'instabilité dans le monde industriel par l'instabilité de la propriété ? En brisant la continuité des œuvres d'une génération à l'autre, en mettant le patron dans l'impossibilité de compter sur le lendemain ne lui enlève-t-on pas le