‹ Le patron, sa fonction, ses devoirs, ses responsabilitésChapitre 8 sur 26 · S. Th. II II P., q. 26, A · texte numérisé non relu

S. Th. II II P., q. 26, A

son chef, et quelquefois par plusieurs de ses membres, à l'entreprise industrielle. Des obligations plus strictes ne naissent-elles pa,s aussi là où les ouvriers ne peuvent attendre de secours que du patron et de la famille du patron, surtout si cette particularité provient des conditions mêmes dans lesquelles s'est établie l'industrie, par exemple, en appelant sur un point du territoire des ouvriers venus d'ailleurs, ou en faisant appel aux bras d'une population entière ? L'autorité morale et les ressources matérielles inhérentes à la qualité de patron, surtout là où l'établissement industriel est unique, lui donnent une puissance d'ascendant toute particulière, dont il a le devoir d'user en faveur de ceux qui sont ainsi naturellement soumis à son influence. Enfin, par le fait même que la grande industrie engendre, pour ainsi dire, d'elle-même, comme une nécessité sociale, une cia-sse ouvrière dans laquelle, à raison de l'agglomération et des contacts perpétuels, des ferments mauvais peuvent plus facilement se développer et préparer l'explosion des passions révolutionnaires, la société a le droit d'attendre du patron qu'iltravaille, par son influence personnelle et par des institutions moralisatrices, à contrebalancer les influences perverses et à conjurer le péril social qui sont nés à son occasion.

« Il n'entre pas dans notre plan de descendre dans le détail de toutes les applications qui

LES RESPONSABILITÉS DU PATkOX. 89

peuvent être faites de ces principes. Contentonsnous d'en indiquer quelques-unes.

« D'après les données précédentes, n'est-il pas évident, par exemple, que, si un industriel ne peut augmenter ses bénéfices qu'en constituant ses ateliers d'une façon qui crée des dangers à la vertu, comme serait le mélange des sexes, il doit renoncer à ce surcroit de bénéfice plutôt que de créer un péril grave à la vertu de ceux et de celles qu'il emploie? Car, ici, c'est la nécessité grave ou même extrême des âmes qui se trouve en conflit avec l'intérêt matériel ordinaire, ou tout au plus grave, et doit l'emporter sur celui-ci. Et, si, par ia nature de l'industrie ou par des nécessités économiques inéluctables, il est contraint de supporter un état de choses dangereux, il est tenu de contrebalancer le mal, en procurant contre lui tous les secours qui sont en son pouvoir, afin de ne pas acheter son avantage temporel nécessaire au prix du scandale donné aux âmes.

« S'il devient évident que, contre les dangers nés de l'agglomération ouvrière, des œuvres de préservation religieuse et morale sont indispensables, et si ces œuvres ne peuvent être entreprises et accomplies que par le patron, et le peuvent être par lui, qui ne voit que la charité lui fait une obligation de les créer et de les entretenir, autan t que ses ressources le lui permettent? Ici, en effet, la nécessité spirituelle grave existe ; or, à la né-

go ■ CHAPITRK VIII,

cessité spirituelle portée à ce degré, on doit sacrifier non seulement de son superflu mais même du nécessaire, à plus forte raison, du convenable à sa situation.

« C'est pour obéir au même ordre de considérations que les patrons de certaines usines ont favorisé, ou même provoqué, à leurs frais, dans l'intérieur de leurs ateliers, des exercices religieux et des cours d'instruction permanents ou transitoires, lorsqu'ils ontété jugés par l'autorité ecclésiastique utiles, ou même nécessaires, à la conservation et au développement de la religion et à la pratique des devoirs chrétiens chez la famille ouvrière. La vigilance et quelques sacrifices pécuniaires peuvent être également requis, pour procurer efficacement l'observation du repos dominical, en dégageant la conscience du patron de tout scandale et de toute coopération à la violation de cette loi sacrée. L'interdiction des blasphèmes, de la circulation des publications irréligieuses ou immorales, appartient à la même catégorie d'application de la loi de charité.

« Une conséquence non moins nécessaire que les déductions précédentes, concerne les auxiliaires auxquels le patron délègue une part de son autorité. Dans le choix qu'il fait, de ceux d'entre eux surtout qui exerceront une influence immédiate sur les ouvriers, peut-il s'inspirer uniquement des aptitudes professionnelles des can-

didats, et ne pas s'inquiéter de Taction morale que leur conduite et leur langage exerceront sur leurs subordonnés? Agir ainsi serait acheter son avantage pécuniaire au prix du danger spirituel de ses ouvriers, ce qui est contraire aux principes énoncés plus haut sur le conflit des divers intérêts.

« Entre les pratiques de la charité spirituelle,^ se placent le bon conseil qui prévient le mal, l'admonition qui le corrige ou en arrête les progrès. Qui ne voit que là où existe Tespoir fondé d'empêcher que le mal ne se produise ou d'en arrêter les suites, si le bon avis ne peut être donné que par le patron ou quelqu'un délégué par lui, ou bien, s'il doit être beaucoup plus efficace descendant de cette source, la charité fait au patron une obligation de porter secours à son inférieur par ce moyen ?

« Les applications que nous venons d'indiquer sont empruntées exclusivement aux obligations de la charité dans l'ordre religieux et moraL Nous y avons quelque peu insisté, parce que, dans cette classe de devoirs, les conséquences des principes se dévoilent moins immédiatement que dans le domaine de la bienfaisance corporelle. Par rapport à celle-ci, nous nous contenterons de mentionner la part que la charité peut revendiquer dans l'organisation des institutions économiques, qui apportent un secours considérable

^^B aux besoins temporels de la famille ouvrière, et ^^^ aussi dans le surcroît de précaution que cette r même charité peut suggérer au chef d'usine, pour

L prévenir les accidents et en atténuer les effets.

^^■^ «On voit, par ces quelques exemples, combien ^^^B sont nombreuses et variées les applications du ^^V devoir de charité dans la vie du patron, et aussi ■ quelle vive lumière est apportée à!a solution des

cas particuliers par les principes des théologiens, sur la prééminence respective des divers degrés de nécessité dans les deux ordres de charité spirituelle et temporelle.

« Il a été fait plus d'un abus de la parole tombée des lèvres d'un ancien Père, au sujet du pauvre: Non pavisli, occidisti «Vous lui avez refusé le pain, vous êtes homicide. ï> Tantôt on y a vu une exagération oratoire sans portée doctrinale, tantôt on en a forcé l'application. Elle est cependant d'une exactitude rigoureuse si on la place dans son cadre. L'orateur chrétien suppose le cas du pauvre réduit à l'extrême nécessité. Celui qui seul était en possession du secours, le lui a refusé et l'a laissé mourir de faim; il est responsable de sa mort, non point devant le tribunal des hommes mais devant la justice de Dieu. Si, dans notre société moderne, ce texte rencontre rarement son application littérale, qui oserait dire toutefois qu'aucun chef de la grande industrie, descendant jusqu'au fond de sa con-

science, n'a pas pu en entendre Técho ? Est-ce chose inouïe de rencontrer des populations chez lesquelles Taffaiblissement de la foi, la dépravation des mœurs, et Téclosion des passions anti-sociales ont coïncidé avec rétablissement ou le développement de quelque grande industrie ? Partout où ce triste phénomène s'est produit, les chefs d'usine se sont-ils posé cette question : Est-ce par une coïncidence fortuite que le niveau moral s'est abaissé autour de moi, en proportion de l'expansion de mon industrie? Puis-je me rendre le témoignage que j'ai fait tout ce qui était en moi pour que l'édifice de ma fortune ne s'élevât pas sur les ruines des âmes? Hommes si scrupuleux dans l'accomplissement des obligations qu'impose la justice, pourriez-vous fouler aux pieds sans remords le devoir de la charité?» On peut à présent juger, en pleine connaissance de cause, de l'étendue des devoirs du patron à l'égard de ses ouvriers.

Mais le patron a aussi des devoirs envers les autres patrons.

D'abord, bien des œuvres que comprend le patronage du chef d'industrie envers ses ouvriers, ne peuvent être sérieusement pratiquées que moyennant une entente entre les patrons d'une même industrie. Dans grand nombre de cas, ce n'est qu'en groupant les ressources qu'on peut rendre

mm

^ CHAPITRE Vlll.

Je patronage efficace. D'ailleurs, beaucoup d'institutions très utiles à la classe ouvrière ne peuvent se fonder, et ne peuvent fonctionner avec succès, que si elles sont établiessur des proportions assez «tendues.

Par exemple, n'arrive-t-il pas que bien des ateliers ne suffisent point, par eux-mêmes, à fournir les éléments d'une association professionnelle ou corporation ouvrière ?

Dans ces cas, le plein accomplissement des devoirs des patrons envers leurs ouvriers, dépend de la bonne entente qui s'établit entre eux.

L'entente des patrons est d'ailleurs indispensable, pour que l'autorité de chacun d'eux soit suffisamment respectée. Le serait-elle si, lorsque le patron est obligé d'user d'une sévérité, toujours paternelle sans doute, mais parfois gênante pour ■celui qui la subit, l'ouvrier pouvait trouver refuge et soutien près des autres patrons, de naanière à s'assurer l'impunité?

Les patrons ont encore,les uns envers les autres, un autre devoir : celui de s'abstenir de toute mauvaise concurrence.Ceci est un devoir de loyauté et de probité qui rentre dans les règles générales de la morale.

Un des grands obstacles au patronage, c'est la situation précaire que la concurrence fait aux patrons. Que toute concurrence déloyale doive ■être bannie de la vie industrielle, c'est inutile à

dire. Mais ce ne serait point aller trop loin que dédire qu*il faut s'abstenir même de toute concurrence peu délicate. Le respect de ce devoir est essentiel, dans rintérêt des œuvres qui peuvent procurer assistance aux ouvriers, autant que dans l'intérêt général des patrons eux-mêmes et de la société tout entière.

Il arrive que dans les meilleures choses, dans la pratique la plus louable des œuvres de charité et d'humanité, il se glisse un certain sentiment d'intérêt égoïste, un certain désir d'attirer à soi le bien à opérer, une certaine crainte de la rivalité, même dans les œuvres de sacrifice.

N'a-t-on pas vu quelquefois des patrons enclins à rechercher le monopole de certaines institutions, de certaines combinaisons, qui plaisent à l'ouvrier et peuvent le rendre plus fidèlement attaché à l'atelier ?

D'autres ne redoutent-ils pas l'introduction dans leur usinedecertains règlements,de certaines mesures de discipline et de moralité, nécessaires pour assurer cet ordre essentiel de la vie ouvrière, sans lequel tous les soins que l'on pourrait prendre du bien-être des travailleurs resteraient infructueux? Cette vigilance à réprimer tout ce qui doit être réprimé, à contenir l'ouvrier dans les seules voies qui puissent assurer l'amélioration de sa condition, peut causer, à ceux dont elle cherche l'avantage, une certaine gêne, et, par

;<)6 CHAPITRE Vin.

:1a même, en éloigner plus d'un de l'atelier où elle s'exerce. On voit des patrons hésiter à prendre tous ces soins, dont pourtant ils reconnaissent la nécessité, par la crainte de voir passer à d'autres, à des concurrents peut-être, des travailleurs utiles, dont l'habileté et l'application au travail leur procurent de grands avantages.

Il faut que la gravité du devoir à remplir fasse taire les appréhensions de l'intérêt personnel peu éclairé et mal entendu. Personne, parmi ceux qui ne prennent pas leur règle d'action dans la doctrine purement et simplement utilitaire et individualiste, personne ne niera que le devoir du patron, en cette matière, ne soit un devoir d'ordre supérieur. Qu'on le considère au point de vue erroné des théories humanitaires, ou bien au point de vue chrétien, qui est le vrai, cela revient au même ; il faut qu'il prime tout autre considération, et ceux qui sauront le remplir, n'auront pas, en fin de compte, à regretter d'avoir suivi les injonctions de la charité.

Que les patrons qui hésiteraient, se souviennent que le patronage est toujours une œuvre d'abnégation, que s'il ne s'inspire pas de l'esprit de sacrifice, il ne peut avoir aucune efficacité. Dans les commencements, il faut savoir affronter les difficultés, avec la conviction que les fruits ne manqueront pas, le temps et la patience aidant. Le patronage, s'il est pratiqué avec abnégation et intelligence, >|

iTiodifîera,à mesure qu'il s*étendra,les dispositions de la classe ouvrière, et la transformation des mœurs industrielles qui s*en suivra aura, pour les intérêts des patrons, les plus heureuses conséquences. Les petites difficultés des débuts ne seront que peu de chose, en comparaison du profit qui résultera pour tous de l'abnégation pratiquée par tous.

Les objections, du genre de celles que nous combattons, viennent toujours des industriels qui ne pratiquent point le patronage. Ceux qui en ont fait l'expérience savent très bien qu'un devoir généreusement rempli est toujours fécond, même dans l'ordre des intérêts proprement dits. Le travail des ateliers bien réglés, au point de vue moral comme au point de vue matériel, donne, dans l'ensemble, des résultats plus productifs, non seulement parce que l'ouvrier y travaille plus et mieux, mais aussi parce que le patron y a moins à souffrir des désordres qui, de nos jours, suscitent fréquemment aux chefs d'industrie de si grands et de si coûteux embarras. A envisager les choses de haut, dans leur ensemble et dans la suite des conséquences, on voit que rien ne serait plus contraire à l'intérêt bien entendu du patron, que de céder à d'aveugles défiances et de se laisser dominer par les faux calculs d'un étroit égoïsme.

gg CHAPITRE VIII.

Outre les devoirs envers ses ouvriers et envers ses confrères, le patron a des devoirs envers la sociétt? dans laquelle il vit et travaille.

La société tout entière a le droit d'attendre des patrons qu'ils s'emploient, dans l'ordre des relations industrielles, a lui assurer la paix et le progrès véritable, par la moralité, par la justice, par la concorde de toutes les classes vouées au travail.

Le patron a d'abord le devoir de ne pas troabler la société par les intempérances de son action industrielle, ou l'improbité de ses procédés. Les entreprises aventureuses du patron, ses productions rendues défectueuses par l'appât d'un gain immodéré, les fraudes pratiquées sous l'impulsion d'une concurrence déloyale, apportent à la société de graves dommages matériels. Le dommage moral qui en résulte pour le corps social n'est pas moindre ; la conscience publique en éprouve de sérieuses atteintes. Le patron qui ne veille pas avec une suffisante vigilance à l'ordre dans ses ateliers, est indirectement l'auteur des impiétés, des corruptions, des vices qui fermentent dans les grandes agglomérations ouvrières, et qui menacent l'existence même de nos sociétés.

Un des devoirs principaux du patron à l'égard de la société, c'est le bon exemple. Ce devoir, auquel tous sont tenus, devient plus impérieux à

raison de Tinfluence particulière que certains peuvent avoir. Qui donc, en notre siècle industriel, a plus d'influence que le patron ?

Le patron a le devoir de contribuer à diriger la société, d'aider à la ramener dans les voies où il faut qu'elle se tienne pour accomplir sa fin.

Lorsque le gouvernement s'inspire des vrais principes de la politique chrétienne, le patron a le devoir de seconder et d'éclairer son action. Il faut qu'il procure au gouvernement l'appui de l'opinion, dans les régions industrielles.

Dans la situation présente des esprits, vu la direction donnée aujourd'hui aux gouvernements, les patrons ont à exercer une action toute spéciale quant à la vie publique.

Les pouvoirs révolutionnaires livrent la société au laissez-faire^ laissez-passer.yidAs comme la Révolution est essentiellement satanique, en fait, il n'y a de laissez-faire que pour l'erreur et le mal. La vérité et le bien rencontrent toujours, du côté du pouvoir, l'abstention, le mauvais vouloir, si non l'hostilité directe et la persécution ouverte.

Le principe absolu du laissez-faire, laissezpasser, c'est, dans la vie industrielle, comme partout ailleurs, le désordre, le malaise, et finalement la ruine par le triomphe du mal : la ruine morale d'abord, et bientôt après, comme conséquence, la ruine matérielle.

Lorsque la société est de la sorte abandonnée.

lOO CHAPITRE Vin.

je devrais dire trahie, par les pouvoirs institués pour la garder et la protéger, c'est aux particuliers à prendre sa défense. En une crise si grave, de grands devoirs s'imposent à tous les hommes assez dégagés des préjugés contemporains, pour comprendre que les libertés insensées inscrites par la perversité révolutionnaire et l'illusion libérale dans les constitutions modernes, nous mènent fatalement à la guerre sociale et aux destructions radicales, A eux la tâche méritoire mais assez rude de s'opposer à ce déchaînement de toutes les erreurs où notre siècle" se comptait, et d'aider les autorités qui ont reçu mission directe de Dieu, à restaurer, dans les esprits et dans les mœurs, les principes traditionnels de l'ordre chrétien,

A raison de leur grande influence, à raison aussi de i'întérôt pressant qu'ils y ont, les patrons sont, plus que d'autres, appelés à l'action sociale. Il faut qu'ils s'appliquent à guérir l'opinion publique des préjugés mortels que la propagande révolutionnaire a semés partout. Il faut qu'ils sachent organiser, pour la vérité économique, pour la vérité sociale, une agitation pratiquée d'ordinaire avec trop de succès en faveur des systèmes qui désorganisent le travail et pervertissent les masses. lî faut que les patrons réagissent, avec toute la puissance que leur donne leur position prépondérante dans le travail, contre

le désordre social, contre le désordre économique, et aussi contre le désordre politique dans lequel tous les genres de désordres trouvent tant de facilités et d'encouragement. Cette réaction ferme, courageuse de la vérité et du bien contre l'égarement libéral, est un devoir de première importance.

Un devoir semblable s'impose dans l'ordre des faits et de la moralité pratique. Lorsque les pouvoirs publics s'abstiennent de toute œuvre de perfectionnement moral, de toute réforme populaire, lorsqu'ils étalent une indulgence injustifiable pour toutes les entreprises de corruption et de perturbation morale, lorsqu'ils refusent tout concours, tout appui aux œuvres de réparation sociale et de moralisation populaire, c'est le devoir de ceux qui se trouvent en relation constante avec les masses, qui exercent sur elles quelque ascendant par la supériorité de l'instruction et de la richesse, c'est leur devoir d'agir et de se concerter pour faire ce que le pouvoir ne fait plus ; c'est leur devoir de se substituer à lui pour les œuvres qui visent à l'amélioration individuelle des masses populaires, ainsi que pour les œuvres de préservation sociale et de reconstitution des forces sociales dans l'ordre économique.

Mais que voyons-nous ici.? C'est que l'Etat révolutionnaire, serviteur né du mal, fauteur de tout désordre économique comme de tout désordre

social, ennemi de tout ce qui tend à restaurer et à consolider l'ordre vrai de la société, c'est que l'État moderne, tirant tout à lui pour tout faire servir à son dessein de perversion générale, dénie aux patrons comme aux ouvriers, mais aux patrons surtout, la liberté vraie, pratique qui serait indispensable pour la reconstitution de la famille industrielle suivant ses lois naturelles. En aucune matière, on ne peut comprendre l'accomplissement du devoir, si celui à qui il incombe ne jouit pas de la faculté d'agir suivant sa conscience, pour son bien propre et pour le bien de la société. La liberté du devoir est pour tous un droit naturel. L'homme qui .se dévoue pour la vérité et !a justice, a le droit de n'être ni réprimé, ni gêné par les pouvoirs publics. Ceux à qui les pouvoirs refusent ce droit, le plus nécessaire et le premier de tous les droits quant à l'action sociale, ont, sous un régime comme le nôtre, où l'opinion exerce tant d'empire, l'obligation de s'employer à conquérir la liberté de bien faire, par l'exercice régulier de leurs droits de citoyens.

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Caractères généi

IL n'y a de véritable patronage que celui qui est inspiré par l'esprit chrétien. Partout où règne cet esprit, le patronage est pratiqué et produit ; fruits.

C'est qu'en effet les conditions d'efficacité du patronage ne sont autre chose que les vertus chrétiennes exercées dans la vie industrielle.

Un publicist'î, qui a fait vivement ressortir la néces.sité du patronage, et qui a émis sur son organisation des vues dignes d'attention, M.

Cherbuliez, formule comme suit ces conditions: « L'action exercée dans !e patronage a trois caractères qui la distinguent éminemment et qui en expliquent toute l'efficacité. Elle est à la fois locale, personnelle, continue ('), »

En effet, le patronage qui ne serait pas local et personnel perdrait ce qui fait sa principale autorité. Le patronage est une affaire de persuasion et de confiance. Il faut que dans le patronage ce soit l'âme qui parle à l'âme, la conviction à la

conviction. Organisez le patronage sur le principe de la centralisation, faites-le exercer sur de grandes proportions, en vertu de règles soigneusement étudiées, par les délégués d'une autorité chargée de veiller à ce que tout, dans l'œuvre, fonctionne méthodiquement, et aussitôt l'âme se retire de l'institution. Ce n'est plus qu'un mécanisme dont l'ouvrier se détournera avec crainte, parce qu'il y verra partout la servitude administrative.

D'ailleurs quelle influence pourrait avoir ce mécanisme, si savamment combiné qu'il soit, sur les inclinations si diverses, sur les situations si différentes, de ceux à qui le patronage s'adresse? Pour agir sur l'homme du peuple, il faut savoir l'aborder par ses côtés sensibles, saisir avec un tact sûr le moment oii il est le plus accessible aux remontrances et aux conseils, savoir à propos employer la réprimande, les encouragements, les consolations. Tout cela est chose éminemment personnelle, et ce n'est que par des relations intimes que peuvent s'établir, d'une part, cette sollicitude affectueuse, de l'autre, cette confiante déférence, sur lesquelles repose tout le succès de l'œuvre.

On comprend tout ce qu'il faut, dans une pareille œuvre, d'abnégation des deux côtés.

Il faut que celui à qui s'adresse le patronage renonce, dans une certaine mesure, à sa volonté propre; qu'il incline .son intelligence devant une

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