LE PATRONAGE EN GÉNÉRAL. I
intelligence plus élevée et une raison plus sûre que la sienne; qu'il fasse cet aveu, toujours si pénible à Tamour-propre même des plus humbles, de son infériorité morale et de la supériorité d'autrui.
De son côté, le patron n'a pas de moindres sacrifices à faire. Il faut qu'il accepte la sujétion du patronage, qui lui enlèvera ses loisirs, qui le mettra en contact habituel avec des hommes souvent grossiers, quelquefois même profondément vicieux; il faudra qu'il abaisse son intelligence au niveau de ces esprits étroits et d'ordinaire obstinément renfermés dans leurs préjugés et leur ignorance.
Des deux côtés, le sacrifice, le renoncement seront nécessaires, et dans bien des cas, du côté du patron, il faudra que cette vertu soit portée jusqu'à la plus complète abnégation de soi.
Nous pouvons donc le dire en toute vérité, les conditions générales du patronage ne sont autre chose que les règles mêmes de la vie chrétienne.
Du côté du patron, il est un point sur lequel il faut particulièrement porter l'attention, lorsqu'on veut bien mesurer l'étendue et la nature de ses obligations, et les chances de succès de son œuvre: il faut que le patron paie de sa personne. Il faut qu'il donne ses soins à son entreprise de patronage comme il les donne à son entreprise industrielle elle-même. Il pourra se convaincre, au surplus, que la peine qu'il aura prise, pour
améliorer la condition morale et matérielle de ses ouvriers, ne sera point perdue pour le profit.
Et ce n'est pas seulement par les soins de direction et d'assistance que !e patron est tenu de payer de sa personne, c'est particulièrement par le bon exemple. L'œuvre du patronage consiste surtout à restaurer et à fortifier, dans les classes ouvrières, des vertus trop fréquemment mises en oubli. Or, comment conseiller la vertu si on ne la pratique soi-même. Il faut que l'homme qui veut exercer avec succès le patronage renonce aux frivolités de la vie, qu'il se fasse de la modération et de la simplicité une règle constante, qu'il donne par tous ses actes l'exemple des vertus qu'il prétend inculquer, et que sa conduite serve en tout à confirmer l'autorité de sa parole.
Il est d'ailleurs indispensable qu'en payant de sa personne par le bon exemple et la charité infatigable, le patron exerce l'autorité avec une paternelle fermeté. Pour avoir droit aux bienfaits du patronage, il faut que l'ouvrier les mérite. Il ne peut être question d'exercer sur lui aucune pression morale. Dans les patronages où l'on a le mieux réussi, dans celui de M. Harrael, par exemple, on a toujours pris soin de laisser à l'ouvrier sa liberté. Caractérisant le patronage qui s'exerce dans la corporation chrétienne, M. Harmel nous dit : « Notre corporation repose