CHAPITRE PREMIER
Moyens d'attirer au Patronage.
Il est évident que, dès la prison, on doit faire connaître le Patronage aux détenus etleur donner le désir de se confier à lui.
Il est même nécessaire que le milieu de la prison les prédispose à accepter le Patronage. La tâche des sociétés sera grandement facilitée si le personnel administratif se montre zélé pour la moralisation des détenus, si l’on organise le travail sérieusement et minutieusement.
L'intervention des aumôniers devrait être aussi plus active : en Suisse, en Belgique, en Allemagne, presque aucun détenu n’échappe à leur influence : L’aumônier visite tous les détenus, excepté ceux qui s’y opposent formellement. En France, c’est tout le contraire. Il ne peut visiter que ceux qui en font la demande. Ainsi, l’influence religieuse est de ce côté à peu près nulle dans nos prisons. Cependant, la mesure opposée, prise dans les pays étrangers que
nous citons, suffitamplement à garantir la liberté de conscience (1).
Il est à souhaiter aussi que l’instituteur ait des rapports plus fréquents avec les détenus. La lihération conditionnelle devrait être d’une application plus fréquente. Tout cela disposerait le détenu à accepter le Patronage (2).
Mais, parmi toutes ces conditions préliminaires, il faut mettre en première ligne le régime cellulaire. Les bonnes résolutions que l’on aura pu inspirer au détenu en cellule, risqueraient moins d’être éphémères que dans la prison en commun, où la raillerie d’un camarade détruit vite l’effet des plus patientes évangélisations (3). Nous n’avons ici qu’à constater le fait existant, et à voir comment, malgré tout, avec un système pénitentiaire incomplètement organisé, l’on peut arriver à quelques résultats.
Quels moyens employer pour habituer les prisonniers à l’idée du Patronage?
(1) Il faudrait, pour remédier à cela, laisser à l’aumônier plus de liberté, et aussi lui faire une situation sortable. En Hongrie, plusieurs philanthropes ont fait des fondations au profit des desservants des chapelles de prisons. Celle de Szombathely compte plus de 20,000 couronnes, (cf. le Patronage des libérés en Hongrie, par Joseph de Lévay, Revue pénitentiaire, 1900, p. 149).
(2) Citons encore l'excellente initiative prise en Italie par l’œuvre pie d'assistance des enfants en état d'abandon des condamnés. L'administration pénitentiaire a permis À cette œuvre d'établir des troncs dans les prisons. Les condamnés sont autorisés à y verser une partie des sommes qui leur sont remises sur leur pécule. Beaucoup ont versé, et certains se sont privés de leur ration de viande pour cela. De ce réveil du sentiment paternel, peut sortir un excellent résultat moral.
(3) Cf. M. Eugène Elme, rapport au congrès international de 1900, Bulleiin de l'Union des sociétés de patronage de France, 1900, page 102.
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[. — Conférences dans les prisons.
Quand on constate le peu d’effet pratique que les meilleures conférences produisent, en général, sur les gens très bien intentionnés, on se demande si ce moyen est vraiment efficace. Il y a, dans une prison, beaucoup de chances pour que la graine que sème le conférencier, tombe sur une terre rocailleuse, soit emportée par le vent, soit mangée par les oiseaux, ou étouffée par les ronces. Pour atteindre un résultat douteux, on se heurte en plus, à de nombreuses difficultés d'organisation. Ilfautla permission du directeur de la prison, que ces séances dérangeront souvent; il faut aussi des orateurs pleins de zèle et possédant le rare talent de parler au public spécial auquel ils s'adressent (1).
IT. — Journal des détenus.
On a essayé de mettre entre les mains des détenus des livres sérieux. Ils ne les lisent pas (2). En Angleterre, c’est effrayant ce que l’on distribue de
(1) Cependant, ce moyen est employé avec succès en quelques endroits, notamment à Saint-Etienne, où l'œuvre des détenues et libérées marche parfaitement. L'une des dames visiteuses fait des conférences aux détenues qui le désirent. {Revue pénitentiaire, 1900, p. 328.)
(2) En Hongrie, on croit beaucoup à la vertu du livre; le pénitencier de Vacz dispose de deux fonds particuliers, l'un destiné à décerner des prix à des études scientifiques relatives au régime pénitentiaire, l'autre destiné à récompenser les auteurs de livres de lecture appropriés aux prisonniers. {Le patronage des libérés en Hongrie, pax Joseph de Lévay, Revue pénitentiaire, 1900, p. 149).