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CHAPITRE III Le Libéré au Patronage

Quoi qu’il en soit, voici le libéré admis au Patronage. Que va-t-on en faire, en attendant qu’on puisse le reclasser définitivement ?

[.— Patronage individuel.

Pendant fort longtemps, on s’est contenté de donner aux libérés des secours. Ce système est encore employé dans beaucoup de pays : (Angleterre, Danemark, Grèce, Hollande). Le Patronage s’occupe individuellement des libérés etles aide séparément à rentrer dans la société.

A) SECOURS EN ARGENT. — En principe, on ne donne pas aux libérés de secours en argent. Cependant,exceptionnellement, on peut en accorder, mais toujours à titre de prêt, en faisant bien observer aux libérés qu’ils sont obligés de rembourser.

Cest ainsi que l’on pratique en Hollande, où ces avances peuvent s'élever jusqu’à concurrence de vingt-cinq florins.

Ces secours en argent peuvent surtout être utiles pour les anciens patronnés qui demandent la réhabilitation, mais n’ont pas les ressources nécessaires pour justifier du paiement des frais de justice, de lamende, et des dommages-intérêts ou de la

remise qui leur en a été faite. (Cf. art, 623 du Code d'instruction criminelle, modifié par la loi du 14 août 1885) (1).

B. — SECOURS EN NATURE. — On peut donner aux libérés :

1° Des outils. — L'œuvre des libérés de Saint- Lazare va jusqu’à acheter des machines à coudre pour ses patronnées. En Hongrie, si le libéré se conduit bien, le Ministère lui fait remettre, à titre de prêt, des outils. S'il persévère pendant deux ans dans sa bonne conduite, ces outils lui sont définitivement abandonnés.

2° Des vétlements. -- Il est nécessaire d’habiller convenablement les libérés. Leur extérieur influe beaucoup pour les empêcher de trouver du travail et de se tirer d’affaire. A Besançon, on a placé dans la prison un entrepôt de vêtements pour hommes et

(1) En Hongrie, de véritables secours en argent sont ainsi remis aux libérés par les pénitenciers, qui disposent à cet effet de caisses de secours très bien alimentées. On en donne aux libérés tout à fait pauvres qui n'ont pas provoqué de mesures disciplinaires, dont la détention a duré au moins trois mois et qui n'ont pas eu, pendant leur détention, la possibilité d'amasser un pécule pour l'époque de leur libération. Les libérés dont la détention à duré moins de trois mois ne sont secourus que s'il est établi que leur emprisonnement leur a fait perdre un travail habituel ou un emploi. Aux libérés pauvres des « Etablissements pénitentiaires » (prisons de longues peines), n'ayant pas un pécule suffisant au moment de leur libération, s'ils ont donné des preuves d’amendement, après avis du Directeur, de l'Aumônier et de l'{nstituteur, on accorde 60 couronn=s aux réclusionnaires et 40 couronnes aux forçats. Pour les prisons de courtes peines, les Procureurs du Roi et les Juges d’Arrondissement sont autorisés à donner aux prisonniers, au moment de l'élargissement, un billet de chemin de fer, des vêtements et six couronnes. (cf. le Patronage des libérés en Hongrie, par Joseph de Lévay, Revue Pénitentiaire, 1900, p. 149).

en femmes, grâce à la bienveillance du gardien-chef, qui prête un concours actif à la Société. (1)

Ainsi, à Toulouse, le Bureau de la Miséricorde, indépendamment du Patronage, continue à distribuer des vêtements aux libérés.

En Hongrie encore, la direction du Pénitencier donne aux libérés pauvres des vétementsconvenables.

C’est surtout pour ces vêtements que le concours des dames peut être précieux. L'œuvre du vestiaire, fondée le 29 avril 1898, par M. l'Abbé Milliard, a commencé à fonctionner le 6 mai suivant, dirigée par un comité de dames que préside Me Jules Mesnier. Le 27 avril 1899, a eu lieu la première Assemblée générale ; elle était présidée par M. Ernest Daudet. En un an, l’œuvre avait déjà distribué 80 paires de chaussures, 8 douzaines de paires de chaussettes, 16 douzaines de chemises, 134 pantalons, 32 paletots, 8 douzaines de vestons, 6 douzaines de gilets et de tricots, — avec une dépense de 1,300 francs seulement. .

3° Bons d’auberge. — On distribue aussi des bons d’auberge qui permettent aux patronnés de se faire loger.

(1) Ces habits, que l’on donne aux libérés, peuvent leur être d'un grand secours, pour défraichis qu'ils soient. A l'assemblée générale de la Société de Patronage des prisonniers libérés protestants (11 Décembre 1899), M. Sautter, ingénieur, a raconté l’histoire d’un Hbéré auquel il avait donné un pardessus taché de peinture dans ses ateliers de constructeur. Il faisait froid. L'homme revêt ce manteau et le lendemain de son arrivée dans sa ville natale, est apostrophé par un entrepreneur de peinture : « Hé ! l’ami, je vois à votre tenue que vous êtes du métier! Voulez-vous du travail »? L'homme accepte sans avouer son ignorance, se donne de la peine et est gardé, (Revue pénitentiaire, 1900, p. 131).

On voit tout de suite la défectuosité de ce système. On ne peut envoyer les libérés que dans des auberges très médiocres, au milieu d’une société des plus mauvaises. On perd peu à peu sur eux toute action.

— Cependant, telle est la nécessité du patronage individuel.

On ne voulait pas des refuges où l’on aurait réuni les libérés. « Ces refuges deviendront promptement un foyer de corruption », disaient les Congressistes de Rome. MM. Bérenger, Stevens, Canonico, Ranzoli s’opposèrent absolument aux asiles, et prônèrent le patronage individuel, au moins pour les hommes.

Cependant, aujourd’hui, la nécessité des Asiles semble avoirtriomphéets’imposer incontestablement à toute œuvre de Patronage. Nous allons tâcher d’en indiquer les raisons.

(TA Patronage collectif.

Définissant le but du Patronage, nous disions, au début de cette étude :

< Il faut qu’à la sortie de la prison, le libéré trouve un guide qui lui tende la main, le sauve de la tentation facile, le fortifie contre les faiblesses à venir, en un mot, refasse de lui un honnête homme, et, cette œuvre de moralisation accomplie, l’introduise de nouveau dans la Société, en se portant garant de sa réhabilitation ».

L'œuvre du Patronage est une œuvre de moralisation. Comment veut-on accomplir cette moralisation et la constater, si le libéré n’est pas sous l’action

lee directe de la Société? S'il n’a de rapports avec eile que pour lui demander des secours ou des recommandations ?

l’œuvre risquera bien de n’être qu’une immense duperie si elle ne peut surveiller pas à pas ses patronnés, les mettre à l’épreuve, les connaître, se rendre compre de leurs progrès dans le bien : ce n’est qu’ainsi que le Patronage pourra réintégrer le libéré dans la société, en se portant garant de sa réhabilitation.

— Puis, à un point de vue plus pratique, l’asile est nécessaire. Il suffit de s’être occupé un peu, même très superficiellement, des questions pénitentiaires, pour comprendre que chez la plupart des déclassés, il y a surtout faiblesse, manque de volonté. « Les misérables que nous assistons sont, en effet, plus faibles que mauvais, disait M. Georges Vidal, dans son rapport de 1898 (1). Sans famille, abandonnés de bonne heure à tous les hasards et à tous les dangers d’une existence vagabonde, ou, plus malheureux encore, pèrvertis par leurs propres familles, élevés au milieu du vice, de la corruption, exploités par leurs parents eux-mêmes, souvent maltraités par ceux-ci, obligés de fuir, ils n’ont pu acquérir nulle part cette énergie, cette fermeté de caractère, cette force, que peut seule donner une éducation morale, puisée non seulement dans les livres, à l’école, dansles enseignements de la religion, mais encore etsurtout dans l’exemple desédu-

(1) Société de patronage des enfants et adultes libérés de Toulouse. Assemblée générale du 9 juillet 1898,

cateurs, dans le milieu où l’on vit, dont on subit presque fatalement, presque inconsciemment, la puissante et entrainante suggestion, d'autant plus puissante que les caractères sont moins solidement trempés. Ceux qui invoquent notre protection et acceptent notre tutelle, ont vécu plus ou moins longtemps, dans ces milieux dépravés, à morale facile, dont l’oisiveté etla paresse constituent la principale ligne de conduite et le respect du droit d’autrui est la moindre préoccupation ; habitués à vivre au gré de leur fantaisie, à l’aventure, sans souci du lendemain, demandant, dans les crises trop difficiles, une hospitalité momentanée à la prison, ils nous arrivent sans énergie, sans ressort, mais, le plus souvent, sans mauvaise volonté ; et ils se plient aux exigences de leur vie nouvelle que nous leur faisons, avec la même docilité qu’ils acceptaient leur existence précédente ; ils subissent l’entraînement du nouveau milieu de notre asile, dont le travail et la régularité sont la loi, aussi facilement qu’ils obéissaient avant aux tentations de la rue et de la grande route.»

Voila le témoignage d’un homme qui possède autant que quiconque l’expérience du Patronage. On en sent d’ailleurs tout de suite la justesse: Entre la prison et la vie libre, il faut une transition : l'asile doit la fournir.

Que reproche-t-on à l’asile ?

M. Ranzoli, au congrès de Rome, lui reprochait d'aboutir au socialisme d’Etat, en demandant à l'Etat de subventionner les Patronages. Si l'Etat subventionne les Patronages, il devra alors subventionner

des institutions ouvrières. Voilà une objection que l’on ne s’attendait peut-être pas à voir surgir. Parler de socialisme d'Etat à propos des asiles, des Patronages, c’est peut être excessif. D'abord, l'Etat ne subventionne pastant que cela les Patronages; puis, le Patronage n’est pas un droit, mais une faveur (1); enfin, ilestuneinstitution charitable, et doit être soutenu comme les autres.

Une autre objection — déjà indiquée, — est celleci. L’asile a l’effet déplorable de grouper les libérés, de leur donner tout loisir de combiner de nouveaux méfaits.

Il est sûr que le milieu offert par l’asile n’est pas un milieu distingué, ni même parfois très moral ; mais il offre une vie régulière, surveillée, soutenue. A tout prendre, il est cent fois préférable au milieu des auberges interlopes, où iraient s’engouffrer les libérés, — et où se recrutent et s’organisent les bandes de voleurs et d’assassins.

Primitivement, il faut le reconnaître, le rôle de l’asile n’a pas été bien compris. On posait, en principe, qu’il devait être essentiellement temporaire. Certains d’entre eux consistaient simplement en un abri offert aux libérés pour la nuit; le jour, le libéré était son maître ; il vaguait par la ville, cherchant du travail, ou plutôt reprenant ses mauvaises

(1) « Le patronage serait évidemment une mesure dangereuse et inique, si on en faisait un privilège d'appui et de secours toujours et indistinctivement ouvert à tous les libérés. La première condition, pour être digne de cette faveur, c'est l'amendement constaté. » (Premier rapport de M. Gomot, à la Chambre des Députés, lors de la discussion de la loi du 14 août 1885).

habitudes. Désormais, les asiles méritaient l’anathème qui leur fut jeté, car ils n'étaient plus qu’un refuge donné à la paresse et au crime. Leur œuvre était démoralisatrice et contraire même à la justice.

Mais, aujourd’hui, il en est autrement. Et, du moment que l’Asile remplit vraiment son rôle, qu’il est devenu la maison d'épreuve où, seules, demeurent et se trempent les bonnes volontés encore faibles, il doit être énergiquement défendu.

Les Congrès ultérieurs à celui de Rome l’ont bien compris; au Congrès d'Anvers, en juin 1897, on a reconnu l'utilité des asiles, même permanents, à séjour indéterminé pour certains libérés dont le caractère sans fermeté, le défaut d'initiative réclament une sérieuse tutelle, ou que de graves condamnations éloignent encore de la société.

Au Congrès de 1900, on allait voter que tout libéré devrait passer par un asile pour donner une preuve complète de sa bonne volonté, quand sur une proposition de M. Bérenger, on a adopté la rédaction suivante pour ne pas offenser les Sociétés qui n’ont pas d’asile : « Le libéré doit donner des garanties de bonne conduite, soit par l’étude personnelle qu’on aura faite de lui en cellule et dans son dossier, soit quand les ressources de la Société le permettent, par un séjour dans un asile. »

Que sera donc l’Asile ?

1° Il sera un atelier. « La condition essentielle de l’hospitalisation dans les asiles, c’est le travail régulier et persévérant; c’est l'épreuve nécessaire des bonnes volontés, le moyen à peu près infaillible d’opérer avec discernement notre choix, sans regrets

ni scrupules, pour ceux qui se montrent incapables de la supporter. Peu detemps suffit pour cela, comme le prouvent les chiffres relevés par le fondateur d'une de nos plus puissantes œuvres d'assistance par le travail, M. Mamoz: sur 727 individus auxquels M. Mamoz offrit des bons de travail, 312 seulement acceptèrent, 174 se rendirent au chantier, 37 partirentau bout d’une demi-journée, 68restèrent jusqu’au soir, b1 deux jours, et 18 seulement subirent victorieusement l’épreuve. — Le même phénomène se produit chez nous... Tous ceux auxquels nous proposons notre protection ne l’acceptent pas et, après l’avoir acceptée, plusieurs nous sont infidèles. IIs sont jugés, et noussavons que, pour eux, l’oisiveté et la récidivesont volontaires : ils pourront être à coup sûr classés parmi les incorrigibles dont tous ceux qui ont l’expérience des questions pénitentiaires réclament l’énergique répression. Ceux qui ont résisté à l'épreuve et la subissent courageusement, et même avecentrain, méritent notre appui. S'ils ont failli précédemment, il y a quelque raison de croire, comme ils le disent, que c’est faute d’une protection suffisante ; personne ne jeur a tendu une main secourable, toutes les portes se sont impitoyablement fermées devant eux lorsqu'ils demandaient à travailler, et ils ont accepté, peut-être même désiré, la prison, faute de mieux, ou n’ont succombé qu’à la suite d’entraînements qu’ils regrettent, et contre lesquels notre protection et notre influence morale sauront les garantir. » (1)

(1) Rapport de M. Georges Vidal, à l'Assemblée générale de la Société de patronage des Enfants et Adultes libérés de Toulouse, le 9 juillet 1898.

Voilà donc le grand avantage de l’Asile, Comme nous le disions en entamant l’examen de cette question, on écarte ainsi le danger qu’il y a pour l’œuvre à n’être qu’une immense duperie : ainsi, la Société pourra surveiller ses patronnés, les bien connaître et ne s'attacher à relever que ceux qui vraiment ont le bon désir de se corriger.

L’acceptation du travail sera la pierre de touche qui permettra de faire le choix nécessaire entre les libérés.

Mais quel sera ce travail ?

Pour éviter toute erreur, ce sera un travail ne nécessitant aucun apprentissage : fabrication de ligots, triage de chiffons, cannage et rempaillage de chaises, travaux de vannerie, brochage (1). Certaines sociétés allemandes ont même organisé des bureaux d’écriture, afin de pouvoir se conformer aux diverses aptitudes des patronnés. Mais il a été déclaré au Congrès de 1898, par M. Bischoff, négociant à Berlin, que ces bureaux d’écriture ne pouvaient pas rémunérer suffisamment les Sociétés.

—- Il ya àse préoccuper, au sujet du travail dans l’asile, d’une autre question : la loi de 1898 sur les

(1) Dans la maison de travail de Versailles, inaugurée le 11 octobre 1899, on emploie les patronnés à la vannerie commune (confection de bourriches à gibier), à la fabrication des chaussons, au fendage des vieilles souches, au terrassement et au nivellement de terrains. [1 y a six heures de travail par jour. Il est bon de remarquer aussi que l’on cherche, dans certains asiles, à donner une instruction professionnelle : ainsi, en Suède, dans l'asile fondé par la Reine, à Stockholm, pour les femmes libérées. Citons en France, le Patronage des Jeunes-Adultes libérés (MM. Ch. Petit et A. Baiïllières), la Société pour le Patronage des jeunes détenus et des jeunes libérés de la Seine (MM. Joret-Desclosières et de Corny), etc.

accidents du travail s’applique-t-elle aux Sociétés de Patronage qui ont des ateliers? je

Afin d’élucider immédiatement le problème, le Comité central des œuvres d’Assistance par le Travail a nommé une délégation qui, le 26 juillet 1899, a remis à M. le Ministre, un rapport de M. Alphonse Trézel, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, chargé de défendre les intérêts des œuvres d’Assistance.

Ce rapport, afin de faire déclarer la loi inapplicable à ces œuvres, soutenaitles arguments principaux suivants :

La loi de 1898 règlêmente une conséquence du contrat de travail ou delouage de services, en mettant le risque professionnel à la charge du chef d’industrie ou d'entreprises. Or, dans les asiles d'assistance, il n’y a pas de contrat de travail, il n’y a pas de louage de services entre les Patronnés et la Société,

Ces asiles sont des établissements de pure bienfaisance, opposés à toute idée de gain, employant des indigents assistés qui reçoivent un secours temporaire, sous la condition d’un certain travail, — et non des établissements industriels employant des ouvriers salariés, et pour lesquels le risque professionnel est la contre-partie du gain qu’ils cherchent à réaliser.

La circulaire du Ministre du Commerce (24 août 1899) paraissait se ranger à cette opinion. Mais le Comité consultatif du Ministre du Commerce s’est prononcé, le13 décembre suivant, en faveur de lapplicabilité de la loi: le droit à l'indemnité, d’après lui, vient, non du contrat, mais du simple fait du travail.

Aussi, malgré les sérieuses raisons invoquées par M. Trézel, malgré la reconnaissance officielle du caractère d'établissements de bienfaisance privée aux œuvres d’Assistance par le Travail par leur classification à l’Exposition universelle de 1900, et au Congrès international de 1900 sur l’Assistance publique et la Bienfaisance privée, — malgré tout cela, les Sociétés ayant des Asiles de travail ont trouvé prudent d’assurer leurs patronnés, Elles y ont tout avantage : la charge est minime et elles sont parées aux événements.

Ainsi à agi la Société de Patronage pour les Enfants et Adolescents et d’Assistance par le Travail pour les Hommes, de Toulouse.

2 L’Asile sera un lieu de moralisation.

Ainsi que nous venons d'essayer de le dire, le travail sera un premier agent de moralisation. Puis, dans l’asile, l'influence des membres de la Société peut se faire sentir plus directement que dans les visites espacées de la prison. Cest alors que le patronné doit être entouré et soutenu.

La surveillance doit être continue, très ferme, le travail constant. Pour être gardé à l’asile, le patronné doit fournir une certaine somme de travail. Ce qu’il arrive à produire en plus lui est payé.

Tout doit tendre vers l’amélioration des Asiles. Il faudrait les transformer en véritables établissements d’où l’on pourrait librement sortir, mais où tout concourrait à la moralisation du patronné : une des mesures les meilleures est la séparation des libérés pendant la nuit.

Pour les dimanches et les heures de repbs, des bibliothèques seraient à leur disposition.

Puis, —etc'est ici le point délicat, étant donné les questions irritantes qui divisent aujourd’hui Ja société — il serait essentiellement profitable que des ministres du culte voulussent bien s'intéresser plus spécialement à ces asiles, et fussent même chargés de s’en occuper, au cas où la Société le désirerait. Leurinfluence ne pourrait qu'être excellente. Appliquant à ce cas quelques réflexions de M. Eug. Helme sur le régime des prisons, nous pouvons dire : « Sans doute, les aumôniers ne doivent point imposer leur ministère, et chacun a le droit de conserver absolument intacte sa liberté de conscience. Toutefois, en quoi ma liberté serait-elle atteinte, si l'aumônier de mon culte venait spontanément m'offrir ses consolations et son appui? On me dira que je puis le faire appeler, mais qui ne voit que, soit par oubli, soit par indifférence, cette faculté n’est que lettre morte »?

Dans certains patronages, on fait plus encore. On organise des conférences. Notamment, en janvier 1899, M. l’'Inspecteur Granier donna au Patronage des Jeunes-Adultes de Ia Petite-Roquette, dans l’atelier dé la rue Saint-Maur, une conférence sur Le Cid, s’attachant à faire ressortir de l’œuvre de Corneille les grandes idées de devoir, d’héroïsme, d'amour de la patrie et de générosité (1). A ce patronage modèle, que dirige si merveilleusement l’abbé Milliard, chaque après-midi du dimanclie est l’occasion d’une

1) Revue pénitentiaire, rapport de M, Rivière, 1899, page 226. 1 PP : ; PAS

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petite réunion. Les patronnés déjà placés peuvent venir y assister, Un membre du Conseil prend la parole, et travaille à réveiller chez ses auditeurs les meilleurs sentiments. Puis, un goûter réunit tous les libérés.

Enfin, on s'occupe de s’entendre avec certains établissements pour y envoyer les libérés atteints de maladies contagieuses. Il faut bien s’occuper de la santé du corps en même temps que de celle de l’âme! Dans certaines villes, les dépôts de mendicilé peuvent être considérés comme des asiles d’incurables: on pense à Îles employer comme Sanatoria.

— Si l'asile était établi partout, il atteindrait l'idéal. On aurait réalisé ce vœu de M. Spiess, de Wiesbaden, au Congrès allemand de 1898: créer, comme transition entre le pénitencieret la vie libre, des établissements publics : maisons de travail, waisons de correction du type de celle de Hadarmar (Nassau) pour les femmes, colonies ouvrières libres comme Wilhelmsdorf.

— Tels qu’ils sont pour le moment, les asiles donnent de bons résultats. Ecoutons encore M. Georges Vidal : « Cette existence laborieuse et de privations, sans autre sanction que l’expulsion, avec toute liberté pour s’y soustraire et abandonner l'asile, est une épreuve que l'expérience déjà acquise nous montre salutaire et nécessaire... Celte vie de travail en commun, aidée d’une bonne et substantielle alimentation, fortifie les corps éprouvés et affaiblis par une longue existence de privations, d’excès, retrempe les caractères, excite l’émulation et constitue une excellente école de moralisation. On est vraiment

Nes

étonné de la transformation physique et morale qui s'opère chez nos pensionnaires quelques jours après leur entrée dans notre asile : les physionomies pâles, amaigries, fatiguées, inquiètes et défiantes ne tardent pas à devenir colorées, joyeuses, calmes et con-. fiantes ; la santé du corps et la satisfaction de l’esprit se révèlent sur tous les visages et l’on est heureusement impressionné par la cordialité, la bonne harmonie, la douceur et la politesse qui règnent dans les relations de nos pensionnaires entre eux et avec nous tous » (1).

Pour clôturer cette discussion, notons que jamais l’asile n’a cessé d’être prôné pour les femmes. Même les pays les plus réfractaires au Patronage collectif l’'admettent. On a plus vite reconnu que le danger principal pour les femmes était leur faiblesse et que l'asile ne pourrait que leur être profitable. Certains de ces asiles reçoivent même les enfants des hospitalisées. (Refuge de Billancourt pour l’œuvre des Libérées de Saint-Lazare).

Les divers principes qui doivent inspirer le patronage des femmes ont été fort heureusement résumés par Me Camille Gérin, dans son rapport au Congrès de 1900 :

1° Pour les petites mineures de dix à quatorze ans qui tombent sous le coup de l’article 66, comme ayant agi sans discernement, leur réformation sera confiée à une petite famille, à la campagne, de pré- | férence aux écoles correctionnelles à grands effectifs.

() Rapport à l’Assemblée générale de la Société de patronage des Enfants et Adultes libérés de Toulouse le 9 juillet 1898.

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