‹ Le Patronage des LibérésChapitre 25 sur 37 · SIA · texte numérisé non relu

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La loi du 4 mai 1897 est venue apporter un léger adoucissement à. cette situation: Les jeunes gens condamnés avec application de la loi Bérenger échapperont aux bataillons d'Afrique, à moins d’inconduite grave sous les drapeaux; les conscrits n’y seront pas incorporés, et les engagés non plus, à condition que leur engagement soit de quatre ou cinq ans.

— Les pièces à fournir pour l’engagementsontles suivantes : 1° extrait de naissance ; 2° consentement du père, avec signature légalisée (si le jeune homme n’a pas vingt ans accomplis) ; 3° certificat de bonnes vie et mœurs délivré par le maire du dernier domicile (modèle 8); régulièrement, 1l faudrait un domicile d’un an; en fait, heureusement, le bureau mihtaire accepte un certificat délivré après huit jours de séjour seulement. Le congrès de Bordeaux a demandé la suppression de cette pièce, qui n'avait sa raison d’être qu’à l’époque où n’existait pas le casier judiciaire (1).

Une circulaire du Ministre de la guerre, du 18 octobre 1899, prescrit aux bureaux de recrutement, de demander eux-mêmes aux parquets les casiers des hommes qui veulent contracter l’engagement. Il s’ensuit que chaque fois qu’un détenu veut devancer l’appel, il lui faut d’abord, au jour de sa libération, se présenter chez le commandant de recrutement, passer la visite, puis perdre quatre ou cinq jours à attendre que son casier soit parvenu aux

(1) Le Congrès de 1900 s'est occupé aussi de cette question et a jugé qu'ilne fallait pas cesser d'agir auprès de la Commission de | l'armée pour obtenir la suppression de ce certificat.

autorités militaires. Pendant ce temps, le libéré peut échapper an Patronage et faire des sottises d’autant plus fortes que son pécule est plus important. — Le secrétaire général de la Société de Patronage de Lille écrivit, le 9 janvier 1900, au ministre de la guerre, pour lui demander d’autoriser les bureaux de recrutement à recevoir par écrit les demandes d'engagement quelques jours avant la libération et a se procurer aussitôt lesextraits des casiers des candidats. Un mois après, le préfet du Nord lui faisait savoir que sa demande était agréée et que son administration s’était mise d'accord avec l’autorité milifaire, pour assurer l’exécution des décisions du ministère de la guerre. Tous les bureaux de recrutement de la {°° région de corps d'armée, peuvent donc recevoir à l’avance les engagements dont il est donné avis par les autorités pénitentiaires. Dès que celles-ci, tant dans le: Pas-de-Calais que dans le Nord, se seront bien pénétrées de l’esprit de ses instructions, les jeunes gens de toute la région pourront, dès leur mise en liberté, se présenter munis des pièces qu’ils ont eu à se procurer eux-mêmes, passer immédiatement la visite médicale, et sielle est favorable à la demande, étre aussitôt dirigés sur leur corps. Il est vivement à souhaiter que cette mesure soit généralisée dans toute la France (1).

Depuis quelques années, le Patronage a obtenu du ministère de la marine, en faveur de la colonie de Belle-Isie, de très grandes facilités d'engagement

(1) Cf. Lettre du secrétaire général de la Société de Patronage de Lille, communiquée par M. A. Rivière à la réunion du bureau central, le 19 mars 1900, Revue pénitentinire, 1909, page 66%.

maritime. Chaque année, quarante places sont réservées aux jeunes libérés.

Il est bien regrettable que les enfants envoyés dans les colonies pénitentiaires, d’après l’article 66 du Code pénal, ne puissent pas y être gardés jusqu’à l’âge de 21 ans. Ils en sortent à vingt ans, ce qui empéchela tutelle immédiate de l’armée, et ce qui cause la chute du jeune libéré sous une puissance paternelle déplorable, ou dans une liberté des plus dangereuses (1). S’ils ne s'engagent pas, l’année de liberté qui les sépare de leur service militaire ne sert qu’à les faire retomber.

— Au point de vue pratique, c’est du côté de l'engagement que l’on pourra le plus facilement tourner le libéré. S'il accepte la perspective d’aliéner ainsi sa liberté, il donnera une bonne indication du désir qu’il a de protéger sa propre faiblesse contre les influences mauvaises.

Mais un très grave obstacle à cet engagement est créé souvent par l'indifférence, le refus, le silence ou la disparition des parents : dans ce dernier cas, l'impossibilité d'obtenir leur réponse ou de rapporter la preuve de leur décès peut empêcher l’engagement.

En face d'une telle situation, le système le plus pratique serait celui-ci :

Le consentement des parents devrait pouvoir être remplacé, sauf le cas de refus formel, soit par celui du conseil de direction de la Société de Patro-

(1) Joseph Rozès, Les Enfants vagabonds. Toulouse, Rivière, 1900, page 296 ets,

nage, soit par le Préfet dans le département ou le Directeur de l’Assistance publique à Paris (cela peut se produire déjà légalement pour les moralement abandonnés). « Au cas de refus, la question devrait pouvoir être soumise au tribunal, en chambre du conseil, et le tribunal compétent devrait être celui qui a prononcé la condamnation conditionnelle ou celui du lieu où se trouve la Société de Patronage à laquelle le jeune condamné a été confié (1) ».

Une fois que le libéré est engagé, le Patronage ne l’abandonnera pas à la caserne. Une Société admirable existe pour la protection des engagés volontaires élevés sous la tutelle administrative. Elle est présidée et dirigée avec un zèle au-dessus de tout éloge par M. le Conseiller Félix Voisin. Ce magistrat éminent a essayé, dès 1878, de régénérer la jeunesse dévoyée, en lui inspirant le.sentiment de l’honneur, le respect de la discipline et l’amour de la patrie. Il est arrivé à exercer sur tous ces jeunes gens une très réelle influence, par une correspondance assidue et des visites fréquentes. À ceux qui se conduisent bien, la Société donne des récompenses en argent, des livrets d'honneur; aux moments de maladie ou de détresse momentanée, elle distribue des secours ; enfin, à ceux d’entre eux qui ont un casier, elle donne des facilités pour obtenir la réhabilitation.

Son effort principal est de maintenir toujours le

(1) Georges Vidal. Rapport au Congrès pénitentiaire international de Bruxelles, 1900.

jeune libéré en relations avec elle; elle le fait venir au siège social, et il ne peut y recevoir que de bons conseils.

Toutes les Sociétés de Patronage doivent agir de même. Outre qu’il est excellent pour le jeune engagé de revoir ses anciens protecteurs, sa présence est excellente pour encourager ses camarades de l’asile à suivre son exemple.

« C’est un spectacle consolant et touchant, dit M. Georges Vidal, de voir ces jeunes gens, militaires et civils, partir ensemble, le dimanche, quand :l fait beau, se promener au loin dans la campagne, fuyant d’instinct la ville, ses attraits et ses dangers, demeurer, au contraire, quand le tempsne permet pas de sortir, dans la cour de notre maison, causant, jouant, heureux de se retrouver: les uns, contents de la situation que nous avons pu leur procurer ;' les autres, pleins d’espoir en l’avenir et de confiance en notre protection » (1). La présence de ces jeunes gens ne peut qu'être excellente à tous les points de vue:

(1) Le Congrès de 1900 a tenu à encourager l’œuvre du reclassement des libérés par les engagements militaires, et il a émis les vœux suivants :

« Le Congrès émet le vœu que, dans les pays étrangers et en France, le délai exigé pour la réhabilitation des jeunes libérés soit abrégé le plus possible, de façon à leur permettre d'effacer la trace de leur faute avant de contracter un engagement ou d’être appelés au service militaire.

‘ « Et en attendant l’adoption d’une loi de cette nature, il souhaite que, dans toutes les hypothèses, dans les pays étrangers et en France, les Ministres de la Guerre puissent, après enquête favorable, autoriser l'entrée des jeunes condamnés dans les corps de troupes ordinaires de l’armée nationale ».

elle témoigne de leur persévérance personnelle et du relèvement des autres » (1).

S IL. — Expatriation.

Il est quelquefois nécessaire d’arracher complètement un individu au milieu où il vit. Il est certains malheureux qui ont besoin de changer d’atmosphère. Mais l’expatriation demande « de la vigueur physique et une volonté bien éprouvée » selon le vœu du Congrès de 1900.

Ce système, nécessaire pour certains tempéraments, pourrait d’ailleurs aboutir à d'excellents résultats au point de vue de la colonisation.

A l'étranger, l’expatriation est complètement organisée en certains pays. Ainsi, à Anvers, la société de Saint-Raphaël s'occupe spécialement de l’émigration des libérés. En Hollande, on procure aux patrennés les moyens de gagner l’Amérique. En Angleterre, l’émigration est aussi pratiquée avec succès : mais on a de très grandes difficultés à cause des colonies qui refusent de recevoir les libérés, notamment l'Australie et le Canada. Les Etats-Unis s'opposent absolument au débarquement des patronnés. Aussi, doit-on renoncer aux réductions de tarif qui indiqueraient la qualité de l’émigré. De là, grande augmentation de frais: chaque individu transporté coûte environ 250 fr. En France, ce mode de reclassement est très peu employé. Il n’est pas, à

(1) Rapport à l’Assemblée générale de la Société de patronage des enfants et adultes libérés de Toulouse, le 9 juillet 1898.

vrai dire, organisé. Nous manquons des correspondants spéciaux qu’il nous faudrait aux colonies, La société de Melun a bien organisé un cours de langues étrangères à l’usage de ses patronnés, mais cela ae suffit pas pour écarter toutes les difficultés pratiques.

S IT. — Rapatriement.

11 peut se trouver que le libéré appartienne à une famille honnête, qui peut lui faire du bien, ou que, pour une autre raison, il lui soit profitable de retourner dans son pays d’origine. Cette solution doit être immédiatement poursuivie par le Patronage, comme une des plus simples et des plus rapides.

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