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naux.' Cependant, on aurait pu trouver d’atres enseignements dansle Christianisme, quiasiprofondément façonné la civilisation moderne. Il n’est pas. conforme à la loi morale, qui a trouvé dans l’Evangile, son expréssion suprême,:de se détourner de celui qui a failli: il faut, au contraire, aller à lui et Vaider à se relever. « O la belle parole, s’écriait à cé propos M. Jules Simon, la parole profondément humaine que celle-ci, parole si souvent répétée, si mal comprise, si douce, et en même temps si juste pour les afHigés et les repentants: « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre! »
: L’intérétsocial ensuite. Nous sommes en présence, en effet, d’une de ces rares questions où s'accordent l’idée de charité et l’idée utilitaire. L’énorme foule des libérés que nos prisons lâchent chaque année, si elle se laisse aller au mal devient un danger terrible pour la société. M. d’Haussonville a fait remarquer à ce sujet un exemple significatif : « Tous Ceux qui ont étudié l’histoire de la Commune de Paris, dit-il. à un autre point de vue que celui d’une curiosité superficielle, ont été frappés du rôle considérable que l’élémemt récidiviste a joué dans ces luttes sanglantes. Les libérés de nos prisons sont entrés dans les rangs des soldats de la Commune dans une proportion considérable: Le même phénomène s’est produit dans toutes nos luttes civiles et cela seul suffirait à montrer par quels liens étroits la question pénitentiaire se rattache ‘à cette grande question sociale qui préoccupe tous les esprits de nos jours, et auprès de laquelle toutes nos divisions politiques
Sol paraissent bien secondaires » 1). L'armée des Récidivistes, fatalement accrue, devient un véritable danger social.
Il y a plus. Même en supposant la société toujours: assez forte pour réprimer le crime, cette répression grève profondément son budget. On l’a fait souvent remarquer, et très justement, il est beaucoup moins cher de donner à un libéré le moyen d’être honnête pendant toute son existence, que de le garder en prison, ne fût-ce qu’une année. Il est très vrai de dire, suivant la formule de notre savant maître, M. Georges Vidal, dans son rapport à l’Assemblée géné-rale du Patronage des libérés de Toulouse, le 10 mars 1896. « La réforme de ceux quirançonnent la Société. importe autant à la sécurité des honnêtes gens qu’à l'avenir des criminels eux-mêmes ».
Tout cela est tellement logique, tellement incon-. testable, que dèslongtempsl’æuvre à faire avait été indiquée, et, en 1870, M. d’Haussonville écrivait dans. louvrage que nous avons déjà cité : « C’est à faciliter l’œuvre du patronage que doit tendre tout l’ensemble des institutions pénitentiaires d’un pays civilisé. Les institutions pénitentiaires les plus rationnellement conçues, risquent de demeurer inefficaces, si, à l’heure de la libération, le détenu qu’elles ont eu pour but de moraliser, est livré sans transition et sans appui, à toutes les diflicultés de l’existence, à toutes les séductions de la liberté » (2).
(1) Les Etablissements pénitentiaires en France et aux Colonies, page 6.
(2) Page 494.
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Après cela, on peut s'étonner que le Patronage des libérés n’ait pas pris dans notre pays une extension plus considérable encore que celle, très grande à la vérité, dont il jouit.
Mais il faut remarquer qu’il avait à combattre des préjugés profondémentattachés à l’opinion publique, à réfuter des objections qui se sont dressées contre lui, à secouer enfin l'indifférence des sceptiques. Dès longtemps, on a détruit ces préjugés, on a réfuté ces objections, on a publié les magnifiques et indiscutablesrésultats de l’œuvre. Nous devons néanmoins revenir sur tout cela, puisque notre but, dans ce travail, est de faire mieux connaître et apprécier le patronage.
A. La première objection est celle-ci: « Pourquoi secourir les libérés, quand il y a tant de miséreux honnêtes qui ne sont pas secourus? La misère d’un condamné est bien moins intéressante que celle d’un brave homme ».
A cela, l’on peut répondre à deux points de vue différents, en se fondant tour à tour sur les deux principes qui régissent notre matière. Au point de vue chrétien, il estcertainement préférable de porter remède aux misères de l’âme qu’aux maladies du corps. La pire des infortunes est celle qui, faute d’être assistée, peut conduire au crime; et la charité doit nous porter surtout avec zèle vers les repentirs disposés à revenirau bien. La vieille histoire de l'Enfant prodigue est éternelle. Au point de vue utilitaire, disons que la sécurité publique demande que l’on diminue les recrues de la troupe du mal, et remarquons avec M. Bérenger que les haines sociales
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naissent surtout des bonnes intentions injustement découragées.
B. La deuxième objection est d'ordre scientifique. Elle s'appuie sur les théories de l’Anthropologie criminelle. MM. Lombroso, Ferri, Garofalo sont arrivés à renverser, au nom d'un empirisme des plus douteux, le principe de la responsabilité morale, qu’ils ont remplacé par le principe de la Criminalité fatale. Le docteur Charles Letourneau, qui a poussé jusqu’à leurs extrêmes conséquences les théories de ces savants Italiens, résume ainsi sa doctrine: < Nous savons que, quoiqu'il arrive et quel qu’il soit, l’homme obéit toujours et fatalement au mobile le plus fort ».
Bien des gens, à notre époque, transportent cette thèse dans leur appréciation du Patronage. Le criminel n’est pas responsable, proclament-ils. Quels que soient vos efforts de moralisation, il restera criminel. Ne parlez donc point de le ramener à la vertu: tout s’accomplit fatalement. Seule, la prison à vie, moins le nom, peut nous sauver de lui.
Nous ne pouvons ici nous livrer à une discussion approfondie de ce système. Mentionnons simplement les contradictionsnombreusesquel’on arelevées dans les études des anthropologistes. L'homme criminel est plus lourd que l’homme ordinaire, d’après Lombroso, plus léger d’après Thompson, Wilson et Virgilio ; sa capacité crânienne serait inférieure à celle de l’homme ordinaire, d’après Lombroso, supérieure d’après Heger, identique suivant Ranke; la fossette moyenne, que Lombroso a découverte au lieu de la crête sur l’os occipital dans la proportion de 46 °/
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chez les criminels et de 5 °/, chez les non-criminels, existe dans la proportion de 22 °/, chez les Juifs; enfin, Lombroso convient lui-même que les particularités du type criminel n’existaient pas chez la majorité des criminels d'habitude observés par lui. 40 */, environ présentaient ces particularités; les autres en sont exempts. Pourquoi ?(1).
Certes, nous devons nous garder des vieilles classifications, de la division systématique de l'être humain en une âme et un corps : ces deux principes sontunis, unis étroitement, et leur influence de l’un sur l’autre est réciproque. L’être moral estle résultat de ses penchants physiques, de ses instincts personnels, desestendances héréditaires; maisau-dessus de tout cela, il ya la volontélibre, qui vient perpétuellement dérouter le calcul des anthropologistes. Ceux ci peuvent noter des tendances... Mais l’homme reste maître d’en triompher.
Aujourd’hui, cette doctrine, acceptée par la grande majorité des pœæœnologues, régit notre système pénitentiaire. À tourner vers le bien la volonté du libéré, doit donc s’occuper le Patronage. Les errements de
(1) L'étude du cerveau a causé aussi de grands mécomptes ; même pour la simple question de poids, il a été impossible de conclure si le cerveau de l'homme criminel était plus ou moins lourd que celui de l'homme normal. On se rappelle l'histoire du cerveau de Gambetta dont le poids ne répondait nullement aux facultés oratoires du grand tribun ; et, quand il a fallu luichercher des ressemblances, M. le docteur Laborde à proposé Le cerveau del'éventreur Vacher. Enfin, l'un des créateurs de l'anthropologie criminelle, M.Garofalo, l'a déclaré luimême dans un article de la Revue philosophique : « Le doute règne encore sur les données de l'anthropologie, sur plusieurs points même, le désaccord entre les anthropologistes est complet. En réalité, il n’a pas été possible jusqu’à présent d'établir une anatomie du criminel »,
la science déterministe sont de nature à encourager ses efforts.
C. Sansse fonder sur des théories philosophiques, toute une dernière catégorie d’adversaires du Patronage nous dit :« Avant d’être condamnés, vos patronnés avaient l’habitude du vice. Ils en ont pris lé goût. Le contact dela prison les a corrompus encore davantage. Il n’y a plus rien à faire. S’occuper de ces gens-là, c’est perdre son temps. L'expérience est là pour vous le dire. »
Ontrouveces prophètes de malheur au coin detoutes les routes. Heureusement que pour les confondre, il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur les magnifiques résultatsatteints parle patronage depuis qu’il fonctionne, depuisune trentaine d’années. Combien d’hommes sauvés,arrachésau crime! Decombien d’histoires pathétiques sont faites les annales du Patronage !
On nous dira : « Et l’accroissement de la criminalité ? » D’abord, voici bientôt cinq ans que cet accroissementsemble s'être arrêté ; et n’est-ce pasun fait vraiment extraordinaire, étant donné l’effrayante rapidité de cet accroissement pendant les années précédentes, — étant donné aussi que les causes sociales de la Récidive restent les mêmes ? Ensuite, nos contradicteurs peuvent-ils savoir ce qui se serait passé en l’absence du patronage? Peuvent-ils affirmer que la société n’eût pas êté déja bouleversée par quelque terrible secousse, sile patronage n’avait pas fait sentir son influence moralisatrice? A leurs propos en l’air, nous pouvons opposer des faits précis, nets, certains, que nous indiquerons en détail quand il en sera temps.
A ceux qui iuvoqueront une expérience des plus problématiques, nous opposerons notre propre expérience, l’expérience de ceux que fortifient des faits de chaque jour. Nousredirons avec l’illustre académicien que nous aimons à citer : « Il n’y a pas d'homme incorrigible, pas plus qu'il n'y a d'homme impeccable, et nul ne sait, jusqu’à sa dernière heure, quelle forme est capable de recevoir le mélange d’espritetde boue (pour parler comme Pascal) dont il est pétri. Aussi, tous les êtres faits de ce mélange sont-ilstenus les uns vis-à-vis des autres à la charité, etceux-là surtout y ont droit qui, n'ayant point recu leur part de nos lumières nide nos plaisirs, ont respiré, dès leur enfance, une atmosphère morale absolument différente de la nôtre et passent leur vie entière dans des conditions de misère et de tentations dont nous ne saurions nous faire une idée. N'est-ce pas à eux, en effet, que s’adresse cette parole, d’une douceur et d’une espérance infinie qu’au milieu de tant de sentences sévères l’inspiration divine a mise sur les lèvres du Psalmiste :« Il sauvera les âmes des pauvres.» Animas pauperum salvas faciet. Qui sommes-nous pour nous montrer plus sévères que Lui?» (1)
En présence de tout ce que nous venons de dire, il doit paraître étonnant que le Patronage se soit développé si tard au milieu des nations chrétiennes. Il est donc nécessaire de rechercher, au cours de l’histoire, quels sontles mouvements philosophiques
(1) Socialisme et charité, par le comte d'Haussonville, page 239,
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ou religieux qui ont nettement dégagé les principes du patronage. Nous verrons ensuite à quels résultats ont abouti ces principes mis en pratique, tant au point de vue du fonctionnement intérieur que de l’action exercée parle patronage ; enfin, nous essaierons de donner une idée de l’influence exercée par le patronage, et nous formulerons quelques desiderata,
De là, se dégage nettement notre plan:
1° Développement historique du patronage.
2° Le patronage actuel.
3° Ce que l’on a fait par le patronage; ce qui reste à faire.