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CHAPITRE III

Le XIX" Siècle.

Au point de vue des œuvres de patronage, la première moitié de notre siècle a été encore une époque de tâtonnements et d’essais. Il importe, en cette étude, de la distinguer soigneusement de l’autre.

Voici la période révolutionnaire terminée. « Lorsque la sécurité est rétablie, lorsque les portes des prisons se sont ouvertes devant les innocentes victimes qui y avaient été renfermées, le fracas des armes empêche d'entendre les plaintes légitimes de ceux qui continuent à y expier leurs crimes. » (1) Cependant, la Restauration arrive. Elle est la grande époque des discussions courtoises et.des profondes controverses. On étudie partout les systèmes pénitentiaires. On projette des réformes. L’ordonnance royale du 9 avril 1819 nomme des commissions de surveillance dans les prisons et les charge de la réforme morale des prisonniers. En même temps, se crée la Société Royale pour l’amélioration des détenus: une circulaire du comte Decazes (4 mai

(1) D'Haussonville, — Les Etablissements pénitentiaires en France et aux colonies, page 3.

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1819) indique que cette société doit se préoccuper de préparer des ressources aux prisonniers pour le jour de leur miseen liberté. En 1819 également, se fonde en Russie la Société protectrice des prisons. Avec le refuge pour les libérés que l’on créa la même année à Saint-Pétersbourg, ce fut longtemps la seule œuvre russe s’occupant des détenus (1). Un second refuge ne fut créé qu’en 1847, à Moscou, par M. Kestcher et il fallut encore trente ans pour en voir naître une troisième. Ce n'étaient là que des essais. Pratiquement, ils eurent peu d’effet. Maisils sont une indication . sur l’état des esprits à cette époque.

C’est en Alsace-Lorraine, par conséquent sur une terre française, que nous rencontrons le premier patronage des libérés, en Europe :’ en 1814, une: société de patronage S’était créée à Strasbourg, suivie le 17 novembre 1822, par la Société pour l’amélioration morale:et pour le patronage des jeunes dête-: nus libérés du Bas-Rhin. Cette Société n’a cessé de prospérer pendant tout notre siècle, jusqu'en 1886, où elle s’est fondue avec une société formée pour la Basse-Alsace et destinée au patronage des condamnés libérés et des familles des détenus.

Un an après, la Hollande suivait cet exemple: la Sociêté néerlandaise pour l’amélioration morale des détenus, due à l’initiative de M. Suringar, s’occupait des libérés avec beaucoup d'activité et de re thode., : D

à Cette Société protectrice des prisons prit, en 1855, la direction supérieure des prisons. w

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En 1825, la Suisse, qui possédait à Genève depuis 1818 un Comité de surveillance morale dans l’intérieur des prisons, confie à:ce Comité le patronage des libérés.

C'est à ce moment que l’Allemagne commence à s’occuper de notre œuvre. Elle est, peut-on dire, la première en Europe à le tirer du rang des tentatives isolées, et à lui donner une sérieuse organisation. Le Révérend Théodore Fliedner fonde à Dusseldorf la première société allemande des prisons, Aussitôt, le duché de Bade, la Bavière etle Würtemberg se couvrent de sociétés de patronage : il y en a à Münich, Carlsruhe, Stuttgard ; le mouvement se développe et gagne Weimar, Postdam, Dresde, Brême, Hambourg, Darmstadt, Berlin. En 1831, on comptait onze patronages bavarois et le siège de leur union centrale était établi à Münich: une autre union d'assistance des libérés était établie à Stuttgard etgroupait autour de son comité central 60 unions de secours. Huit ans plus tard, en 1839, le docteur Binder fondait une nouvelle union à Hambourg.

Tandis que les pays protestants de l’Ancien Continent organisent ainsi le patronage, ceux du Nouveau-Monde développent leurs fondations ; en 1830, on comptait, aux Etats-Unis, treizeassociations d'Etat qui, non seulement patronnaient les libérés, mais encore étudiaient les réformes pénitentiaires et examinaient les cas de détention préventive. En 1844, parut la Société de New-York pour l’amélioration des prisons, qui provoqua en 1845 et 1846 de grandes assemblées générales... spi us 82 en frs

La France ne pouvait rester inerte en sante de

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ce mouvement. En 1833, MM. Bérenger et Charles Lucas avaient fondé la Société des jeunes détenus du département de la Seine, tandis que Mi de Lamartine construisait la maison du Bon Pasteur. L’idée faisait son chemin. En 1842, M. le Comte Duchatel, ministre de l’Intérieur, crut le moment venu de la lancer définitivement, et il préconisa l’organisation du patronage par une circulaire du 28 mai, adressée aux Assemblées départementales : c'était prématuré ment agir, Il ne recueillit partout que l’indifférence. Cependant, quelques années après, un projet de loi avait été déposé dans le sens de cette circulaire. Le patronage était bien près d'aboutir. Mais l’on était en 1848 : tout fut emporté par la Révolution de février. La question pénitentiaire allait être déplorablement oubliée en France pendant vingt ans.

On doit rapporter une grande part de tout ce qui s’est fait pour le patronage dans la première moitié de ce siècle à une femme, M"° Elisabeth Fry. Elle était née en 1780, d’un riche négociant de Bramerton, près Norwich, John Gurney. Pendant son enfance et son adolescence, elle s’abandonna avec passion à tous les plaisirs mondains ; elle aimait tout particulièrement «le scandale et la belle compagnie (1) ». En 1800, elle épousa M. Joseph Fry, quaker rigide, et c'est de ce moment que date sa conversion. En 1810, elle devint ministre parmi les Quakers. En 1813, elle fit sa première visite à la prison de New-

(1) Mémoires d'Elisabeth Fry avec des extraits de son journal et de sa correspondance, (1847),

> Me gate, où elle fut violemment émue des souffrances. des femmes entassées là. Dès lors, elle se livra tout entière aux œuvres des détenus. En 1817, elle établit dans la prison, une école et un ouvroir, et elle orga- .nisa la première société de dames pour le soulagement des détenues, sous le titre « d’Associalion pour la réforme des femmes détenues à Newgate». Puis, ce furent, comme pour John Howard, des voyages : en peu d’années, elle visita les prisons anglaises, y créa des œuvres similaires à celles de Newgate et institua des comités pour visiter les prisonniers. Enfin, de 1837 à 1842, M Fry fit divers voyages en Europe, visitant les prisons, exposant aux autorités ses plans de réforme, etsuscitantplusieursdes œuvres que nous avons déjà mentionnées. En 1839, elle vint à Paris et réunit un certain nombre de dames visiteuses pour tenter de créer une association de patronage. Cette Association ne persista pas, mais quelques dames protestantes obtinrent du Préfet de police l'autorisation de visiter Saint-Lazare, la Conciergerieet, plus tard, le dépôt de mendicité de Saint-Denis.

En 1840, M"° Fry était en Suisse. Elle y provoqua la création de deux nouvelles sociétés de patronage, celles de Berne et de Zurich, que devaient bientôt suivre celles de Saint-Gall et de Neuchâtel. De méme, elle fit sortir le Danemark de l’inertie où il gisait depuis son essai malheureux de 1797. Sur son instigation, le docteur G.-N. David créa à Copenhague, en juin 1842, la Société pour le patronage des détenus libérés.

— Une autre figure doit attirer notre attention. C’est celle du roi de Suède, Oscar 1° (1799-1859).

Ce fils de Bernadotte, roi libéral, esprit cultivé et artiste, s’intéressa plus que personne aux questions pénitentiaires. Il fut le bon monarque qui adoucit les rigueurs du Code criminel, améliore le régime des prisons et fait régner la vérité et la justice, suivant sa devise. Il écrivit, entre autres ouvrages, un livre : sur les lois pénales et les établissements de répression, qui exerça la plus heureusé influence en Allemagne et dans les Etats Scandinaves. Sous son impulsion, quatorze sociétés de patronage se fondèrent en Suède, et depuis cette époque, elles n’ont pas cessé de prospérer.

Déjà, en Norwège, en 1827, une Société de Patronage avait été fondée sous cetitre : Les Amis des Nécessiteux. Cet exemple fut suivi à Bergen en 1841, et à Christiania en 1845. Mais ces sociétés interrompirent leur fonctionnement, faute d’argent; le nombre des condamnés aux travaux forcés dans la capitale augmentait dans d'énormes proportions: Cependant, un nouveau Code pénal ayant été voté le 1% janvier 1843, une société de patronage se réorganisa en 1849. (1)

, Sinousjetons un coup d’œil sur l’état du patronage en 1850, nous verrons que, à part l'Allemagne et l'Amérique, tousles autres Etats protestants sont dans une période d’essai. L’Angleterre elle-même, quidoit sous peu donner une si merveilleuse extension au patronage, n’a encore rien d’officielle-

(1) Cflé Patronage des libérés en Norwège, par And. Faerden. Revue pénitentiaire, 1900, page 153.

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mentorganisé à ce sujet. Quant aux pays catholiques, ils sont indifférents: c'est à peine si l’on signale en Italie, la fondation de deux sociétés de patronage, l’une à Florence (1844) et l’autre à Milan (1845), en Autriche, la fondation de deux autres sociétés, à Gratz {1846) et Innsbrück (1848), — et enfin le double essai tenté en Belgique pour organiser officiellement le Patronage, par deux arrêtés royaux, en 1838 et en 1845, double essai qui fut suivi d’an échec complet.

Donc, les efforts des publicistes, des philanthropes, des magistrats, des agents de l'Administration, n'avaient abouti pendant ce demi-siècle qu’à des résultats bien minimes. La conscience publique semblait oublier les grandes questions pénitentiaires. Mais, à la suite des travaux persévérants et tenaces d’une foule d'hommes de cœur et de savoir, elle allaitenfin se réveiller et offrir à notre époque un ensemble merveilleux d'œuvres de moralisation et de reclassement.

A partir de 1850, il devient absolument indispen sable d'étudier séparémentles progrès du Patronage dans chaque pays, jusqu'à l’époque où nous écrivons ces lignes. Nous éviterons ainsi une déplorable confusion. Mais nous ne donnerons ici qu’un coup d’œit très général, réservant les détails pour notre étude du fonctionnement intérieur et de l’action du Patronage, où ils viendront corroborer nos assertions.

États-Unis.

C’est dans le Nouveau-Monde que le Patronage apparut tout d’abord, ainsi que nous l’avons dit plus haut (p. 39). En 1866, un rapport fut présenté sur les sociétés des Etats-Unis et du Canada, constatant leur progrès et proposant des réformes. En 1870, un premier Congrès put se réunir à Cincinnati. Dans l'Etat de New-York seulement, se fondèrent 67 comités ; d’autres sociétés se créèrent en Californie, au Massachusset, en Pensylvanie etau Maryland : cette dernière avait en 1895 80,000 dollars de revenus. Au Canada, chaque grande ville a fini par posséder un bureau central. Notons enfin que les Etats-Unis ont répandu leur influence à l’extérieur. C’est un Américain, le docteur Wines, qui a été le promoteur des Congrès qui ont eu lieu depuis 1870 à l’étranger et en France. Depuis le docteur Wines, les progrès du Patronage se sont étendus jusqu’au sud des Etats-Unis. On a organisé avec succès le placement des libérés à la campagne et les maisons de sauvetage pour l’enfance.

Mexique.

Le Mexique, pour compléter l’œuvre de la libération préparatoire où conditionnelle, s’est décidé, depuis son nouveau Code pénal, à s’occuper du pa- tronage. Il possède une commission de patronage ayant des pouvoirs fort étendus.

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