‹ Le patronage Saint-Agnès [microforme]Chapitre 2 sur 4 · FREE · texte numérisé non relu

FREE

Au cours des après-midi dominicales, il faut done introduire insensiblement dans les âmes des fillettes les moyens de défense qui seront leur sauvegarde plus tard. «Le Patronage, disait un jour l'abbé Thellier de Poncheville, est une école de vertu où les enfants s’exercent à la franchise, à la bonne camaraderie, à l'oubli de soi; une école où l’on apprend à s'adapter à une petite société, à se solidariser. » Le Patronage est tout cela et plus encore quand on comprend combien la moindre action des petites patronnées a sa portée pour l'avenir. La fillette qui veut bien céder à sa compagne la confortable berceuse dans laquelle elle

. aurait si volontiers passé l'après-midi saura un jour

accomplir les grands sacrifices qu'impose parfois la vie. abituées, petit à petit, aux bonnes manières, aux aimables condescendances, les fillettes choisiront d’instinct pour compagnes de travail celles qui montreront la plus grande délicatesse de sentiments. Et, de même qu'elles offrent maintenant à Dieu leurs petits plaisirs, elles lui feront bientôt l'hommage de leur travail qui deviendra si doux s’il est sanctifié.

Une autre excellente influence, c’est la forte discipline du Patronsze. Elle exige des enfants une rigoureuse assiduité : c'est pour que, demain, elles soient fidèles au travail. Elle les veut respectueuses 4e l’autorité : c’est en vue de l’obéissance qu'avant 1: temps elles devront à leurs patrons.

Tout dernièrement, la directrice de la section des grandes leur faisait faire des élections. Il s'agissait de confier aux plus dignes certaines petites charges. Enfantillages que cela ! pourrait penser une personne non initiée. L'événement avait pourtant son côté sérieux : pour la première fois, de jeunes intelligences s’ouvraient au sens de la responsabilité.

A ces petites âmes dociles, il faut encore inculquer autre chose : l'amour du travail qui ennoblit l'intelligence. Elles l’acquièrent aux réunions de couture qui ont lieu une fois par semaine : le samedi après-midi.

Le

Là, les üllettes font connaissance avec l'aiguille, leur futur gagne-pain. Pendant longtemps, ce ne sera entre leurs doigts qu’un joujou qu’en se riant elles feront glisser dans les fins tissus des robes de poupées, mais, au tournant de l'enfance, elles comprendront, un jour, qu’à leur insu elles ont fait tout un apprentissage. C'est ainsi qu'une fillette de treize ans rencontrant tout dernièrement, l’une de ses grandes amies dv Patronage, lui confia glornieusement qu'elle avait commencé à travailler... qu’elle avait rapporté chez elle sept dollars cinquante, son gain de la semaine... et qu’en voyant cette belle somme sa maman avait dit £ « Tu vois, petite enfant, comme ils t'ont bien servi, les samedis du Patronage ! »...

Chères petites patronnées, enfants qui, si vite, grandissez, dès que sonnent vos quinze ans, c'est donc l'heure de partir? Dans l'ordre des choses, il devait en être ainsi. Mais quand le Fondateur de l'Œuvre dut procéder aux premières émancipations, le cœur lui manqua et il dit: «Ces enfants sont si bien ici! Gardons-les encore. » Et, pour les fillettes qui ont commencé à travailler, vient de s'ouvrir une nouvelle section : celle de l’Ange Gardien. Elle a eu, jusqu’à présent, trois ou quat-e réunions et les onze fillettes — ne devrais-je pas plutôt dire les onze jeunes filles — qui en font partie ont souri au programme qu’on leur a proposé : venir, chaque mardi soir, de 7.30 à 9.30; après avoir prié quelques instants, faire une heure de couture; apprendre comment raccommoder ses vêtements, repriser ses bas; se faire enseigner mille jolies choses : l’art culinaire, l'entretien d’une maison et, pour tout couronner, le savoir-vivre, afin de devenir de vraies petites demoiselles. Ce seront de jolies soirées, car tout promet d’être intéressant; des soirées de paradis puisqu'on les termine en parlant un peu des choses de Dieu, toujours si douces au cœur !

À quelle condition une jeune fille peut-elle entrer dans cette nouvelle section? Il suffit qu’elle se fasse

recevoir Enfant de Marie et qu’elle assiste très fidèlement aux réunions qui ont lieu, chaque quinzaine, à Notre-Dame de Lourdes. On lui conseille, si elle veut se préparer une jolie situation, d'ajouter à l'instruction acquise à l'école. Pour cela sont mis à sa disposition les cours du Foyer : français, anglais, sténo-dactylographie, comptabilité. Si elle fait tout cela, si, de plus, elle permet aux grandes amitiés qui la protègent d’être son conseil en toutes circonstances, sa vie de jeune fille laborieuse lui sera une bénédiction.

A lire ces lignes, vous avez compris, n'est-ce pas ? qu’une fois entrée au Patronage, on n’en sort plus que pour ceindre la couronne de fleurs d'oranger, quand le Prince Uharmant se présente, ou coiffer une blanche cornette si le Bon Dieu vous la tend!...

À voir le sérieux presque austère de l'œuvre, on se demande peut-être si le Patronage, tout énris d’apostolat, n’en oublie pas la plus charmante dr es missions : illuminer les vies. Qu'on se rassure! :r> œuvre qui s’est choisi pour patronne une petite sainte de treize ans saura toujours faire à l'enfance la grande part de joie nécessaire à son épanouissement.

Que le Patronage ait un caractère sérieux, les fillettes sont les dernières à le soupçonner tant on s'ingénie à tout leur envelopper de doux plaisir. Le moindre effort a sa récompense immédiate. Jamais un jeu ne se termine sans qu’une belle image soit décernée à la petite gagnante. Des bons points couronnent la politesse et, quand vient la lecture des notes du trimestre, ces points se transforment en jolis cadeaux que Monsieur le Curé remet aux enfants avec d’affectueuses félicitations. Quant à l’assiduité, il y est attaché un privilège très apprécié des fillettes : celui de faire, une fois par mois, le samedi après-midi, quelque belle promenade en compagnie d’une de leurs grandes

amies. Elles sont charmantes, ces récompenses, mais, dans le ciel des fillettes, ce ne sont que de petites étoiles à côté du flamboyant soleil qu'est le grand pique-nique annuel, et dont l’année entière est illuminée.

Un pique-nique du Patronage, à tout prendre, qu'est-ce ?

C'est un grand tramway qui, par le plus beau matin de juillet, s'arrête non loin du Patronage et se laisse envahir par cent joies débordantes.

C'est la ville et les faubourgs traversés, les prés longés; c'est le ciel devenu immense et la belle eau qui, peu à peu, se laisse apercevoir, toute brillante et si bleue !

C’est une grande île, loin, très loin dans le fleuve immense; un bac qui se charge dc fillettes un peu tremblantes malgré le grand calme de l’eau. C'est bien cent coups des lourdes rames qui s’abaissent et se relèvent en laissant tomber des chapelets de gouttes claires, toutes pleines d’arcs-en-ciel. Et c’est enfin la grande île découverte : elle a un bois sombre où il doit y avoir beaucoup de fraîcheur et un peu de mystère. Il est loin, le bois; des champs le précèdent et cent fillettes qui ne tremblent plus que de joie vont les traverser ces champs. Une interminable file de petites robes bleues, roses ou blanches ouvre une tranchée dans la blonde avoine ou le blé-noir en fleurs. Et la troupe ingénue va joyeusement son chemin sans que jamais une tête s’abaisse tant sont doux les projectiles du Bon Dieu : le pollen des fleurs ou des papillons blancs !

Un pique-nique du Patronage, ce sont de gros paquets qui s'ouvrent mystérieusement alors que le soleil est très haut dans le ciel et l'estomac des petites filles très, très bas. Ce sont des petites dents qui mordent dans les sandwichs en beau pain blanc au milieu duquel quelque chose de rose, un petit peu salé, repose sur quelque chose de vert, tout frisé et d’une fraîcheur !...

Oh! les pique-niques, les beaux pique-niques ! Les enfants percées sur un arbre à demi tombé, et qui chantent éperdument ! Les têtes brunes, couronnées de fleurs jaunes, et les blondes au diadème de feuilles. ..Oh ! ces rondes sous les arbres! Les sylvains auraient-ils quitté le mystère du grand bois ? Non... Ce sont nos petites filles et nous les reconnaissons, bien que la joie ait rendu leurs yeux plus brillants et le soleil, plus roses leurs joues !

Un pique-nique du Patronage, c'est enzore la plus jolie des leçons. Plus tard, quand ces promenades ne seront plus qu'un souvenir frais et doux pour les fillettes devenues grandes, celles-ci comprendront que rien n’est meilleur qu’une journée passée sous le ciel du Bon Dieu. Et lorsqu'elles seront mamans et qu'elles voudront récompenser des petites filles sages et bonnes comme elles le sont maintenant, au lieu de les faire pâlir dans l'atmosphère viciée des cinémas, elles les emmèneront voir les beaux bois où l’on trouve les boutons d’or qui foni de jolies couronnes, et le gazon moelleux sur lequel il fait si bon danser !

Cette année, au si clair midi, a-t-elle un crépuseule avec du rouge et del'or pleinleciel ?... Mais oui!! Quand vient Noël, soir de l’année, tout un flamboiement de couleurs égaie les yeux, car le Patronage offre à ses petites filles un arbre de Noël mirifique et quel banquet !! Pendant que j'écris ces lignes, la grande fête se prépare; au numéro 162 de la rue Sainte-Élizabeth, il y a une profusion de jouets, car les paroissiens à qui l’on a fait appel, ont envoyé tout ce qui peut enchanter des fillettes : poupées, jeux, bonbons, livres, mitaines, chauds vêtements. Demain, toutes ces choses, enveloppées de papier blanc et nouées de iaveurs multicolores, seront amoncelées au pied de trois sapins dont toutes les branches étincelleront. Pour suspendre aux arbres mêmes, les demoiselles du Patronage préparent quelque chose de charmant : des cornets recouverts de papier de soie et qui sont plutôt des fleurs que des

cornets — des fleurs comme le Bon Dieu a oublié d'en faire! Elles ont double ca!ice : un blanc et un rose, un vert et un jaune, un rouge et un blanc, et, dedans, il pousse des bonbons !... Des arbres pleins de fleurs, des fleurs pleines de friandises, quelle petite fille n’en voudrait pas toute une forêt ?...

Voici le menu du goûter :

SANDWICAS au jambon, au fromage.

Page 1