‹ Le patronage Saint-Agnès [microforme]Chapitre 3 sur 4 · GATEAUX · texte numérisé non relu

GATEAUX

faits par les .. mies et recouverts de chocolat, de tranches d’oranges, de sucre d'érable glacé.

Coupes de fruits.

Bonbons pour tous les goûts.

Chocolat fumant !

La fillette qui aura vu les beaux sapins tout enguirlandés et qui, après avoir goûté, partira chargée de cadeaux comme le Père Noël lui-même, n’enviera personne, et lorsque, vers neuf heures, elle posera sur l'oreiller sa petite tête pleine de souvenirs dansants, ce n’est pas elle qui se demandera, comme les gens moroses de noire siècle, si la vie vaut, oui ou non, la peine d’'êtra vécuel!...

Le Patronage avait encore promis d’être un centre de secours de toutes sortes. Qu'a-t-;! fait dans ce sens, depuis sa fondation? Nombre d'enfants pourraient

SA

répondre qu'elles ont souvent apporté au Patronage de petits billets par lesquels leurs pauvres mamans demandaient qu’on leur donnât des caoutchoucs, des chaussures ou des bas et que, chaque fois, elles s’en sont retournées en « étrennant ». Elles pourraient encore dire combien de fois, l'hiver, les “emoiselles du Patronage viennent chez elles, de la part de Monsieur le Curé, tantôt voir s’il y a du charbon dans le poêle et des provisions dans le garde-manger, tantôt leur apporter de chauds vêtements.

C'est en vue d’avoir un vestiaire bien fourni — Car «il y aura toujours des pauvres » parmi les petites patronnées — que des soirées de couture ont lieu chaque mardi. Une dizaine de jeunes filles, amies de l’œuvre, y assistent. Ces couturièrss ne sont pas des demoiselles ordinaires : elles sont presque des thaumaturges tant elles savent tirer merveille des dons des paroissiens. Elles opèrent la multiplication des vêtements, font du neuf avec du vieux, du joli avec du vilain, tout cela pour ces petites filles que la pauvreté rend distraites au point d'oublier qu’en novembre on ne sort plus en manteau d'été.

Quand vient janvier, par exemple, les miracles n’ont plus leur raison d'être : on travaille alors dans du neuf, car la Première Communion approche ! La salle de couture se remplit de nuages blancs, impalpables, qui deviendront de fraîches toilettes de communiantes. Cette année, seize trousseaux furent ainsi préparés.

Si l’on vous donnait à deviner où se rendent ces trousseaux, neuf fois sur dix vous nommeriez toutes les rues de la Paroisse sans trouver. Ils vont dans des impasses ou des ruelles qui n’ont rien de très engageant par les soirs encore sombres d'avril. Pour arriver chez la petite « préparante v. ‘ .: :1t traverser des passages obseurs, entrer dans des ‘vu: inconnues où se trouvent de pauvres maisons qu smblent n'être que galeries et escaliers délabrés. Rien, heureusement, n’est à

craindre dans ces parages : nous sommes parmi ce qu'on appelle familièrement de «bons Canadiens » qui accueillent avec d'honnôtes sourires les amies qui entrent. La petite préparante n'est pas encore couchée : elle attendait sa belle robe. Pendant que sautent les ficelles, elle raconte qu'elle a pris son bain, que sa maman lui a lavé la tête, qu'elle est toute propre pour le petit Jésus. C'est beau d'être propre et comme ce sera bon d’être belle en l'honneur du Bon Dieu pense la fillette en voyant sortir de la boîte une robe blanche et des dessous de mousseline, un chapeau et un manteau neufs... et des bas... et des chaussures... et des petits gants ! Rien n'a 6t6 oublié : le livre de messe et le chapelet sont là, et l'on montre de plus à l'enfant ravie deux enveloppes mystérieuses qui contiennent le complément de ce parfait trousseau : l’image-souvenir et la petite offrnnde que les communiantes déposent devant Monseigneur, pour les œuvres diocésaines.

Ces petites patronnées remercient-elles parfois le Bon Dieu qui les comble ainsi? Oui, certes, elles lui rendent grâce et cela très solennellement, quand Monsieur le Curé, aux fêtes de Sainte-Agnès, de Saint- Joseph, du Sacré-Cœur et du Saint-Rosaire, leur donne un grand salut dans la chapelle au Sacré-Cœur, aux pieds de cette statue de Notre-Seigneur dont la majesté nous rappelle le « Bon Dieu » d'Amiens et qui cependant dit si simplement : « Mon enfant, donne-moi ton cœur. »

Vers cinq heures, le dimanche, 1e silence s’est fait dans la « volière chantante » que cent petits oiseaux viennent de quitter, et les Demoiseiles du Patronage se reposent ensemble quelque peu. Elles ne causent pas beaucoup car, à ce moment-là, les attend toujours un rêve, un vieux rêve qu'elles ressassent en leur cœur depuis ce jour de 1913 où elles le consignèrent dans leur gros cahier.

Et —

«{ Pour l'avenir, écrivaient-elles alors, nous comptons d'abord sur un plus grand local où nous pourrons séparer les enfants suivant leur âge et leurs goûts. Nous espérons même pouvoir recueillir quelques orphelines et les élever, et aussi garder pendant toute la journée les petites filles dont les parents vont travailler en dehors et qui sont trop jeunes pour aller à la classe. »

Elles rêvent d'un grand local. Les quatorze pièces du Patronage ne suffisent-elles done plus? 11 faut l'avouer. D'année en année, le nombre des petites patronnées tend à augmenter par progression géométrique et rien n'est plus triste que de songer qu'il faudra peut-être, un jour, refuser l'entrée du Patronage aux petites frimousses qui y frapperont. Au point de vue de l'hygiène, l'on doit convenir même qué le local actuel laisse à désirer. Pour plus de cent enfants, ce ne sont pas des pièces, ce sont des salles qu'il faudrait, des salles vastes, bien ventilées, dont l'air ne se raréfierait pas au bout de ci'elques instants et où les enfants pourraient faire de la gymnastique et jouer en plus grande liberté.

Ajouter à l'Œuvre un orphelinat c'est encore un rêve que le Fondateur du Patronage confie souvent à Dieu. Les besoins de la paroisse sont grands; ils augmentent chaque jour, et le Patronage voudrait pouvoir suffire à tout.

Mais comment oser faire de grands projets quand le tout simple programme actuel exige tunt de ressources? Entretenir une maison, la chauffer pendant nos longs hivers, payer les impôts, quel capital cela ne requiert-il pas ? Et le Patronage est pauvre... . Comme ressources il n’a que l’aide que peut lui accorder Monsieur le Curé et le produit d’une ou deux petites fêtes.

Alors, il arrive parfois qu'au milieu du grand bonheur dont jouissent les jeunes filles du Patronage se glisse cette chose lourde et grise qu’on appelle es peines d'argent ». L'aide financière ne manque pour-

tant pas: Des âmes charitables font leur devoir; ! d’un autre côté, son Fondateur donne tant et tant Î qu’il dit parfois en souriant avec malice que le Patro- | nage est un Minotaure, toujours prêt à tout dévorer,

réflexion très sensible à la Trésorière ! Mais il en faut

tellement ! !

Un soir, qu’au Conseil la question finances était | à l’ordre du jour, la situation du Patronage se définit ainsi : une fois le loyer, le chauffage et les impôts payés, il restait encore un déficit mensuel de vingt-cinq dollars, représentant les frais d'entretien de la maison et les appels constants faits à la Caisse de l'Œuvre. Et Monsieur le Curé conclut que puisque certains faisaient leur grande part, il serait peut-être juste de demander à d’autres de faire la leur, toute petite, et il conseilla aux jeunes filles présentes de recruter parmi leurs connaissances des bienfaiteurs pour l’Œuvre. Le Conseil entier fit la moue: demander de l’argent, personne n’éprouve pour cela de prédilection et plus d’une zélatrice aurait volontiers fabriqué des obus dans le sous-sol du Patronage plutôt que de tendre la main.

Mais, «devinant les pensées de leurs cœurs }, Monsieur le Directeur tira simplement de sa poche une petite carte jaune et lut ce qui suit :

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