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LEO | pas, el'il prépare même son triomphe définitif en éliminant l'arbre
qui la refoule. L’humus, si peu abondant dans ces froides contrées,
brûle en même temps que l’arbuste; les cendres sont dispersées au loin par le vent ou entrainées par les eaux. Une croûte noire, pul-
vérulentie, se forme après le passage de l'incendie, et le sol se couvre, pendant quatre ou cinq ans, d’un rare et dur gazon de
Calamagrostis montana, Anthoxantum odoratum, Hieracium piliferum et Hieracium albidum, que le bétail refuse le plus souvent de brouter. À la longue, pourtant, les bonnes espèces reviennent, mais moins vite que la bruyère, qui veille du haut d’un roc, d’où le ber-
ger à banni le mélèze ou l’arole. Au moment même où le pasteur
pensait récolter ce qui était né dans la cendre, il voit son espoir trompé, et la lande de bruyères et d’airelles, puis de genévriers et de rhododendrons, se reforme avec plus de vigueur. Fait curieux ! l'expérience ne l’instruit pas, et il continue son œuvre barbare.
D’une manière générale, la forêt résineuse, non seulement n’envahit point ces landes, mais ne s’y maintient qu’à la faveur du rocher; ordinairement même elle en émigre. Nous ne connaissons qu'une essence qui en ait facilement raison : c'est l'aune vert, le dernier représentant de la végétation forestière dans ces montagnes et le plus utile auxiliaire de l’homme et du troupeau. Avonsnous besoin d'ajouter que, pour prix de ses services, on le détruit avec rage, avec folie. Cela fait, l'œuvre de ruine commence et ne s'arrête plus. Sur ces hauts sommets, toute atteinte portée à la forêt par le berger est fatale, et la nalure n’enfante à sa place que l’inutile buisson.
CONCEUSIONS
Dans cette longue excursion à travers plaines et monts, nous
n'avons cité que des faits personnellement observés des Alpes aux
Vosges et des Cévennes aux collines de Lorraine. En remontant de
la friche à la lande, de la lande à la brosse, puis de la brosse à la forêt, nous avons avons essayé de mettre à nu l’ulcère qui gan-
grène tant de coteaux et de montagnes, et qui frappe de stérilité. plus d'un million d'hectares de notre pays. Si l’on retourne, en effet,
cet enchainement, on aura une idée nette de l’action invisible du pâturage outré, qui brise et divise la forêl, conduit à la friche et amène finalement le sol à l’état de terre nue ou de pierre. C’est
l’éternelle histoire de la goutte d’eau tombant sur le roc et le per-
cant. Si nous avons préféré suivre une marche inverse, c’est que nous avons voulu indiquer également les trésors d'énergie latente . que la nature possède et que l’on dédaigne trop souvent, faule de les connaitre.
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Modifications subies par le tapis végétal à la suite de la concurrence ligneuse.
Nous avons précédemment étudié la composition du tapis végétal pendant la phase de formation de la forêt ; il nous reste maintenant à suivre son évolution dans les taillis, dans les futaies et dans les plantations. Nous nous rendrons compte ainsi, chemin faisant, des ressources qu'offrent au pâturage les différents peuplements dans le cours de leur développement.