ONCE
core trop faible, trop peu cohérent, pour se prêter à l'installation du sapin, qui peuple, au-dessous, la forêt communale.
Non loin de là, sur le Pyfara, six cents moutons de la Crau cherchaient provende à travers la lande de bruyères et d’airelles à fruits rouges et noirs; en regardant de près, on voyait une foule de petits plants de sylvestres, rongés jusqu’au ras du sol, et dont la graine avait élé apporlée par des oiseaux qu'attirait une jolie plantation de quelques ares, installée, on ne sait comment, sur ce mont granitique. C'était en 1887. Les moutons y sont-ils toujours ? Qu'est devenue la lande ? Sable ou rocher, c’est là son sort.
c) Lande alpestre. — Dans les Alpes, c'est un autre décor, mais une non moindre désolation. Sur les prairies fauchées, mais négligées, de Saint-Martin-d'Uriage, de Vaulnaveys, etc., sur les pâlures communales appauvries, à une altitude de 900 à 1,100 mètres et en sol de micaschistes, l’aune vert se multiplie avec une étonnante vigueur et donne des taillis vigoureux, que l’épicéa ne tarde pas à envahir, puis à étouffer. À de pauvres gazons succèdent de luxuriantes forêts, qui sont bientôt la richesse de leurs propriétaires. Soxante ans suffisent pour donner de bons bois de papeterie, à raison de 350 à 400 mètres cubes par hectare.
Plus haut, vers 1,250 à 1,500 mètres, commence la lande alpine de genévriers et de rhododendrons, que nous avons suivie depuis les versants abrupls de la vallée de la Romanche jusqu'aux pics neigeux des grandes Alpes, el qui stérilise, dans cette seule région, plus de cent mille hectares de bons terrains. Elle est fille, avons-nous besoin de le dire, du surmenage des pâturages de la région alpine, et elle descend en même temps que s’abaisse la limite supérieure des forêts. Sa composition ne varie guère. A Séchilienne, sur des micaschistes, à Champrousse, sur des grès micacés et amphiboliques, à Saint-Gervais et aux Contamines, sur des bésimaudites, à Arche, sur des grès de Taveyannaz, ce sont les mêmes plantes, les mêmes arbustes qui la caractérisent. Aux Canches et au Prarion de Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie), entre 1,400 et 2,000 metres, elle est formée par un tapis continu, serré, haut de 050 à 1 mètre, de rhododendrons, de genévriers nains, d’airelles canches et myrtilles, au travers desquels percent quelques tiges amaigries de genliane pourpre, d’arnica, de campanules, d’astrantia minor etde mulgédies. Le long des sentiers battus par le bélail et sur quelques croupes mollement arrondies et fraîches, on lrouve des gazons vivaces de nard raide, qu'embellit Gymnadenia albida et que
parfume Nigritella angustifohia. Sur les rochers où le pied peut enfin se poser solidement, abondent Buplevrum stellatum et Primula glutinosa.
Dans les pâturages du Truc (commune des Contamines), dans d’autres lieux voisins de la chaine du Mont-Blanc, on suit très facilement la marche de la dégradation des herbages. Elle se manifeste par l'apparition de touffes isolées d’airelles, auxquelles succèdent d’abord la lande de bruyères, puis enfin la lande de genévriers et de rhododendrons, au travers de laquelle le bétail cesse de s’'aventurer. La callune ne reste à demeure que sur les arêles vives de rochers, où des lichens variés, craquant sous le pied, marquent le premier triomphe de la vie sur la matiere.
Dans le massif du Brévent, à une altitude supérieure à 1,800 mètres, en dehors par conséquent de la zone forestière, les meilleurs pàlurages visités offrent comme plantes principales : Nardus stricta, Agrostis rupestris, Anthoxantum odoratum, Aira flexuosa, Trifolium repens, Trifolium montanum, Lotus corniculatus, Anthyllis montana, Campanula barbata, Campanula Scheuzeri. Maïs la pelouse, déja bien abimée, renferme de nombreuses taches de verâtre blanc, et la lande alpine de bruyères et de rhododendrons est en voie de progrès manifeste. Dans vingt-cinq ou trente ans, l’herbage aura perdu les trois quarts de sa valeur actuelle.
Sur le versant opposé du Mont-Blanc, près du Montanvers, pâturages et forêts sont en pleine décadence. La lande de genévriers et de rhododendrons décime le lapis végétal formé de Phleum alpinum, Nardus stricta, Anthoxantum odoratum, Agrostis rupestris, Festuca duriuscula, Alchemilla alpina, Trifolium montanum, Trifolium repens, Trifolium alpinum, Erigeron uniflorus, etc.
Non seulement cette lande alpine, si uniforme et si monotone, détruit l'herbage en trente ou trente-cinq ans, mais elle finit par user la forêt. Elle agit indirectement et mécaniquement sur elle en entravant la régénéralion naturelle de l’épicéa, du mélèze, du pin cembro, et en arrêtant brusquement l'essor des jeunes semis qui y sont emprisonnés ; elle intervient directement ensuite sur la végétalion en dégradant le sol et en donnant naissance à un humus acide, tourbeux et infécond.
Dans nos pérégrinations si nombreuses à travers la montagne, nous avons maintes fois recueilli le cri de rage et de désespoir du berger impuissant devant cet ennemi qui a mille bras, mille racines et qui le défie. I1 blesse bien la lande par le feu, mais il ne la tue
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