‹ Le pâturage en forêtChapitre 20 sur 89 · VALEUR VALEUR VALEUR · texte numérisé non relu

VALEUR VALEUR VALEUR

RENDEMENT 2 | RENDEMENT |__| RENDEMENT (Kilogr.) Brute Nette (Kilogr.) Brute Nette (Kilogr.) Brute Nette * 800 ot | sg 60 | 42f 1.500 TE

c) Futaies résineuses jardinées. — Avec les futaies jardinées, nous touchons à un problème beaucoup plus délicat. En France, ces forêls, situées sur les confins de la végétation forestière, sont partout outrageusement pâturées, outrageusement dévastées, et en voie de plein retrait. Les méthodes d'aménagement par volume sont en train de leur porter le dernier coup. Nous montrerons plus tard comment. | |

Comme l’a dit notre cher maitre, M. Broilliard, dans son cours d'aménagement (voyez p. 327), « le pâturage n’est pas admissible

« dans une forêt jardinée, dont tous les cantons sont et doivent « rester constamment en régénération, où tous les âges se trou- « vent nécessairement entremêlés. » On l'y tolère cependant, parce que la plupart des forêts alpestres, déjà ruinées, ne rapportent presque plus rien par elles-mêmes, et que leurs propriétaires se plaignent sans cesse de l'insuffisance des revenus; on l'y tolère avec réglementation peu sévère dans le Jura, avec liberté pleine et entière dans les Alpes, où les entraves n'existent que sur le papier. C'est pitié et grande désolation de voir fondre la forêt dans les lieux où justement elle est le plus nécessaire.

Couronnant généralement les basses montagnes ou échelonnées Sur les versants abrupts des massifs alpins et pyrénéens, les forêts jardinées offrent, suivant leur situation, toutes les transitions entre l’état complet et l’état clair, entre la forêt productive et le pré-bois, entre-le pré-bois et la lande. Au Jura appartiennent les meilleurs peuplements, aux Alpes les plus mauvais.

Partout où la pente est forte et où la roche moutonne, la forêt jardinée se maintient compacte et fermée, mais partout où le relief s’adoucit et où l’argile apparaît, se montrent le vide et la clai-

Ecut-dot nd de CAT

RENDU C ERSNENT +7 re ini

PU Tu

rière. La cause? l'absence ou la fréquence du pâturage. Dans les futaies pleines et les taillis, les plantes de la lande, incessamment refoulées par le couvert et décimées par les arbustes, n’ont que de faibles points d'appui en forêt; dans les futaies jardinées des hauts versanis, pauvres, en morls-bois el en feuillus, ces mêmes plantes ont mille retraites, et leur immigration dans les vides créés par les exploitations est toujours à craindre. C’est ce qui a fait dire fort justement que la modération doit étre la règle du jardinage.

Aux basses alliltudes et dans la forêt cohérente, le tapis herbacé

est peu dru, presque négligeable, et, pour peu que la rotation soit

suffisamment courte et en rapport avec les années de semence, l'enlèvement raisonné des arbres exploitables, sans plus, laisse un vide aussitôt comblé par les semis préexistants ou les perches étagées. Le pâturage est sans raison.

Au contraire, dans les parties supérieures, la forêt est entrecoupée de clairières étendues que séparent des bouquets boisés ; l’enlèvement d'arbres à cimes opulentes crée toujours un vide important où se jette la végétation herbacée. En dehors des anciennes pelouses, souvent stérilisées par les arbustes sociaux (arbouses, genévriers, bruyères, callunes et rhododendrons), le bétail trouvera, dans les jeunes coupes, un surcroît temporaire d’alimenta- Lion. Il y sera naturellement conduit. De semis, il ne s’en produira pas avant que le tapis végétal soit déprimé par les arbrisseaux spontanés de la forêt : sureaux, chèvrefeuilles ou framboisiers, auxquels succèdent les sorbiers, les alisiers et les érables, puis le hêtre et enfin les résineux. L'intervention du bétail n’a d'autre conséquence que de rompre le cycle évolutif, de provoquer, comme nous l'avons déja dit, la formation du pré, et de préparer èDe ment des arbustes sociaux de la lande.

Combien dure cette phase herbacée ? Cela dépend de la grandeur

de la clairière. Plus elle est petite, mieux elle se regarnit. Aënsi se trouve justifiée la définition du jardinage donnée par nos maîtres. Ce peut être, dans les sols calcaires, sept à dix ans; dans les sols siliceux, quinze à vingt ans ; dans les sols argileux, trente ans et plus. Méfions-nons donc! Ceux qui, avec la Société, ont visité, en 1894, la torêt du Massacre, ont pu se rendre compte de la puissance inouïe de la végétation herbacée dans les terrains argileux des sommités. Nous connaissons peu la forêt jurassienne, mais,

par contre, nous avons eu l’heur, ou plutôt le malheur, de circuler

des journées entières dans de pareils peuplements alpestres.

Page 1