‹ Le pâturage en forêtChapitre 34 sur 89 · TERRAINS CALCAIRES TERRAINS SILICEUX TERRAINS ARGILEUX · texte numérisé non relu

TERRAINS CALCAIRES TERRAINS SILICEUX TERRAINS ARGILEUX

REVENU PAR HECTARE REVENU PAR HECTARE REVENU PAR HECTARE ETPAR'AN ET PAR AN ET PAR AN Ligneux Herbager Ligneux Herbager Ligneux Herbager 5] | em francs francs francs francs francs francs 6 80 à 28 27470-:D0 32 10 à 11 30 à 60 8à9

Ces faits sont tellement clairs par eux-mêmes que nous éprouvons quelque honte à les traduire : ils frapperaient un enfant. Dans de Lels peuplements, les demandes en autorisation de parcours, en dehors des conditions que nous avons établies, sont ruineuses, quoi qu’on en dise, pour la forêt et pour l’agriculture. H est vain

Eds; AE

d'en espérer quelque profit pour le pays, dont elles diminuent la richesse.

Dans les hautes montagnes, et spécialement dans les Alpes, on est moins bien armé pour résister au pâturage dégradant. Cela tient à la pauvreté des forêls traitées en taillis simples, situées sur des terrains très ingrats et abandonnées complètement à leur triste sort.

Exploitées à 25 ans, elles peuvent donner un re-

venu.liwneux de fr... . ". ‘Menerstul |: par-Héctare Exploitées à 35 ans, elles DT cape un revenuiligneutide.#4fr.s... .… . EU a Exploitées à 40 ans, elles tent FACE un re- par an. venu ligneux de6fr. . . . FE

Ces forêts sont criblées de vides qui en occupent les meilleures parties, el qui, pâturés, rapportent de 2 à 5 fr. par hectare et par an, Suivant donc l’âge des exploitalions adopté, le revenu herbager sera inférieur au revenu ligneux ou le dépassera. On devine dans quelle situation se trouve, en présence de postulats hasardés et téméraires, l'Administration forestière, qui n'a pas pu remédier hardiment à la situation par l’adoption, obligatoire pour les communes, de très longues révolutions. La gestion des bois communaux ne repose pas seulement, comme on se plait à le dire, sur l’interprétation plus ou moins judaïque de règlements et de circulaires ; elle est bien plus étroitement liée à la recherche et à l’application de bonnes règles culturales, à la saine compréhension des choses foreslières. Il est malaisé, souvenons-nous, de gérer une propriété qui ne rapporte rien.

Au cas particulier des Alpes, et sans doute aussi des Pyrénées, on a exagéré, comme à plaisir, les bienfaits négatifs des taillis

Simples, une erreur de culture, comme l'ont si bien compris nos

voisins de la Suisse romande. Avec ce régime, nous n’arriverons jamais à constiluer une richesse durable et sérieuse, à justifier aux yeux des populations, autrement que par des rapports oiseux,

le maintien des forêts existantes et la création de nouveaux mas-

Sifs. Le faible écart qui existe entre les revenus herbager et fores-

lier est une barrière insuffisante pour qui n’aime pas le bois : on la franchit à pieds joints. Grandissons-la, et nous aurons mieux

travaillé que le maçon à la consolidation de nos montagnes, à la

grandeur et à la richesse de notre pays. Ce sont la des vérilés aussi

claires que le jour; d'où vient donc qu’elles ne trouvent pas d'écho? À qui veut lire couramment dans les Alpes, un travail s'impose :

EE de Lien PY x vx ERA "a Le Ans « RARE Vo vs VV Nate RU TUE 2} Me Phare £s r «7 T2

mr our celui de délimiter l'aire économique des différents régimes. Du moment, en effet, où l’un d’eux cesse d’être rémunérateur pour le propriétaire foncier, celui-ci doit : ou bien améliorer ce régime, ou bien en préparer la transformation en vue de lavenir.

Ce qui, dans les Alpes, déprime le plus les revenus forestiers, c’est l'exploitation et le transport, qui absorbent, et au delà, la valeur des petites marchandises fournies par le taillis simple. Or, on peut facilement y remédier par l'établissement de câbles aériens, susceptibles de révolutionner les conditions économiques de la région et de forcer l'estime et la reconnaissance des habitants.

Quant aux moyens à employer pour améliorer le régime ou pour le transformer, petit. à petit, dans un avenir peu éloigné, nous citerons parmi les plus simples et les meilleurs :

L'allongement hardi des révolutions, portées à 40 ans et plus ;

La réserve dans les taillis, de nombreuses vohères qui conduiront tout naturellement au taillis fureté ;

Le maintien partiel ou intégral des résineux qui hâteront la conversion en sapinière et en pessière ;

L’éclaircie judicieuse des vieux taillis de hêtre, actuellement vendus à vil prix (30 fr. l’hectare aux portes de Chambéry), et dont la transformation en futaie est chose aussi simple que désirable. Toutes ces mesures ont pour effet d’accroitre la valeur nette des produits tirés de la forêt, par suite d’augmenter son revenu et de diminuer ou de supprimer les abus du pâturage. Les prodigues sont d'ordinaire ceux qui ne possèdent rien.

b) Futaies pleines. — Le revenu ligneux des futaies pleines, feuillues ourésineuses, s’élève de 50 fr. à 200 fr. par hectare et par an. C'est de 12 à 25 fois ce que donne l’herbage. Étant donné qu'il faut choisir entre les deux, nul ne saurait hésiler. Nous conclurons que le pâturage dans les futaies pleines est une erreur; le maintien des vides ne saurait même s'y justifier, et on doit faire tout son possible pour en provoquer la disparition.

c) Futaies jardinées. — C'estautre chose dans les futaies jardinées, où il convient de procéder à la délimitation de l'aire économique des futaies el des prés-bois. Comment? Simplement en comparant les revenus forestiers et herbagers. Il ne serait ni bon ni désirable d'introduire à demeure le bétail dans une forêt qui, comme le Massacre, rapporte 31 fr. par hectare et par an, en bois, et quine donne que 0 fr. 50 au titre pâturage, puisque la récolte de l'herbe ne peut se faire qu’au détriment de celle du bois. Mais il peut être

AT: ip

sage de combiner, dans les hautes régions, le pâturage avec l’éducation des arbres. C’est ordinairement le meilleur moyen de faire durer l’herbage.

Nous avons montré que, dans le Jura, le Rene des vides

forestiers est à peu près de 44 fr. 60 par hectare. De son côté, M. Cardot a trouvé que le revenu des herbages est voisin de 45 fr. Il est facile, à l’aide de ces données, de tracer la ligne de démarcation économique entre les pâturages et la forêt. Nous croyons qu’elle s'élève bien au-dessus des sommets les plus élevés de la chaine du Jura. C’est une raison majeure pour conserver et améliorer les forêts existantes, pour augmenter notre domaine boisé, pour bannir enfin de nos sapinières le bétail qui n’est pas, comme quelques-uns affectent de le croire, un mal nécessaire, mais un ulcère rongeur.

Le pâturäge dans les landes cévenoles ne laisse qu’un bénéfice annuel de 4 fr. 50 à 8 fr. 25 par hectare. La forêt, vieille de cinquante ans seulement, rapporte 41 fr. 20 par an (exemple de Roizey). Cette différence, presque du simple au double, est bien faite pour frapper les esprits les plus prévenus et pour justifier les efforts tentés par l’Administration forestière et par quelques hommes de bien, comme M. le député Audiffred, pour rendre à ces montagnes désertiques et pelées les massifs boisés qui seront un jour leur richesse. Ce n’est donc pas vers les anciennes forêts qu'il faut diriger le courant pastoral, puisqu'il tendrait à détruire un capital

acquis; c'est, au contraire, vers l'arbre, fertilisateur de la lande,

nf 14 À TN

qu'il faut porter les yeux. Si l’on dressait la statistique des bêtes aumailles et ovines qui foulent ces immenses étendues de landes, on serait effrayé de voir l’infécondité de la terre. L'homme forcément émigre de ces lieux maudits, autrefois bruissants de mouvement ; et, malgré l’appauvrissement äe la population, les exigences du Doc sont de plus en plus tyranniqués. Niles lecons de l’histoire, ni l'expérience du présent ne laissent de traces dans les institutions ii nous régissent et qui ne reflètent que les passions humaines. Que faudrait-il cependant pour rendre la vie à ces montagnes? Simplement un peu de verdure et de fraicheur, c’est- -à-dire quelques forêts et un bon régime pastoral.

En ce qui concerne les Alpes, la question est plus complexe. Il ne

s’agit plus seulement de rendement, mais d'utilité publique et de

sécurité. Entre la zone actuelle des forêts et celle des ‘alpages,

. existait autrefois une zone intermédiaire de prés-bois, que le pas-

PR

Les”

ati A à

À, fe à Lol Sete dd

ete À ES #, ANT PT UT ann) 12 AUAPS TE =) SN EL ee NS qe. cn "Rif" 4 "1 "1

A / ' ë : LE + ce « « p is

= 08 — ; teur a fait disparaître et qui est généralement maintenant à l’état de lande improductive. Il faut la reconstituer pour lé plus grand

bien des populations alpestres. | Rares sont les sapinières dont le revenu est notoirement inférieur

a celui des alpages. Des auteurs ont voulu parfois donner des esti-

mations fantaisisles du revenu herbager en forêt et le comparer triomphalement au revenu forestier. Ils n’ont vu qu'un côté des choses. Ils ont, en effet, basé leurs calculs sur de petites teppes gazonnées et fertiles, isolées au milieu de Lapiaz urgoniens ou néocomiens foncièrement stériles. Ces mêmes vides, boisés, auraient rapporté vingt fois plus que les rapailles voisines et trois fois plus que le gazon. Tel est notamment le cas de la forêt SHpyaree des Déserts.

La délimitation entre l'aire économique des futaies jardinées pleines, où le bois prime l'herbe, et celle des prés-bois, où l'inverse se produit, est une des nécessités impérieuses de l'heure présente. Cette courbe séparative passe, dans les Alpes vertes, entre 1,700 et 1,800 mètres, c’est-à-dire au niveau supérieur des forêts actuelles. Au-dessous de cette ligne démarcative, l'avantage reste au bois, el quand on jette les yeux sur les estivages profondément dégradés de la région alpine, on se demande vraiment de quelle utilité est, pour la région, le pâturage en forêt. Au pis aller, ne vaudrail-il pas mieux tenir moins de bétail et le bien soigner, que diminuer l'étendue des terrains productifs? Ce n’est pas la Lerre qui manque dans les Alpes, mais c’est son utilisation intelligente qui fait défaut. A quoi bon détruire les forêts pour en faire de mauvais pâturages, alors qu’il existe à côté d’elles d'immenses landes improductives que l’arbre seul peut mettre en rapport?

Dans les hautes montagnes, où les années de semences sont échelonnées à huit ou dix ans de distance, ce n’esi pas une mise en défens de cinq ans qui peut assurer la reproduction des futaies jardinées. Aussi s’en vont-elles.

L'État reboise à grands frais pour cause d'utilité publique, et, à

côté de ses périmètres, il laisse se consommer la déforestation de

versants enliers. | | La sauvegarde des Alpes nous paraît réclamer les mesures suivantes :

1° Délimiter les forêts dont le rendement est supérieur à 3 fr. par hectare et par an; en proscrire le pâturage, ou ne l’autoriser que dans des conditions exceptionnelles.

| e ARS.

1! Le

iQ: Enr

% Édifier au-dessus de ces massifs une large zone de prés-bois, soumise au régime forestier en ce qui concerne les biens communaux, à la surveillance des agents forestiers en ce qui concerne les biens particuliers.

3° Englober dans une zone de protection, régie par une juridiction spéciale, les forêts communales et particulières, dont l’existence intéresse la sécurité publique ; dédommager, par l'allocation de subventions, les propriétaires dont on amoindrit le droit de propriété.

C'est en raccourci ce qui a été fait en Suisse.

TR Pen are

Utilité et inconvénients du pâturage en forêt.

1. Exploitation mixte de l'herbe et du bois. — « Au xvurr* siècle, —

« et à fortiori dans les siècles précédents, — la culture était en- « core fort peu productive, et, pour nourrir leur bétail, les pay- « sans comptaient plus sur les friches et les bois que sur les « récoltes de leurs champs » (M. Picard, Histoire de la forêt des Crochères). Varennes de Fenille, le forestier bressan par excellence, constate aussi dans son premier mémoire, consacré tout en- - tier à la Bresse, « que de tout temps il y a eu une fort grande quan- … « tité de boqueteaux, communément de cinq à six, rarement de ML quinze à vingt arpents, annexés à presque tous les domaines, …« faisant partie de la ferme et destinés au chauffage et aux autres « usages du fermier. Ces bois, négligés par leurs propriétaires, “« parce qu'ils étaient jadis de peu de valeur, ont été abandonnés « aux fermiers, qui pouvaient les couper au moins une fois dans « le cours deleur bail Ceux-ci en onteu peu de soin; la réparation « des clôtures est coûteuse, ils s'en sont dispensés ; et loin de sur- « veiller leurs pâtres, ils ont toléré qu'ils y conduisent leur bétail, de « sorte que la plupart de ces boqueteaux, anciennement de meil- « leure essence, ont insensiblement dégénéré en Aulnayes, dont le

VTT

EU A ser VER Fée DER te fin + Es Ve

à 4 ans. he. Le

« bétail rebute la feuille, el qui ne donnent que des fagols peu es- « Limés.. °4

« D’autres fermiers, pour avoir tout à la fois du fagotage et un « Mauvais pâtis, ont converti leurs bois en tronchées, manière « d'exploiter dont on ne saurait dire trop de mal. Enfin, lorsque la « valeur de ces bois a été réduite presque à rien, on s'est déter- « miné à les défricher. »

Depuis 1792, époque où brillaient les écrits de Varennes de Fenille, l’agriculture a prospéré, et, du même coup, la sylviculture s'est relevée. On a compris qu'il était vain d'associer la cullure de ” l'herbe et celle du bois, et reconnu que personne n’y trouvait son compte.

De fait, les tronchées ont disparu presque complètement de la: Bresse, el nous n'en connaissons plus que quelques hectares entre Saint-Amour et Bourg. Ce sont des têtards de chêne pédonculé, d'érable et de charme, hauts de 150 à 2 mètres, espacés de 4 à 5 metres, au-dessous desquels le bétail peut circuler à l'aise et brouter un clair et pauvre gazon. Tous les six ans, les propriétaires viennent raser la couronne de ces Quasimodos et en fagoter : les rejets. Chaque têtard peut donner 5 fagots, soit 3,600 à 2,110 par hectare, valant net 5 fr. le cent, ce qui fait un revenu ligneux sexennal de 405 à 180 fr., et annuel de 30 à 48 fr. La valeur du pàturage ne dépassant pas 5 fr. par hectare, c'est un rapport total de 35 à 23 fr. Or, les prés rapportent de 50 à 60 fr. l'hectare, et les bois, mis à l’abri de la dent du bétail, exploités en taillis sous futaie à la révolution de seize ans, et enrichis par une bonne réserve de pédonculés, donnent environ 50 fr. sur la même contenance. On s'explique ainsi facilement la disparition des tronchées. |

Les bois baätards et les pinatelles de l'Auvergne sont encore un vieux débris du passé, et constituent un trait d'union entre les cultures pastorale et sylvicole. Ce sont des futaies claires de pin. Sylvestre renfermant, à 50 ans, de 4 à 500 pieds par hectare, et élaguées tous les cinq ou six ans de leurs branches basses, dans le but toujours de favoriser le parcours du bétail et la repousse de l'herbe. Mais, dans ces terrains, la phase herbacée ne dure que juste le temps nécessaire pour épuiser la faible quantité d’humus produite par le massif. Si donc l’élagage s'opère de très bonne heure dans des pinatelles âgées de moins de vingt ans, l’herbage fait place à la lande de bruyères et d’airelles après un laps de quatre ou cinq ans. Le cultivateur a donc dégradé son bois pour un

x Li nt lle, ne. :5 à

NME

profit illusoire. Le plus souvent, en effet, ces branches (bots à chargne) servent, concurremment avec les genèêts, à écobuer de maigres champs de céréales. On recouvre ces branches de gazon et on y met ensuite le feu. La période de jachère dépend de la rotation adoptée par l’élagage : cinq ou six ans ordinairement. On devine ce que peut produire cette culture digne de l’Arabe.

Plus on diffère l’élagage, et plus on laisse aux arbres la faculté de couvrir le sol et de l’enrichir de leurs dépouilles. Cela permet au gazon de se maintenir plus longtemps vivace, et au pin d’acquérir des dimensions plus élevées.

Ces pinatelles ainsi traitées, ou plutôt en n'offrent que des sujets larmoyants, noueux, tortus et brunis par des écoulements de résine. Leur hauteur est toujours faible, et leur bois impropre à l’œuvre. De pareils peuplements valent environ 809 à 1,000 fr. l’hectare à 50 ans, ce qui équivaut à un revenu annuel de 16 à 20 fr. Mais le pâturage a pu rapporter 15 fr. par hectare et par an pendant vingt ans, soit 6 fr. par année pour la révolution. C’est, au total, un rendement de 22 à 26 fr. par hectare, bien supérieur au rendement de la lande, — et c’est ce qui justifie la création de prés-bois dans la région cévenole, — mais bien inférieur au revenu forestier des massifs soustrails à l’élagage et au parcours. Nous avons vu, en effet, dans le canton de Saint-Bonnet-le- Château et autres cantons voisins, des peuplements réguliers de pin sylvestre, var. d'Auvergne, alteindre et dépasser, à 60 ans, une valeur sur pied de 5,000 fr. l’hectare. Le revenu annuel s'élevait ainsi à 83 fr. N'est-ce pas merveilleux ?

De l’ensemble de ces faits nous sommes en droit de conclure que:

1° Le boisement des friches granitiques du plateau central triple le rendement herbager de la lande et augmente la fertilité du sol;

% Le pâturage dans les forêts anciennes diminue de 30 °/, environ le revenu forestier.

Il nous souvient encore avoir traversé, dans les coteaux ardéchois de la vallée du Rhône, des taillis exploités en têtards, à l'antique mode bressane, où l’on récoltait feuilles et fascines. Était-ce pour le bétail ou pour les vers à soie ? En fait d'animaux, nous n'avons vu là que des vipères, qui pullulaient.

Par contre, le forestier alpir a rencontré souvent, dans la zone basse des Préalpes extérieures, d’antiques chênaies évidées, tron-

Page 1