‹ Le pâturage en forêtChapitre 37 sur 89 · HER · texte numérisé non relu

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« Je veux que le panage fasse peu de mal en 1791. Mais si on le « permet une fois, on n'aura pas même de prétexte pour le défen- « dre aux années suivantes; alors, plus d’espoir de repeuplement. « Enfin, il est moins fâcheux, ce me semble, de n’avoir à guérir « qu'une maladie simple, que d’avoir à combattre à la qi deux « maladies dont la complication serait mortelle.

« On peut cependant obtenir quelque profit de l'abondance des « glandées d’une forêt, sans qu'il en résulte d’inconvénients. On « peut vendre la permission de rassembler avec le râleau, ou tout « autre instrument, et d'enlever, des cantons qui seront désignés, « la quantité de glands qu'on jugera à propos, pourvu qu'il soit « défendu d'introduire aucun troupeau de porcs. Le prix de la « vente sera moins avantageux au vendeur, mais ses suilés ne se- « ront pas nuisibles à la propriété. » é

De mème que les prémisses, les conclusions de ce travail sont excellentes, et l’administration forestière s'en inspire tous les jours dans la gestion des bois communaux el domaniaux. Les conservateurs arrêtent chaque année les conditions auxquelles a lieu le ramassage des glands et des faines. Voici, à titre d'exemple, le règlement en vigueur dans la Côte-d'Or.

1° Le ramassage aura lieu tous les jours de la semaine, les dimanches et fètes exceptés, entre le lever et le PRIE cn soleil.

2° Il s’effecluera dans les cantons qui seront spécialement désignés par les chefs de cantonnement, et réserve faite des deux coupes les plus jeunes, et des deux coupes les plus âgées.

3° Il est interdit de monter sur les arbres et de les gauler.

4 Les voitures ne pourront s’écarter des chemins et routes ordinaires. ;

Nous ferons, à ce sujet, une légère observation. La réserve des deux coupes les plus jeunes est largement suffisante, mais celle des deux coupes les plus âgées pourrait être avantageusement étendue aux cinq dernières. Les jeunes semis produits sous les vieux taillis sont ceux qui résistent plus tard le mîeux à l’étreinte des herbes, qui ont les plus grandes chances de survie, et qui sont les plus utiles. Mieux vaut donc chercher à en multiplier qu'à en diminuer le nombre. El c'est à ce dernier résultat que tend le r'amassage des glands.

4. Pacage du mouton. — Nous n’aurions pas parlé du moulon, banni de la forêt par l’article 78 du Code forestier, si, dans un ou-

vrage consacré à l’économie alpestre, nous ne trouvions les lignes ci-dessous :

« Les moutons n’engendrent pas non plus les graves inconvé- « nients qu'on leur reproche généralement, disons-le en passant. « Dans les cantons défensables, c’est-à-dire là où bourgeons et « feuilles sont au-dessus de leur portée, ils ne sont pas plus à re- « douter que le gros bétail. Ils devraient même être utilisés immé- « diatement après les coupes de régénération dans les futaies ; ils « aideraient à l’ensemencement en rompant la dureté des couches « Superficielles et en éclaircissant la brosse. C’est ce que démon- « trent les semis épais de mélèzes et d'épicéas, qui se développent « si remarquablement sur les lisières des foréts, piétinées chaque an- « née par les troupeaux de moutons lorsqu'ils gagnent les pâtu- « rages supérieurs. »

Nous répondrons ceci : Nous connaissons, en Savoie, une agréable campagne, embellie par l’aménité exquise de la famille qui l’habite, et dont tous les aménagistes savoyards conservent un souvenir ému. En l’an de grâce 1894, on fit don à M"° Germaine X. d’un mouton qui prenait ses ébats dans le jardin de la propriété. Jamais mouton ne fut plus choyé. Les plus douces friandises étaient sa nourriture. Malgré tout, maître Robin ne put s'affranchir de la passion qu'il nourrissait pour les arbustes et pour les arbres; il eût dévoré la Favorite, si on ne s’en fût débarrasse.

Dans un herbeux verger de Saint-Bonnet-en-Bresse, furent amenés, en 1896, deux moutons qui firent les délices de leurs jeunes maitresses. Comptant sur leur sagesse et confiant en la grasse nourriture qu'on leur donnait chaque jour, on ne surveilla pas leurs ébats. Quand on revint après quelques semaines, on constata, non sans douleur, que l’écorce de tous les jeunes arbres avail élé rongée. En particulier, ii n'y avait pas un abricotier ni un prunier d’indemne.

Voilà des faits certains à l’usage des gens du monde. Chacun est à même de les vérifier. On nous objecte : ce sont des brebis dépravées, dont l’inslinct a été vicié par la domestication et le régime des brioches. En vérité, si vous doutez encore, faites l'expérience, mettez quelques moutons dans un parc, laissez-leur toute liberté, donnez-leur les herbes les plus appétissantes, puis revenez deux mois apres. Vous dénombrerez vos brins et vous pleurerez les absents.

Les chemins du mouton ? nous les connaissons bien : sur la ro-

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che, on y compte facilement les cailloux ; sur l'argile, les plaques de gazon. Et si les bordures des forêts päturées gardent encore des semis épais de mélèzes et d’épicéas, cherchez, au pied de ces derniers, l’épine ou le genévrier qui les a défendus.

Quant au concours que prête le mouton à la régénération des futaies, il apparait clairement dans les rochers et les ravins des montagnes, partout, en un mot, où il n’y a plus de bois, pas même d’arbustes. Le mouton régénère les forêts d'une singulière facon : en les mangeant. C'est ce que disent les Alpes au plateau central, et ce que ce dernier répète aux Pyrénées.

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