‹ Le pâturage en forêtChapitre 39 sur 89 · ARE · texte numérisé non relu

ARE

se redresse pour constituer une flèche nouvelle (PL 6). Il n’y a pas de bois nécrosé, enfermé dans les tissus vivants, pas de gangrène, mais seulement un épanouissement considérable du canal médullaire, ce qui nuit à la solidité de la baïonnette. Le frêne abrouti continue à monier, à moins que l’attaque ne se renouvelle, mais il est déformé et chancreux. Dans les sols rocailleux et peu fertiles, le bois sain renferme des chicots de bois sec autour desquels les fibres s’'entrelacent ; le rameau se noue et périt (PL. 6).

Chez le charme, le tilleul, l'orme, le coudrier, le sommet de la tige et des branches avorte naturellement plus ou moins complètement (cime sympodique hélicoïde), et la branche d'ordre inférieur la plus rapprochée se développe vigoureusement de facon à paraitre le prolongement de la branche mère. Cela explique bien pourquoi, dans les bons lerrains, l’abroutissement de ces essences n’est pas toujours suivi de buissonnement. En particulier, nous avons trouvé, dans la forêt communale de Noiron-sur-Bèze (Côte-d'Or), à côté de brins de chène abimés, des brins de charme continuant à s'élever après avoir été rongés. Cependant la cepée épaissie avait tendance à s’écraser, et, en fendant le rameau, on trouvait à l'intérieur un chicot de bois sec, mais non gangrené, et des fibres contournées. Dans les terrains peu fertiles, l’abroutissement offre les mêmes inconvénients que pour le chêne (PI. 7 et 8); il y a production d’une nuée de branches adventices, formation d’un balai; la nécrose, puis la gangrène s'étendent avec une rapidité parfois considérable. La cepée ne prend plus d’accroissement, reste naine et finit par disparaitre complètement.

Pour l’érable champétre, les désordres sont encore plus considérables. A l'extérieur (PI. 8 et 9), les verticilles se rapprochent et s’entre-croisent; à l'intérieur, le bois se nécrose, se gangrène autour du canal médullaire, et la moelle passe successivement du brun … marron au violet livide. L’accroissement en hauteur de la cepée abroutie se trouve ainsi considérablement diminué.

. Le tremble rongé devient toruleux et se recourbe en are de cercle; ses lissus se décomposent rapidement (PI. 10).

Le bouleau est rarement brouté par le bétail ; aussi est-ce cette essence qui domine dans les pauvres bois outrageusement pâturés . des environs de Bourg (Ain). Le plus souvent, les bêtes à cornes

se contentent d’arracher les jeunes pousses flexibles et résistantes; celles-ci, en se déchirant, laissent sur la tige des impressions plus ou moins larges autour desquelles se forment des bourrelets de re-

Page 1