‹ Le pâturage en forêtChapitre 40 sur 89 · LM 7 *4 A · texte numérisé non relu

LM 7 *4 A

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couvrement. Les quelques rameaux nettement tronconnés meurent aussitôt et donnent naissance à un chicot qui s'enfonce plus ou moins dans le bois vif, qui sèche, pourrit et Ban gens la branche (Fig. 29 et 30). | |

Le hétré abrouti se met en boule et se hérisse de bois mort,

Pas plus que les grandes essences, les morts-bois n’échappént à la voracité du bétail, et les planches 11 et 12 montrent les déformalions que J'abroutissement fait subir au cornouillér, à lä viorne el au fusain. Nous ne connaissons pas un seul arbrisseau dont les

jeunes pousses ne soient rongées par les vaches au printemps et a

Pautomne. En traversant, le 9 mars dernier, les chaumes du Vernois, dans la forêt communale de Remilly-sur-Tille, nous constations partout, sur l’épine noire, le nerprun purgalif, lépine:vinette, les stigmates indélébiles du pâturage. Chez tous ces arbrisseaux, l’entrenœud brouté meurt et laisse au centre de l’exostose un chicot qui permet de saisir l’origine de la blessure; il y'a formation d’un balai plus ou moins fourni, production de bois nécrosé et de gangrène médullaire. La cepée reste naine et finit par sécher.

Quand les laillis sont abroutis à l’arrière-saison, les rejels qui

naissent tardivement sur la section de tonte n’ont pas le temps de

s’aoûter ; ils sont donc détruits par les premières gelées d'hiver. Dans ce dernier cas, la pourriture se propage avec beaucoup plus de rapidité au cœur du rameau, el le nanisme est encore plus pro noncé. Les gardes cherchent souvent à donner lé change sur les fâächeux effets du pâturage, et ils attribuent alors à la grêlé tous les méfaits du bétail. 11 est cependant impossible de se tromper, quand on connait la forme des blessures produites par le choc des

grêlons (voir fig. 4 et 8). Nous ne voyons guère que la taille

répétée et les gelées printanières qui puissent produire sur les arbres des effels analogues à ceux du pâturage, et l’on peut par-

fois, en suivant une ligne régulièrement élaguée, confondre letra-

vail de la serpe avec celui de la dent du bétail. Mais à quoi lient:

qu'il ne faille qu’un coup de dent pour imiter vingt coups de serpe? Tout simplement à la section, qui, au lieu d’être nette, est. tou-

jours mâchée, el à la gangrène médullaire, qui en est la consé-

qüence. L’humidité s’introduit facilement dans la plaie, le bois se désorganise sous l’action de ferments et de flux; ceux-ci réagissent à leur tour sur les lissus sains, les excitent el provoquent ces

exostoses qui arrêtent la circulation de la ‘sève. Quandil s’agitide.

plaider pro domo: sud, le cultivateur sait très bien dire que la dent |

5 Se À : de EE NEA.

du bétail est empoisonnée, mais quand la forêt communale est en jeu, celte même dent, comme la lance d’Achille, guérit toutes les blessures. Puissent les faits relatés, les dessins reproduits dans cette étude détruire enfin cette légende ! |

Abroutissement des pousses latérales. — Lorsque l’abroutissement porte sur les rameaux latéraux, la trochée est rétrécie et prend les formes très caractéristiques de la pl. 13, que nous avons observées sur des hêtres peuplant la partie supérieure de la forêt communale de Saint-Étienne (Loire), aux cantons de Pré-Biacon, du Furens et de Grivet. A voir ces croquis fidèlement extraits de nos carnets de notes, on se croirait transporté dans un parc, et la dent du bétail a parfaitement imité le ciseau du jardinier. On saisit aisément comment l’abroutissement des pousses latérales peut aider à la formation et à l'extension des vides dans nos taillis. Les trochées, d’abord cohérentes, finissent par ne plus se toucher et par laisser entre elles des clairières que le bétail étend sans cesse.

Dans les forêts pâturées, les premières coupes qui regardent les villages, ies hameaux ou les fermes sont criblées de vides, qui diminuent en nombre et en étendue au fur et à mesure que l'on s’avance dans le massif. Cette constatation générale montre une fois de plus combien il importe de ménager les bordures existantes, d'en créer quand elles manquent; elle permet en outre de saisir sur le vif les résultats du pâturage en forét, dont l'effet ultime est toujours le déboisement.

* Par contre, dans les bois non pâturés, il n’y a pas de vides; en haut, en bas, la trame est serrée, la vie circule à pleins bords.

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Les forêts communales des environs de Morey (Haule-Saône) ne sont plus ouvertes au bétail; elles sont tranquilles et prospèrent à vue. | |

Résumé. — L'abroutissement des jeunes coupes entraine la perte presque complète du taillis. Il est d'autant plus à redouter, au point de vue du recrü, que les forêts sont en plus mauvais terrains. Il tend à faire disparaitre des peuplements les meilleures essences el à ne laisser en place que des arbustes armés d’épines et de piquants, qui finissent eux-mêmes par être détruits à la longue. Dans les sols du calcaire jurassique, l'avenir des jeunes taillis peut être entièrement compromis à la suite d’une seule année de pâturage. Nous citerons comme exemple les coupes n° 1 et 2 de la forêt communale de Val-Suzon (Côte-d'Or), exploitées en 1889 et 1890, et ouvertes au parcours en 1893. Ces jeunes recrüs ont actuellement une hauteur de 1"50 à 2 mètres, et, comme disent les gardes, ils n'amendent plus. Les laillis de dix ans, similaires, ont en moyenne 450 à 5 mètres de hauteur, et ils s’accroissent de 030 environ par an. Le recépage est évidemment le seul moven de remédier au mal. Il est vrai de dire que M. le maire du Val-Suzon prétend que le pâturage n’a causé aucun dommage à sa forêt! Passons vite. |

Si les dégâts sont considérables dans les forêts saines, on devine sans peine ce qu'ils doivent être dans les forêts traversant une crise. Il en est ainsi de tous les bois compris dans le delta bourguignon de la Norge et £e la Tille et situés sur un sol d’alluvions caillouteuses, recouvertes d’une faible épaisseur de limon. Ce delta était autrefois abondamment colmaté par les eaux de ces rivières. Les frênes, les ormes, les pédonculés faisaient alors l’ornement et la richesse des forêts, les terres cultivées étaient d’une prodigieuse fertilité.-Survinrent les syndicats, qui, sur les conseils des ingénieurs, voulurent drainer, curer, faucarder, etc. Le niveau de la Tille fut abaisse et l’eau filtra comme dans un crible sur la couche de galets. Le sol, desséché par les moindres chaleurs, se refuse à porter les cultures. C’est la misère noire dans les forêts et dans les champs. Ormes, frènes, chènes pédonculés crèvent à l’envi et offrent maints perchoirs aux ramiers et aux corbeaux. La forêt ne se reconstituera qu’en chène rouvre, en charme et en hêtre. Actuellement, elle ne porte que des épines, des cornouillers et des nerpruns. La moindre secousse la tue. Ainsi en est-il dans la forêt de Remilly-sur-Tille (Côte-d'Or), où cent bêtes à cornes ont réduit

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