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le Vernois à l'état de brosse. Sous l'influence du parcours, la forêt fond. Nous avons eu le DANS de voir en convenir les habitants eux-mêmes.
Même dans les vieux taillis, l'introduction du bétail est toujours préjudiciable et dommageable à la réserve. Les petits semis, éclos sous le couvert, et qui sont l'espoir de la futaie future, se distinguent à peine des ronces ou du lierre qui courent sur le sol et verdissent le parquet ; ils sont donc nécessairement broultés el détruits par les bêtes à cornes. La disparition des essences précieuses et des rejets de franc pied est la conséquence forcée de cel état de choses. Sous une réserve abondante, le sous-bois étiolé se prète aussi très longlemps à l’abroutissement. Enfin les brins de semence ont une croissance beaucoup plus lente que les rejets de souches. S’il faut sept ans à l’un de ces derniers pour atteindre une élévation qui le mette complètement à l’abri de la dent du bétail, il en faudra au moins quinze à un semis pour acquérir une hauteur similaire. En fait, les taillis sous futaie ne sont jamais entièrement défensables, et il est impossible de concilier le pâturage avec un bon recrutement de la réserve en brins de franc pied. C'est ce que nous montrent les admirables forêts des alluvions quaternaires de la Saône, qui, malgré leur prodigieuse fertilité, doivent au pâturage la disparition ou la raréfaction du chêne de leurs peuplements et son remplacement par l’orme et le frène, souvent Crûs sur souche. A côté de cela, la Basse de Corneux, située pres de Gray et appartenant à M. Broilliard, n’est plus pâlurée depuis cinquante à soixante ans ; la végétation y est débordante. Chènes, ormes, frènes pointent et filent à qui mieux mieux.
3. Dommages causés aux futaies résineuses. — La ramification monopodique des résineux, l’absence ou la rareté des bourgeons axillaires rendent ces végétaux tout particulièrement sensibles à l’ablation de la pousse terminale.
Le sapin abrouti cesse de s’accroitre en autour tant qu’une ou plusieurs branches du verticille inférieur ne se sont pas redressées. Cela se fait d'autant plus difficilement et tardivement, que la tige et les branches de cette essence sont construites sur un plan différent. L’élongation étant suspendue et l’accroissement diamétral se poursuivant, le jeune plant abrouti prend une forme massive el trapue (fig. 44), qui le fait immédiatement reconnaitre. Incapable de s’élever rapidement, Îl reste longtemps à la merci de la dent du bétail, et, au bout de quelques attaques, il finit par se couvrir de
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sur 9Ù: 1 | bois mort et par disparaitre. D’autres fois il se redresse, en formant une baïonnetle ; mais sa blessure, toujours saignante, s’avive au contact des champignons et des ferments, et il est sans exemple qu'un arbre ainsi meurtri prenne une belle forme et des dimensions élevées.
Lorsque l'abroutissement a porté sur un très jeune semis, ce n'est plus une seule branche du verticille inférieur, maïs le verticille tout entier qui se redresse. L'arbre qui en provient éèst formé par deux, trois ou quatre tiges, disposées comme les rejets d’une cepée feuillue (fig. 46). On trouve souvent dans le plateau central et surtout dans les Alpes des cantons entiers peuplés de semblables trochées résineuses dont le traitement est toujours difficile. Dès. en effet, que l’on enlève une de ces tiges, la pourrilure se propage au cœur du groupe et remonte dans les autres (fig. 50). On est ainsi exposé : ou bien à enlever toute la cepée et à provoquer un vide considérable, ou bien à ne couper qu’une tige et à déprécier le bois et la valeur des brins qui subsistent. Dans les forêts des hautes régions, il vaut mieux s’exposer à perdre un peu de matière ligneuse qu’à livrer le sol aux arbustes sociaux de la lande et à compromettre la régénération ou même l’élat boisé. Ces forêts de landes et de pâtis étant ordinairement jardinées, leur traitement devra être basé sur l’adoption d’une courte rotation, — huit à quinze ans suivant l'altitude et les pentes, — et sur l'enlèvement progressif des plus mauvaises trochées, dont on réduira d’une unité le nombre des perches à chaque retour des exploitations. Il ne faudrait pas, en effet, s'amuser à couper au hasard et sur toutes les trochées une ou plusieurs branches, car la pourriture venant à gagner comme nous l'avons dit, il suffirait d'un coup de vent pour anéantirle peuplement. |
Les sapins en cupule et les troncs renflés en forme de futaille (fig. 45 el 47), si fréquents dans les régions montagneuses, sont aussi des déformations habituellement causées par le: pâturage. L’aménagiste alpin s’est arrèté souvent en muette contemplation devant des sapins dantesques au fût bas, colossal et surmonté par un diadème de branches divariquantes couvrant un espace énorme. A l’aide de ces arbres, on peut aisément reconstituer, sans parchemins, l’histoire de la forêt. Celle-ci n’était autrefois qu’un pâtis abandonné aux chèvres et aux moutons et recouvert d’une faible végétation feuillue. Au sein de ces buissons, quelques graines de sapin ont trési, donnant naissance à des sujets épars, qui ont
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été rongés par les bestiaux. Le temps aidant et le pâturage dimi- nuarnt, ces résineux ont grossi, donné des semences el fécondé le
sol autour d'eux. Ainsi est née la jeune sapinière qui les entoure et
qui se montré aussi belle que ses ancêtres sont laids. Gardons-nous
donc de transformer nos sapinières en hideux ‘têtards, en ces monstres de la forêt des Contamines (Haute-Savoie), dont notre fidèle Gaugenot disait avec sa pointe d’accent lorrain : « On ne sait pas qu'é bêtes c’est. » Éloignons-en le bétail, autant du moins qu'il est en notre pouvoir, et nous les verrons égaler les splendides forêts. domaniales des environs du lac de Saint-Point, les admirables bois communaux d'Orchamps-Vennes, de Fuans, de Nods, etc. Bien que l’épicéa soit moins apprécié que le sapin par le bétail, celui-ci en ronge volontiers les jeunes pousses herbacées. Toutefois, grace à ses nombreux bourgeons axillaires, cetle essence, qui supporte bien la taille en haie, répare assez facilement la perte de son feuillage. Le jeune plant brouté se hérisse de branches adventices, terminées par un chicot de bois sec, et prend finalement une forme naine globuleuse. Mais, à la longue, le bois sec augmente, les aiguilles se raccourcissent, les rameaux s’empâtent de mousse et de lichens, les fonctions trophiques se ralentissent, et la gaule meurt. Partout, nous pouvons l’attester, les forêts alpestres livrées au parcours s’évanouissent, disparaissent faute de progéniture. Et nous ne parlons pas ici seulement du parcours de la chèvre el du mouton, mais bien encore de celui des bêtes aumailles. En voici un exemple significalif :
+ Le pâturage des bêtes à cornes s’exerce sans frein dans la forêt communale du Grand-Bornand (Haute-Savoie), et, sur les 366 hect. 58 ares que renferme cette forêt, 50 hectares au moins sont déjà à Pétat de vides gazonnés ou de ruines. Ce n’est pourtant pas que la régénération dé l’épicéa soit longue à s'installer sur ces pelouses plus où moins garnies de myrtilles et sur ces grès de Taveyannaz ;
on y trouve, au contraire, des semis à profusion, depuis la plantule
jusqu’à la gaule. Mais le déchet occasionné par le sabot coupant du! bétail est énorme ; et, de tous ces semis, c’est à peine s’il en survit quelques bouquets défendus par une pierre, un rocher ou un vieux tronc en voie de décomposition. Etmême, on ne peut escompter Pavenir de ces sujets. Rongés par le bétail, ils offrent (voir pl. 15); à 65 ans, une hauteur de 1"54 et une circonférence de 020 à la patte. À pareil âge, des perchis soustraits au parcours mesurent, en moyenne, 11 metres d’élévation et0®20à0"95 de diamètre à 1"30
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du sol! Voila ce que produit le pâturage. Ces faits ont été recueillis dans les cantons des Scçais et de Plattuys. On peut encore les y vérifier.
Le pâturage offre, dans les pessières, les mêmes inconvénients . que dans les sapinières ; il est la source de la plupart des vices et déformations du bois. Les peuplements pâturés renferment en abondance des cepées résineuses présentant jusqu’à huit ou dix brins, des arbres gangrenés, en cupule, en baïonnette. C'est une vraie cour des miracles.
La jeune cepée souffre aussi beaucoup de la talure du pied, occasionnée par le sabot du bétail (fig. 51 et 52), et qui proxoque une gangrène rapide et ordinairement mortelle.
Les pessières abrouties dans leur jeunesse n’ont pas de vitalité ni de ressort ; elles regorgent de monstres, de bois pourris n’ayant plus aucune valeur marchande. S'il est possible de supprimer entièrement le pâturage dans la forêt, on aura souvent avantage à exploiter à blancesloc, par bandes minces,de 20 à 25 mètres delargeur, en commençant par le milieu du canton, et en respectant soigneusement tous les arbres de bordure. Dans le cas contraire, on sera nécessairement conduit à jardiner, à trailer en prés-bois. Mais il ne suffit pas de décréter sur le papier un tel régime ; il faut encore lui fournir le moyen de se perpétuer. Cela ne peut s’obtenir que par la constitution d’enclos de régénération (1).
Dans le jeune âge, le pin sylvestre est tres sensible à Paru sement. Le rameau coupé meurt immédiatement et l’une des branches inférieures se redresse tant bien que mal pour prendre sa place. Mais la végétation de cette dernière est peu vigoureuse. Cela tient à ce que la maitresse tige présente, bien au-dessous du point lésé, des extravasions de résine teintant le bois en rouge vineux. Cette résine se concrète plus tard; il se forme un noyau solide, qui entrave la circulation de la sève et entraine le dépérissement de la branche. Oe de ses poumons, l’arbre ne larde pas périr.
Le pin noir est plus résistant. Le traumatisme provoque chez lui le développement de nombreux bourgeons adventices (voir fig. 48). Ces bourgeons attirent la sève, favorisent la formation du tissu cicatriciel et empêchent la gangrène de se propager dans la tige aussi vite que chez le pin sylvestre. Nonobstant, tous les planteurs
(1) Voir au chapitre VII : Taux de boisement et enclos de régénération.
ont constaté qu'un plant ainsi abrouli ne part plus et qu'il végète quelque temps seulement avant de disparaitre.
Ces faits sont heureusement connus dé tous les cultivateurs de la région bourguignonne qui tentent de mettre leurs friches en rapport au moyen de plantations résineuses. Ils savent par expérience que la vache el le mouton sont les pires ennemis de leurs jeunes forêts, et il n'est pas un chasseur qui ne se soit arrêté devant une de ces plaques : ; Sie