‹ Le pâturage en forêtChapitre 43 sur 89 · FORÊT NAISSANTE DÉFENSE DE PÂTURER · texte numérisé non relu

FORÊT NAISSANTE DÉFENSE DE PÂTURER

on verrait, comme par enchantement, les bois sorlir de terre, la ruche déserte bourdonner à nouveau, l’agriculteur poursuivre en paix ses travaux, sans crainte du torrent qui gronde, du fleuve qui déborde, de la grêle qui dévaste, de la maladie qui décime. Il

y aurait plus de jeunes gens vigoureux pour voler à l'appel du

clairon et la forèt bienfaisante donnerait le nerf de la guerre: l’argent qui édifie les vaisseaux et qui moule les canons. Les peuples foris Sont ceux qui ont conservé leurs forêts ; les autres ne vivent plus que dans l’histoire.

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Forêts de protection.

S'il est un fait bien démontré dans tous les pays de montagne, c'est le recul progressif de la végétation forestière sur les hauts versants et la décadence des forêts alpestres. Le contre-coup de cette situation s’est déjà fait sentir en maintes localités et prendra bientôt ailleurs le même caractère alarmant, én tuant l’agriculture des hautes vallées.

À partir d’une certaine altitude, variable avec les régions, et comprise en Franceentre 4,200 et1,600 mètres, la terre ne peut produire que du bois ou de l'herbe. Mais, de ces deux produits, le bois est le plus important, car l'exploitation économique des pâturages alpestres est liée à la proximité du combustible ligneux. Le voisinage d'une forèt permet au montagnard de récoller sans peine et

sans perte de temps, avec le seul concours de sa famille, le bois qui lui est strictement nécessaire pour là réparation des bâtiments, la cuisson des aliments et la transformation des produits de la

laiterie. Dans ces froides régions, l'existence de l’homme est entièrement subordonnée à celle du bois ; les chalets, devant se tenir sur les bordures de la forêt, suivent ses migrations, et, dans ce mouvement de descente, les terrains les plus élevés, successivement délaissés, sont abandonnés aux forces de la nature ou à de déprédalion des chèvres et des moutons.

Nombreuses sont, dans les pâturages alpins, les masures détruites attestant une ancienne industrie humaine, et plus nombreuses sont encore les granges isolées que guette l’impitoyable ruine. Frappés dans le rendement de leurs montagnes pastorales, appau-

vries ou grevées de frais considérables d'exploitation, beaucoup de.

propriétaires alpins tendent les bras vers les pouvoirs publics et implorent d'eux aide et protection. k

Trompés par des économistes esclaves de leurs préjugés er de

leurs systèmes, les montagnards de toute classe se‘refusent à voir

le mal où il se trouve, el ils agrandissent chaque jour, avec une

inconscience aveugle, la plaie qui ulcère et ronge leur pays.

Dans celte étude sommaire des forêts de protection, nous vous:

drions résumer les observations faites durant un double séjour

dans les Alpes vertes (Dauphiné et Savoie), où nous avons vécu en contact permanent avec les populations, sondant leurs aspirations et leurs désirs, écoutant leurs doléances et redressant parfois leurs griefs. |

1. Zones de végétation. — Quand on s'élève sur le flanc d’une montagne, on voit les cultures se succéder dans un ordre invariable, réglé par la température. En moyenne, celle-ci s’abaisse de 1° pour une élévation de 180 mètres (Ch. Martins).

Sur les versants des chaines alpestres, la vigne et les müriers . alternent avec des cultures variées jusqu’à 650 mètres en moyenne ; mais, grâce à des circonstances particulières de sol et d'exposition, on constate que les pampres mürissent encore leurs grappes à 900 mètres et même, sur quelques points, à 1,200 mètres. Plus haut que 650 mètres, les noyers sur les terrains calcaires, les châlaigniers sur les terrains siliceux, peuplent des vergers herbeux, pour disparaitre à leur tour entre 800 et 900 mètres. Les arbres fruitiers, frappés de chlorose depuis 1,000 mètres, s’évanouissent vers 1,100 ou 1,200 mètres.

Au-dessus de cette zone, de pelits champs de céréales (seigle,

orge, avoine), de lin et de pommes de terre s'étendent plus ou moins loin sur les flanes des montagnes, et se distribuent de facon irrégulière au milieu des prairies temporaires ou permanentes. À 1,250 mètres en moyenne, exceptionnellement à 1,500 ou 1,600 mètres, comme en Piémont, en Maurienne et dans l’Oisans, toute culture cesse, et l’on pénètre dans la ceinture forestière régulièrement nouée autour des Alpes et dont les limites altitudinaires supérieures varient entre 1,800 et 2,400 mètres.

À partir de ce niveau, des gazons de plantes vivaces, des fourrés

épais d’arbrisseaux variés s'étendent jusqu'aux déserts morainiques (2,700 mètres), qu'embellissent çà et là de rouges saxifrages, de merveilleuses plaques de silènes à courtes tiges et des renoncules glaciaires blanches et roses.

On peut admettre avec Mühry les diverses zones ou régions clima- tologiques suivantes dans les Alpes moyennes :

1: 0-800. Région des coteaux et des plaines : vignes, noyers, taillis de châtaignier, de charme et de chêne : un à quatre mois d'hiver.

A: 800:1,300. Région de la montagne: taillis de hêtre et d’aune blanc, futaies d’épicéa pleureur (Picea pendula, Christ) et de sapin: cinq mois d’hiver.

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III. 1,300-1,800. Région alpine inférieure, ou ‘subalpine : fataies d'épicéa, de pins et de mélèze : sept mois d'hiver.

IV. 1,800-2,300. Région alpine supérieure, ou des boisés : forêts clairiérées de mélèze, d’épicéa colonnaire (Picea columnaris, Wabl) et d'arole, taillis d’aune vert: huit à neuf mois d'hiver. :

V. 2,300-2,700. Région subnivale, ou des alpages: pelouses et saules glaciaires : dix mois et demi d'hiver.

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