PAS
On pourrait croire, à la lecture des traités, que la distribution des forêts montagneuses est exclusivement réglée par la température, et que, suivant la formule chère aux botanistes, la végétation ligneuse allant en se déprimant insensiblement, finit, sur les hauts versants, par des formes naines el buissonnantes. Ces formes
naines, nous ne les avons jamais rencontrées dans nos courses si
nombreuses à travers les Alpes françaises.
I ne s’agit ici, bien entendu, que des grandes essences ligneu-
ses et non des arbustes, comme les genévriers et les alisiers nains,
qui sont plutôt des formes saxatiles, ni à plus forte raison des saules glaciaires, qui ne descendent que tres rarement au niveau des forêts et qui délimitent assez netlement la zone d’habilat des marmottes. | Tantôt, en effet, la forêt s’éteint brusquement vers 1,600 mètres et se dresse comme un mur à la limite des pâturages, attestant ainsi de facon indubitable l’action destructive de l'homme et de ses troupeaux ; tantôt elle monte jusqu’à 1,700 ou 1,800 metres et se trouve alors protégée par une zone de peuplements clairs, dont les derniers représentants sont dépouillés par les vents ou arrasés par l’avalanche; tantôt enfin elle atteint une altitude de 2,300 à 2,400 mètres, mais, dans ce cas, elle est toujours surmontée par des laillis vigoureux d’aune vert, qui préviennent le glissement des neiges el donnent asile à des graines, parfois assez nombreuses, d'épicéa, de mélèze ou d’arole. Comment reconnaîtra-l-on, dès lors, si l’on se trouve bien aux confins physiologiques de la végétation forestière ? Tout simplement à la présence ou à l’absence de graines. Au-dessus des peuplements primitifs fertiles, devaient nécessairement se trouver, autrefois, des arbres isolés, ne donnant jamais de semences, et dont la dissémination avait été effectuée par les oiseaux, les marmottes, les campagnoles des neiges, etc. Il faut, en effel, une somme de chaleur noloirement moindre pour fabriquer du bois et des feuilles, que pour faire épanouir des fleurs ét pour mürir des graines. Nous atlestons que, dans les lieux mêmes où le déclin des forêts est le plus notoire, nous avons toujours trouvé des arbres fertiles, toujours rencontré sur le sol de vieux cônes normalement constilués. Si donc M. David Martin a vu en 1890, près de Guillestre, au débouché du vallon de Pont-Sancte, des forêts mourantes, l'extinction de ces massifs boisés ne peut s'expliquer que par le pâturage, qui a supprimé toute régénération sur le parterre même du sol, ou par la disparition de boisés supérieurs, dont on retrouverait certainement les souches encore en place. Ces vieilles souches, découvertes par les alpinistes jusqu’à 9,700 ou 2,800 mètres, sont bien déconcerlantes. Est-ce à dire que le niveau primilif des forêts s’est élevé jusque-là ? Nous ne le pensons pas set ce n'étaient, sans doute, que des sentinelles perdues, des arbres stériles, mais dont le rôle de protection devait être considérable pour les forêts sous-jacentes, qui montaient sûrement alors'à 2,500 mètres en moyenne. Or, de nos jours, le niveau supérieur des massifs forestiers ne dépasse guère 1,600 mètres lorsque l'abri man-