ABRIS
a-vis d'un courant O E, de l’éperon A B pour toute la partie du versant située à droite de la figure.
Le lecteur qui a bien voulu nous suivre jusque-là aura, nous
l’espérons, une idée nette de l'importance capitale des boisés dans les régions montagneuses. L'existence des foréts actuelles en dépend. Ce n’est donc pas sans surprise que nous avons trouvé dans une publication officielle les lignes stupéfiantes ci-dessous :
« Quant à la protection des bois sur les limites de la végélalion,
variables suivant les essences, si elle n’a pas les mêmes inconvénients, elle n'a pas d'utilité au point de vue forestier. Elle constitue, d’ailleurs, une gêne pour le pastorat et est une occasion permanente de délits, qui ne font pas de mal. I conviendrait donc que la mise en défens des bois ne dépassât jamais, même pour les essences résineuses, l’allitude où ils peuvent avoir une végétation rémunératrice, ce qui ne veut pas dire que les peuplements naturels au-dessus de cette altitude ne doivent pas être
protégés Na leur formalion, là où ils que leur utilité pour le
maintien du sol.
Dans les Alpes comme dans les Pyrénées, la lutte du Aa | pour la possession et la destruction des boisés se poursuit sans
cesse. Or, si nos consuls ne veillent, elle aura pour conséquence
fatale le recul indéfini de la végétation forestière, la dépopulation des campagnes et l’appauvrissement général de l’agriculture. C'est
ce qu'indique le faisceau de preuves réunies dans cette étude.
clairement l'influence tutélaire des forêts sur les cultures agricoles
6. Déboisement et reboisement des vallées. — Rien ne montre plus
Sue
que ce qui se passe dans les vallées imprudemment déboisées. M. Puenzieux, chef du service forestier vaudois, a résumé ces inconvénients de facon magistrale dans une fort belle notice consacrée au reboisement de la plaine du Rhône, entre Sierre et le lac Léman. Il fait toucher du doigt les effets du vent local diurne, qui, en se déchainant dans la vallée du Rhône, « empêche le développement normal des arbres fruitiers, ralentit leur croissance et diminue leur produit en qualité et en quantité. »
11 met en lumière « l’action féconde de la forêt qui affaiblit et détourne parfois les orages, attire les décharges électriques et remplit le rôle de bon conducteur, facilite l’équilibre entre l'air et la terre, empêche ainsi une trop forte accumulation de l’électricité et rend moins fréquentes les chutes de grèles. » Il rapporte que « les divers essais tentés en vue de culliver la vigne sur les parcelles les plus relevées de la plaine durent être abandonnés à cause des gelées printanières qui, trop souvent, compromettaient la récolte de ces jeunes vignobles el étendaient leurs funestes effets à tous ceux qui avoisinent les prés et les champs. »
Quant à la cause de tous ces fléaux, « plusieurs vieillards prétendent qu'autrefois la plaine du Rhône était mieux boisée et qu’il fallait attribuer aux défrichements la recrudescence constatée des
brouillards et des gelées. »
- Ces faits ont paru convaincants aux dix communes de la plaine du Rhône, qui ont immédiatement constitué un comité d'initiative en vue de procéder à l'établissement de rideaux boisés et protec-
leurs. L’entreprise ayant été reconnue d’ ulilité publique, l'État s’est
réservé la facullé d’exproprier les terrains à reboiser el a accordé aux intéressés une subvention de 95 °,. Ces forêts nouvelles sont considérées comme forêts protectrices. Les travaux, estimés à
61,886 fr. pour la partie forestière, doivent être terminés dans un
délai de neuf ans. Quatre rideaux d’abri, quatre barrages vivants ont déjà été créés sur le territoire des communes de Villeneuve, d’Aigle et de Rennaz ; quatre autres sont encore projetés.
Voilà comme on agit dans ce beau pays de Suisse, où est en train de s’accomplir une sorte de Renaissance forestière. Estimant que la question des forêts est une question vitale pour l'avenir de leur patrie, les autorités suisses ont multiplié leurs efforts pour faire triompher la cause des boïs devant l'opinion publique. Ils y ont réussi et ils commencent déjà à recueillir les fruits qu ils ont semés.