‹ Le pâturage en forêtChapitre 51 sur 89 · ANS · texte numérisé non relu

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7. Conclusions ; mesures à prendre pour conjurer la ruine de nos montagnes. — 1) La première et la plus urgente de toutes les mesures à prendre pour conjurer la ruine irréparable de nos montagnes, c’est de soumettre au régime forestier les boisés communaux de la région alpestre, qui constilueront des séries de prés-bois ; c’est, en outre, d'astreindre à une surveillance spéciale les boisés particuliers, compris dans une zone protectrice à délimiter.

A cette fin, l’article 90 du Code forestier pourrait êlre amendé et eomplélé comme suit : |

Seront soumis au régime forestier :

1° Les bois et forêts qui font partie du domaine de l'État :

2° Les bois et forêts des communes, des sections de commune el des établhissements publics ; Ge

3°..Les boisés des propriétés communales, sectionnales et d'établissements publics connues sous le nom de püturage, d'estivage ou W’alpage de montagnes: ;

4° Les bois et foréts dans lesquels l’État, les communes ou les établissements publics ont des droits de propriété indivis avec des particuliers :

5° [Une pourra étre fait, dans les prés-bois ou pâturages boisés situés an montagne, compris dans une zone protectrice et restant-en dehors du régime forestier, aucune coupe ou exploitation d'arbres sans une décision de l'autorité préfectorale prise sur l'avis de l'administration foreslière. Les contrevenants seront passibles des peines portées par le Code forestier.

Nous ne nous dissimulerons pas que ce dernier alinéa, comporlant une restriction légère du droit de propriété, serait fortement combattu. Il ne s’agit pourtant que de créer une servitude légale, imposée dans un intérêt général. ‘Le Code nous en fournit déjà de nombreux exemples. Rappelons : les lois et règlements de voirie ; les prohibilions concernant le défrichement des forêts, l’exploita-

tion des mines; les restrictions apportées à l’exercice du droit de propriété en vue de l'intérêt des fonds voisins, etc. :

La question n’est pas de savoir si le propriétaire d’ un He en montagne a le droit de couper les arbres qui sont Sur lui, mais encore de décider s’il pourra compromettre la sécurité, la richesse el l'existence des propriétés sous-jacentes. Nul n’a licence de | mettre le feu à sa maison pour incendier celle du voisin. .

. Ces mesures, une fois décrélées, pourront être exéculées sans grands frais en domanialisant le service forestier dans les régions %

monta gneuses.

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. 2) La disparition des boisés tendant à devenir une calamité publique et une cause d’avilissement pour le revenu des montagnes pastorales, la societé doit s’efforcer de restreindre l’emploi du bois dans la construction et la réparation des chalets, dans la confection des abreuvoirs, dans l'établissement des drains et des conduites d’eau, dans la création des clôtures. A défaut de mesures restrictives, édictées cependant dans un grand nombre de cantons suisses, les pouvoirs publics pourraient y arriver en subventionnant, dans la zone protectrice, les particuliers qui couvriraient leurs chalets en tuiles, ardoises, qui emploieraient des tubes de plomb, fer-blance, pour l’adduction des eaux, qui construiraient des abreuvoirs en pierre, ciment, fonte, etc.

Il y a là un sujet d’études que nous ne faisons qu'effleurer.

8) L'achat de gré à gré par l’État des forêts improductives situées dans les zones de protection nous apparait aussi comme un corollaire nécessaire. Entre la construction d’un barrage et l'achat d’une forêt, le choix ne saurait être douteux. Le barrage, œuvre éphémere de l’homme qui aime à confier son nom à la pierre, ne préserve que par sa masse et dans un rayon fort limité. Il ne modifie ni le climat ni la contrée : c’est une œuvre morte ajoutée à tant de choses qui se meurent. La forêt, au contraire, répand la vie bien loin autour d'elle ; sa résistance est indéfinie, et sa présence constitue un gage de sécurité et de richesse pour les cultures environnantes. Si, chaque année, l'État consacrail, sur les crédits affectés par le Parlement au reboisement, 4 à 500,000 fr. à l'achat de forêts ou de boisés, il ne tarderait pas à arrêter la déforestation des Alpes, il se créerait un trésor pour l'avenir et cesserait d’épuiser ses ressources dans une œuvre stérile. Pour un torrent que l’on domple à grands renforts de millions, il y en a dix qui se reforment à côté, pour quelques hectares de terrain ne valant rien et que l’on a fixés, il y en a des centaines qui sont encore fertiles, mais que la ruine guette et dont la destruction est certaine à brève échéance. Ce sont là des faits criants (1.

Chaqué année voit se consommer, dans les Alpes, la ruine d’im-

(1) Une somme de 200,000 fr. est portée au budget de l'exercice 1900, chap. 1x, art. 2, pour «acquisition de terrains nus ou boisés et de forêts en montagne. » Ce n’est là qu'une pierre d'attente. Il n’est peut-être pas inutile de faire remarquer, à ce propos, que le domaine forestier prussien étant considérable et principalement concentré entre les mains de l'Etat, celui:ci a consacré néanmoins, en 1899, deux millions quatre cent cinquante mille marks à des acquisitions nouvelles. |

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menses forêts de protection. En 1896, nous suivions du haut du Parmélan le progrès des coupes à blanc estoc qui ont fait de la montagne de Sous-Dine un désert de pierres. Et, pourtant, nous y avions vu, l'année précédente, des forêts de pins de montagne lilliputiens, mais deux ou trois fois séculaires, qui couvraient à peu près ce plateau urgonien, battu sans relâche par les vents déchaïnés. Le propriétaire, n’en pouvant rien tirer, les avait vendus en bloc, à vil prix, à un Italien, dont les cäbles firent la fortune. Veut-on savoir les conséquences de ce déboisement? Le docteur Hollande, juge impartial, va nous les faire connaitre :

« Ce facies coralligène de l’urgonien des es calcaires est « constant et constitue un des meilleurs points de repère pour le « statigraphe, aussi bien en Savoie qu’en Suisse. Lorsqu'il forme « le plateau des montagnes, ce qui est assez fréquent, on constate « que la surface est toute crevassée. Ces calcaires urgoniens sont « alors sous forme de gros blocs à arêtes saillantes; ce sont les « Lapiaz. On a ainsi un sol très perméable, à la base duquel sont la « plupart des sources dans les Alpes calcaires. Les eaux de pluie « ou de la fusion des neiges, pénétrant facilement dans ces cal- « Caires, s'arrêtent, en effet, sur les assises marneuses de l’haute- « rivien. Ces eaux de pluie, chargées d’acide carbonique, dissolvent « les calcaires urgoniens et agrandissent les crevasses dans « lesquelles lentement se sont accumulés les débris du sol fores- « Lier. Cette terre végétale est en petite quantité, et si l’on a l’im- « prudence de déboiser les plateaux et les pentes des calcaires « urgoniens, les pluies l’entrainent rapidement. Des lors, la surface « des calcaires urgoniens reste nue et est condamnée à une stéri- «< lité perpétuelle. Aucun obstacle n’arrétant plus ces eaux, au lieu « de s’imbiber lentement pour alimenter les sources, elles ravinent profondément les pentes et peuvent ainsi pénétrer jusque sur les parties cultivées. Tout est perte dans ceS déboisements non « méthodiques : rochers nus, diminution dans le débit des sources, ravinement du sol, formation de couloirs et entraînement de pierres sur les terres cultivées ou les prairies. » à Ces conclusions si nettes confirment pleinement l'importance et le rôle que nous avons assignés aux forêts de protection ; elles jus-

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