‹ Le pâturage en forêtChapitre 7 sur 89 · Terrains argilo-siliceux · texte numérisé non relu

Terrains argilo-siliceux

a) Lande alpestre. — Les marnes hauteriviennes participent plus

des terrains argileux que des terrains calcaires. La forêt n'y serait même qu'exceptionnellement représentée, si elles n’offraient çà et là des ressauts rocheux, si elles n’élaient pas humectées de Sources qui minent sourdement le sol, et si le pasteur n’avait pas trop pro- * fondément abusé des herbages. Habituellement, la pâlure commence à se dégrader par l'apparition de touffes serrées de genèêt sagitté qui éloignent le bétail. De petites fourmis jaunes el cruellement piquantes s'installent dans ces lieux paisibles et y construisent leur demeure. Elles la revêtent de débris de plantes, au milieu desquels se trouve parfois une graine ailée d’épicéa. Celle-ci germe et la fourmilière a un toit, la forèt, une sentinelle avancée. Le plant isolé devient bouquet abritant Helix fontinelli ou Helix alpina. L'oiseau accourt, apporte la baie, et le buisson se ceint d’une armure d’airelles et d’arbouses, de sorbiers ou d’érables. D’autres fois, le sol lubréfié près d’une source a coulé; un miroir de terre bleue et vaine s’est formé. Des tussilages apparaissent, drainent le terrain, l’aèrent el l’enrichissent de ferments nitriques, sans lesquels il n’y a pas de vie. Des saules ou des aunes verts, apportés d’on ne sait où, cernent la tache, la fixent, en attendant la venue de l’épicéa ou du sapin. On a compté sans le berger...

A côté de ces marnes hauteriviennes, viennent se placer les marnes bleues du Lias alpin ou Jura noir. Ce sont des terrains consacrés moitié à la culture forestière, moitié à la culture pastorale. Dépouillés de leur cuirasse d'arbres ou de gazon, ces schistes sont délayés par les eaux sauvages et réduits en une sorte de bouillie noirâtre, rebelle à la végétation. Tous ceux qui ont parcouru les Alpes ont été saisis par la sauvage tristesse émanant de ces innombrables versants décharnés, dont l'ombre du soir rehausse encore la laideur. Ces terres sont pourtant étonnamment fertiles pour l'herbe et pour le bois. Dans le Faucigny et la haute vallée du Doron, les pâtures fumées sont recouvertes d’un gazon très fourni et très élevé de Phleum alpinum, Festuca nigrescens, Agrostis stolonifera, Poa alpina, Anthoxantum odoratum, Trifolium alpinum, Trifolium repens, Trifolium montanum, Alchemilla vulgaris, Anthyllis montana, Campanula barbata, Campanula Scheuzerii, Campanula pusilla, Betonica hirsuta, Plantago lanceolata. | PALE

Dans les prairies à pente vertigineuse et à fauche biennale ou triennale qui couvrent les flancs de l'aiguille de Tricot, vis-à-vis du glacier de Miage, le foin est plus court, mais composé de plantes très variées, au milieu desquelles tranchent le Nard raide, le

Les

Trèfle des Alpes, au pénétrant et suave parfum, l’Alchemille millefeuilles, la Livéche mutelline, la Dryade, la Phaque astragaline et l'Oxytrope des montagnes. Dans ces terrains imperméables, les sources sont très nombreuses. Garanties et protégées par un épais rideau d’aunes blancs ou verts, elles donnent naissance à un filet d’eau qui descend de cascades en cascades en argentant les flancs de la montagne, mais sans entrainer des éboulements considérables. Isolées au milieu des pâtures déboisées, elles provoquent la formation d'éponges ou de marécages, au travers desquels le bétail trace des ornières profondes. Au lieu de ruisseler, les eaux s’infiltrent, s’'épanouissent sur une couche imperméable d’argile, la lubréfient el font couler la plaque de gazon qui se trouvait au-dessus. Le versant s’étoile de. plaquettes brunes ; il est perdu si le mouton y demeure, et devient mûr pour le reboisement. Ce reboisement naturel suit une marche très caractéristique. Ces miroirs se garnissent d’une végétation lâche de Trifolium spadiceum, Linaria alpina, Sedum sexangulare et Anthyllis montana, dont les racines, fines, menues, déliées, se glissent à de grandes distances, enserrent l’argile et la retiennent. Sur ce sol déjà un peu fixé apparaissent ensuile Saxifraga aizoon, Cerastium alpinum, Primula farinosa, Pinguicula alpina et vulgaris, Dianthus syloaticus, Tussilago far-

fara, elc. Pendant que s’accomplit ce travail sur la bouillie noire,

les plaques de gazon encore intactes se garnissent de genévriers nains, parfois aussi d’aunes verts, puis, finalement, se couvrent d’un semis très dru d’épicéa. La forêt est née, le versant consolidé.

Sur les plateaux, l'apparition de la forêt est provoquée exclusivement par l’appauvrissement du gazon. Sur le sol mis à nu par le bétail se développent de vigoureux plants de Cirsium spinosissimum

donnant naissance à une lande armée, à laquelle succède une

lande de genévriers, de rhododendrons et d’airelles. Il esl à noter que, Sur ces terrains argileux, le rhododendron n’a qu’un faible pouvoir envahissant ; il ne résiste même que grâce à la présence du genévrier. Ce dernier est tenace, et le berger l’allume, espérant récolter dans sa cendre. C’est en vain. La présence de cet arbuste trahit le plus souvent un appauvrissement tel de l’herbage, que l'arbre est seul en état de panser la plaie. La lande liasique d’airelles, de genévriers et de rhododendrons ne tarde pas à se couvrir d’un semis assez dru d’épicéa ou d’une végétalion buissonnante d’aune vert. En cinquante ans, le gaulis est constitué; en

quatre-vingts ans, le perchis est formé.

Le CON LS

Malheureusement, le montagnard ne veul pas voir l’appauvrisse ment de la terre, et ne comprend pas le rôle fécondant de l'arbre ou de l’arbuste. Aussilôt nés, il les détruit. Qu’advient-il ? Ceci. En 1896, accompagné d’un ami et de sa jeune femme, nous descendions au galop la croupe du mont Joly à travers un essart d’aune vert. Aussi loin que la vue pouvait porter, s’étendait une forêt touffue d’ellébore blanc, la plus mauvaise de toutes les herbes de la montagne. Et les fleurs abondantes et d’un blanc sale, qui couronnaient les hampes, prometlaient pour l’avenir une moisson plus belle encore. Que valait le pâturage? Presque rien, moins à coup sûr qu'avant l'essarlement désastreux. Et l’avalanche, toujours menaçante, ayant détruit une premiere fois le rustique chalet situé au bas de la pente, le montagnard avait été contraint, pour s’en défendre, d'élever en amont un monticule de terre haut de 3 métres. Faible protection contre l’écrasement !

b) Lande lorraine, bourquignonne et comtoise. — Les marnes du Lias

constituent encore une grande partie des plaines, des vallées et des coteaux de la Lorraine, de la Bourgogne et de la Franche- Comté. Au-dessus de riches cultures et de splendides prairies, apparaissent souvent des terrains incultes, des friches garnies de prêles, de tussilages, de houlques et surtout d’une mauvaise graminée : l'agrostis commune. Sur ces friches, la végétation forestière débute par d'humbles louffes de génestroles, par des épines noires et blanches, puis par des genévriers/La bourdaine et le tremble font ensuile irruption et sont enfin suivis par des coudriers, des chênes et des charmes constitutifs de la forêt. Voyez plutôt :

« La commune de Mesmont, voisine de Sombernon (Côte-d'Or), « possède un excellent bois, où il n’y avait que quelques brous- « sailles, il y a 45 ans. On pouvait y tirer les lièvres à découvert, « et les hommes de 60 ans se rappellent y avoir fait pâturer leurs « bestiaux. Le conservateur des forêts à Dijon, en 1845, fit mettre « ce lerrain en défens, el on cria beaucoup contre lui, disent les « gens de Mesmont. Actuellement ce canton, dont lenom de Brogile « (primitif de Breuil) rappelle l’élat ancien de pâture communale, «< est un excellent taillis sous futaie, plein de bois, arbres el taillis, « comme un œuf est plein de blanc et de jaune. » (Le traitement des bois en France, par M. Broilliard, ancien professeur à l’École fores- HérE:)

LS de

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