‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 127 sur 331 · LES SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS CORPORATIVES · texte numérisé non relu

LES SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS CORPORATIVES

Place du chômage dans les préoccupations de l'ouvrier. — Moyens proposés en vue de faciliter le placement des ouvriers. — Tendances Vers une reconstitution mesurée du métier. — Les vœux de syndicat, etc. — Les sociétés de secours mutuels professionnelles et le chômage. — Les diverses sortes de chômage : périodique, accidentel. — Les gantiers de Grenoble et le chômage. — Autres tentatives. — Examen critique. — La jurisprudence administrative et les promesses de secours en cas de chômage — Motifs de cette jurisprudence : les coalitions. — Question des coalitions d'ouvriers. — La loi de 1864. — Les coalitions doivent être libres, mais elles sont un moyen négatif. — Conséquences de la liberté des coalitions relativement à la question du chômage. —Le chômage forcé et le chômage volontaire. — Le bureau de placement corollaire du secours. — Ce qu'il y a dans le vœu des sociétés de secours mutuels corporatives. — Dans quelle mesure il serait très-utile de l'accueillir.

« Quand Montesquieu a dit que les lois sont l'expression de la nature des choses, il a prononcé un arrêt qui condamne les lois où l'esprit d'association est nié; car il n'y a rien qui soit plus naturel à l'iiouime que de s'associer, et il n'y a pas d'association qui soit plus naturelle que celle des ouvriers d'une même profession

» Prétondre que l'association entre pairs sera à jamais interdite chez un peuple arrivé à un haut degré de civilisation, c'est comme si l'on prétendait empêcher les neuves de couler de leur source à la mer, et les astres de se lai.ssor attirer par le soleil. Ce n'est pas plus incompatiL)lo av.ec les lois de la nature. »

f.'idce des améliorations populaires est lancée, personne au monde ne posst'de ni la force ni l'adresse qu'il faudrait pour l'extirper du sol français.

Michel Chevalier ••

Le travail, cette nécessilé vitale de l'ouvrier, peut lui faire défaut autrement que par la maladie ou la vieillesse. Vigoureux et bien portant, lors même que les affaires sont florissantes et la fabrique en pleine activité, il peut arriver qu'il le voie fuir devant lui. On compte de nombreux corps d'états où le chômage,

' Jotirnaldex Dêbdts, 19 novend)re 18G4.

c'est-à-dire l'absence de travail, est pour ainsi dire chronique *. Il n'y a donc guère lieu de s'étonner qu'au nombre des objets qui préoccupent l'ouvrier et sollicitent sa prévoyance, se soit placé le chômage. « Il y a un fait qui peut avoir frappé beaucoup d'entre vous, disait récemment au Corps législatif M. Jules Simon ^ ; on croirait qu'avec le nouvel outillage de la France, avec tant de chemins de fer, tant de voies de communication, tant de journaux, les questions du ménage industriel ne doivent pas être renfermées dans l'intérieur de l'atelier, dans l'intérieur d'une place. Eh bien, c'a été pour moi un grand sujet d'étonnement de m'apercevoir du contraire, et de voir qu'en passant d'un centre industriel à un autre, on découvre souvent que, dans une industrie, on ne sait pas d'une ville à l'autre la quantité d'ouvriers disponibles, pas la différence des salaires, à peine la quantité de matières premières disponibles ^. Il y a des ouvriers

* A Paris, par exemple, un tiers environ des industrie j. Sur 101,171 industriels recensés, 3G,356 ont dit qu'ils subissaient la morte-saison; G8,815 ont dit en être exempts.

Si cependant on met à part les industries alimentaires, on trouve que la moitié des industriels supporte la morte-saison. Cette morte-saison est pour eux de 3, 4, 5, et jusqu'à 6 mois; mais 5 mois ;!u moins, et cela à peu prèsrégulièrement, et abstraction faite des autres causes de chômage. La Chambre de commerce ayant énoncé que la morte saison avait du bon pour l'industriel, qui peut ainsi réparer son outillage, et préparer de nouveaux articles de vente, celte appréciation a été très-contestée, notamment par M. Cori)0n, ((ui a répondu que même pour l'industriel, il vaudrait beaucoup mieux travailler toute l'année.

2 Séance du 19 janvier ISGi.

•* Sur ce dernier point, mentionnons incidemment le travail d'un industriel de Saint- Quentin, M. Maurice David, intitulé l'avance sur gage et la vente publique aux enchères (Guillaumin, 18G2). M. M. David est conyaincu qu'un bon classement des produits est impossible avec le secret des transactions, malgré les tempéraments que les bourses et les marchés publics lui apportent déjà, avec les habitudes de tromiierie que ce secret entretient, avec la faiblesse des vendeurs isolés vis-à-vis du commerce, avec l'absence de concentration des marchandises; (pi'en outre l'abus des frais d'échange grève à la fois le consommateur et le producteur. Il s'est donc préoccupé de trouver un système d'ajires lequel, en un lieu et en un moment donnés, la presque totalité des produits des industries agricoles et manufacturières eussent, ainsi (pie cela se pratique jtliisou moins pour un lingot d'or ou d'argent, pnur certaines denrées brutes, pour une action ou une obligation de chemin de fer, etc., une valeur vénale, proportionnée à leur mérite, mais qui ne put donner lieu à aucune discussion entre l'acheteur et le vendeur. Hicn qu'il ne nie pas les avantages du crédit pour le commerce qui distribue les |troduits, il pense que le système cherché serait, pour le producteur, l'échange elTectif immédiatement réalisé par le paiement com|)laiit. Dans ce système,— jmur l'application 1 d(i(iuel il déclare du reste n'en appeler (pi'à la liberté, demandant seulement à la légis- *

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