PARTIE V, CHAPITRE I
qui vont dans huit, dix, quinze maisons avant de pouvoir trouver de l'ouvrage. Et cependant il y a quelque part, dans le même moment, des maisons qui manquent d'ouvriers... Dans l'état actuel des choses, quand l'ouvrier voit l'ouvrage tarir, il ne sait pas oii se diriger... 11 sait seulement d'une manière vague qu'il y a une certaine distance entre Reims et Roubaix ; il sait à peu près le chemin qu'il doit suivre ; mais il lui est trèsdifficile de savoir l'état de la place. Il arrive, et c'est alors seulement qu'il sait que l'ouvrage manque dans la ville oii il arrive comme dans la ville qu'il vient de quitter. »
« N'est-il pas en quelque sorte immoral, disait en 1851, à la tribune belge, un des principaux orateurs de la Chambre des représentants, de voir que nous organisions des comités de patronage en faveur des condamnés libérés, et que nous ne fassions rien pour le placement d'ouvriers honnêtes et dignes de de notre plus vif intérêt. Nous savon^î tous quelles sont les difficultés que rencontre l'ouvrier lorsqu'il s'agit de trouver un placement, les dangers de toute nature qui l'attendent dans cette position ; il y a là une initiative honorable à prendre, soit par les communes, soit pour les particuliers, initiative à encourager par l'État ' . »
lation la suppression de quelques dispositions restrictives de l'avance sur gage et de la vente publique, peu en faveur aujourd'hui,— il nevoitrien moins, et c'est ce qui a trait à notre sujet, qu'un terme mis « à l'ère des crises industrielles et commerciales dans leurs conséquences les plus graves, le ralentissement et la suspension du travail; par la suppression de la faillite commerciale, un terme à l'abus de l'emploi du crédit et des malheurs qu'il cause; » l'attribution au travail d'une « valeur qui est le seul antidote possible de l'immoralité et de la misère, » la seule solution enfin pourvue du caractère qu'ont possédé toutes les réformes qui ont amélioré le sort de l'homme, à savoir : être un pas dans la voie de la vraie liberté.
On comprend que ce n'est pas ici le lieu de discuter les côtés techniques d'un tel système. Son opposition au moins apparente avec les idées reçues, notamment en matière de crédit, sa subordination du commerce au producteur devenu l'agent essentiel du progrès, et son but déclaré d'atteindre la misère par l'augmentation de la production et la connaissance plus exacte des besoins de la consommation nous ont engagé à le mentionner, bien qu'infiniment trop absolu dans tous les cas, il semble l'aire abstraction complète de l'amélioration sociale par l'amélioration morale, refuse toute valeur aux moyens préventifs, notamment à la mutualité, et contrairement à toutes les idées du présent livre, n'aperçoit le progrès que dans le salaire et le produit augmentés. Certes, c'est beaucoup... mais l'homme? — Il ne faudrait pourtant pas changer les anciennes définitions de l'école par celle-ci : c'est un producteur et un consommateur.
' M. de Decker, séance du 14 février 1851.'
On le voit, la question ne date pas d'hier et ce n'est pas seulement dans notre pays, qu'elle se pose. Mais comme, suivant une expression du premier des deux orateurs cités : si les Anglais disent proverbialement que le temps, c'est de l'argent, il faut changer cela pour les ouvriers , et dire pour eux, le temps est du pain ; comme il n'y a pas de crédit possible si la crise, quand il y a crise, menace d'être longue; comme le loyer court ; comme la mendicité seule serait là, si l'on n'avait un cœur courageux, il est évident que la difficulté est on ne peut plus grave et digne d'attention. Nous n'avons pas à l'envisager directement ici, au point de vue des moyens généraux extrêmement discutés du reste, et quant à certains, extrêmement discutables, qu'on a proposés jusqu'à présent, pour sa solution même. Bourses de commerce à transformer en bourses de travail, servant à la fois à la vente du travail et au placement des capitaux et des denrées * ; bourses ou chambres consultatives de travail, parallèles aux bourses ou aux chambres de commerce^; bureau central de placement libre à organiser dans chaque département et réunissant, dans le but de les communiquer à chacun, les renseignements fournis par des bureaux d'arrondissements pour les demandes et les offres d'ouvrage ^ ; chambres syndicales composées soit d'ouvriers, soit en partie d'ouvriers et de patrons, se communiquant par leurs secrétaires, la situation de! chaque place — sorte de prud'hommie permanente, a-t-on dit, qui produirait dans un autre ordre d'aussi excellents résultats que la prud'hommie acceptée de tous — remèdes quelconques enfin indiqués comme devant combattre ce vice de notre régime économique d'après lequel telle profession qui décline est encombrée, et ne peut fournir du travail à tous les bras qui en réclament, tandis que certains métiers] dont les débouchés s'acroissent chaque jour, manquent de tr;i-J vailleurs, le seul énoncé de ces divers projets, — aujourd'hui ins-j
' M. (le Molinnri. M. Hébert, doyen des notaires de Rouen. Système d'immatriculation des personnes, des immeiildes et des litres.
2 Le Sénat, dans sa séance du 10 février 18(i.{, ordonna le dépôt au bureau des renseifi'nemenlK, d'une [létilion, demandant de constituer pour les ouvriers, comme pour les patrons, des chambres de cette nature.
•'• Vœu émis, en iSi'J, par le Comité du Iravadl de l'Assemblée constituante.