‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 129 sur 331 · PARTIE V, CIlAriTRE I. 2i · texte numérisé non relu

PARTIE V, CIlAriTRE I. 2i

pires généralement, il faut bien le reconnaître, par le désir d'éclairer le travail sans chercher à le diriger, sans charger l'État d'une responsabilité impossible et contraire aux vraies doctrines, ce seul énoncé sortirait tout à fait de notre cadre *.

Disons cependant, — car il s'agit ici d'un fait considérable, et suivant l'expression de M. Michel Chevalier, du « manifeste d'un pouvoir de l'État qui n'est pas précisément mentionné dans le texte de nos constitutions, mais qui n'en existe pas moins, et qui n'est pas le moindre ; » car il s'agit, pour parler le langage des anciens états généraux, du cahier des populations ouvrières', — disons que le rapport des ouvriers délégués à l'exposition de Londres ^, c'est-à-dire de 100,000 ouvriers parisiens, demande trois choses : la liberté des coalitions * ; des chambres syndicales composées de patrons et d'ouvriers nommés par leurs pairs et chargées de régler les tarifs et de prononcer sur les questions relatives aux salaires ; des sociétés de secours mutuels corporatives. On l'a fait observer avec raison de tous les côtés ^, tous ces vœux reviennent au même : association. Mais en admettant que sur certains points et dans quelques esprits « l'utopie pourrait bien côtoyer le progrès et l'illusion se mêler à l'espérance légitime^ », « les plans de réformes possibles aux plans de réformes impossibles ' », on ne peut pas ne pas voir la direction vers laquelle, depuis la suppression des jurandes, marche de plus en plus la classe ouvrière : une reconstitution, dans une certaine mesure, du métier. Cette direction doit attirersur les sociétés de secours mutuels professionnelles et sur ce qu'il peut y avoir d'actuellement possible dans leur extension, toute l'attention des hommes d'étude comme du législa-

* Nous ne mentionnons même pas pour mémoire les bureaux privés de placement, qui maigre la réglementation dont on a essayé de les rendre l'objet, semblent plus nuisibles qu'utiles aux classes ouvrières, qu'ils grèvent, sans profits certains, des droits les plus onéreux.

2 Journal des Débats du 18 novembre 1864.

•■' Un volume grand in-S» ; chez M. Chabaud, président de la délégation des ouvriers.

■* Les rapports des délégués ont été rédigés avant la loi de 1864.

* Article de M. Michel Chevalier (Débats); de M. Cochin [Correspondant). Discussion de la Société d' économie charitable, etc.

" M. Cochin.

'' M. Michel Chevalier.

teiir lui-même, du législateur lui-même comme des hommes d'étude. Il ne s'agit pas ici de rêves. Le rêve qui peut être l'expression exagérée d'un besoin contient d'ailleurs une parcelle de vérité. Sachons séparer la vérité du rêve *.

Quoi qu'il en soit, la seule chose dont nous ayons à nous occuper expressément, c'est, d'une part, la question de savoir si le chômage ne pourrait pas être soulagé par la mutualité, d'autre part, dans une certaine mesure, de ce que la mutualité pourrait faire pour combattre préventivement ce même chômage.

Ce que nous avons à établir avant tout, c'est que, malgré la très-forte tendance des sociétés de secours mutuels professionnelles, à Paris et dans la plupart des villes industrielles, vers les promesses de secours en cas de chômage, la jurisprudence actuelle s'est prononcée contre ces promesses ^. Doit-on lui faire un reproche de cette interdiction? doit-on la féliciter de sa prudence ?

« La mutualité, dit ]\I. Legoyt, étudiant les divers effets des établissements de prévoyance ^ tend à résoudre le problème du placement prompt et facile des ouvriers sans travail. » « Qu'il soit éminemment désirable, dit M. Audiganne, de voir * par-

' Ainsi, par exemple, lorsque les délégués (et les conclusions des 53 rapports sont à peu près identiques) constatent que pour un labeur plus prolongé que celui de l'ouvrier anglais, ils reçoivent, en salaire, une somme moindre que ce dernier, quoiqu'avec la même somme on se procure tout autant de bien-être à Londres qu'à Paris, ils disent une chose qu'on ne peut guère contester. Mais l'économie politique ne saurait admettre le point de départ: à savoir, qu'il dépend absolument des patrons d'élever dans tous les cas le salaire de l'ouvrier. La différence entre le capital accumulé de l'Angleterre et le capital accumulé de la France, explique beaucoup mieux la différence des salaires. La concurrence n'est pas non plus toujours mauvaise même pour l'ouvrier. Mais le point où tous les économistes donnent raison aux délégués, c'est lorsqu'ils réclament la création d'un mécanisme avec lequel ils puissent mieux défendre leurs intérêts qu'aujourd'hui. Avec un désaccord sur la question de savoir si la l'ormation de chambres syndicales serait meilleure composées de patrons et d'ouvriers nommés par leurs |)air8, que comjiosées de |iatrons et d'ouvriers exclusivement (en faveur de ccj dernier mode, on peut citer M. Audiganne), on adhère généralement au principe des] chambres syndicales. Dans sa séance du 10 mars, la Société d'vconomie charitable^ sur] le rapport de M. de Meluii, a conclu en faveur de ce principe).

2 Refus opposé notamment ii une demande d'ouvriers de Rouen, formée en ISG.'J, enj vue de la crise cotoiinière et tendant à la création d'un fonds commun de prévoyance] contre le chômage.

' Journal det Économistes, novembre 186'2, p. 239.

* Moniteur universel, du 4 janvier 18G1 .

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