PARTIE V, CHAPITRE I
tout élever quelques digues contre les funestes effets des chômages, personne n'y pourrait contredire. Nous avons déjà, pour notre part, l'occasion d'énoncer quelques idées sur ce sujet délicat*. Les chômages forcés sontassurément une des plus redoutables causes de misère que les familles ouvrières puissent rencontrer dans leur vie laborieuse. La seule question est de savoir comment combattre cette terrible éventualité. Faut-il constituer une assurance mutuelle? Une combinaison de ce genre nous semble, en effet, seule propre à fournir'de suffisantes garanties pour tous les intérêts. »
Et après avoir énoncé quelques-unes des objections que nous allons exposer nous-même, le compétent écrivain ajoute : «De prudentes réserves sont indispensables, nous en convenons sans peine. Ce que nous demandons seulement, c'est qu'on admette que la crainte mentionnée tout à l'heure n'est pas une raison pour empêcher qu'on cherche quelque abri contre une sinistre éventualité, dans l'exercice de la prévoyance collective. Comment ! aucun accord basé sur l'assurance mutuelle ne pourrait s'appliquer au chômage ! Il serait interdit de s'occuper du cas 011 un homme valide, ayant un état et désireux de s'y employer, vient, par suite d'une des oscillations du monde économique, à manquer de besogne ! Heureusement une semblable conclusion ne saurait tenir en présence de tant d'ingénieuses combinaisons déjà réalisées. »
On le voit, en dehors des aspirations si vives des ouvriers eux-mêmes, les esprits les moins aventureux sont bien loin de croire qu'il y ait lieu pour les sociétés de secours mutuels, d'abdiquer dans la question qui nous occupe 2.
Abstraction faite, pour un moment, de toutes dispositions prohibitives, les difficultés sont cependant bien grandes, il serait puéril de le méconnaître. Les bases d'une organisation scientifique des sociétés fussent-elles même dores et déjà complètement trouvées, les promesses indistinctes de secours en cas de chômages de toute nature, présenteraient probablement
* M. Audiganne a parlé, en eflet, dans son ouvrage les Populations oiivrières, de la nécessité de ciécr, notamment à Lyon, des institutions en vue du chômage.
2 Le rapport à l'Institut, déjà plusieurs fois cité par nous, se prononce contre la prohibition sans distinction des promesses de secours en cas de chômage.
des difficultés à peu près insolubles ; la garantie pure et simple du paiement des journées de chômage ne serait sans doute pas réalisable. On peut jusqu'à un certain point calculer dès à présent, et on calculera d'une manière de plus en plus certaine, les chances de maladie et de mortalité ; mais le chômage ! le chômage qui provient des causes les plus imprévues; d'une crise industrielle ou commerciale, d'un événement politique, d'une calamité générale, ou bien encore d'une perte de débouchés étrangers, d'un perfectionnement dans l'industrie * ou d'une variation dans le goût du consommateur, comment l'apprécier, le calculer?... Quelles données sérieuses pourront jamais permettre d'établir pour lui un rapport mathématique entre la cotisation et l'indemnité?... Ne sera-t-il pas sans difficultés d'ailleurs de distinguer entre la chômage forcé et le chômage volontaire ; entre la cessation de travail imposée par la nécessité et celle qui aurait pu être évitée ? Comment être certain que l'instilution ne sera point exploitée au profit de la paresse et des vices qu'elle engendre?
Avant tout, il faut bien distinguer les diverses sortes de chômages. En dehors des chômages pour ainsi dire personnels (ceux qui résulteraient de défaut de caractère et de conduite), il y a les chômages périodiques ou mortes-saisons ; il y a les chômages accidentels auxquels sont exposées successivement les diverses branches d'industrie. Les juges les plus autorisés déclarent, nous devons bien l'avouer, qu'il serait tout à fait chimérique d'espérer résister par l'accumulation des primes à l'action de la loi qui détermine l'emploi et les conditions du travail (et tel serait le cas pour les chômages de la première espèce). On pourvoit à la réparation des dommages causés par un fléau accidentel, un incendie, un sinistre maritime, etc., mais on ne pourrait découvrir une combinaison empêchant que, pour les chômages dont nous parlons, la somme dos salaires et celle des besoins que créent de tels chômages ne reste identique. De
' Que (le (loiileiirs momenlaiiAiîs el(l'inleiTU|ilions lemporaires de Uavail occasionnées |)ar ccUe dernière cause, qui csl l'hisloire nu-me de l'industrie, depuis la découverte du métier à bas justiu'à l'apparitinn <lu métier à hroclies, depuis la navette volante jusqu'aux chemins de fer ! Forces redoutables, désastreuses au début, mais qui, une l'ois asservies, sont iiié|misables de bienfaits.