PARTIE V, CHAPITRE I. 2Si
même qu'une crise commerciale considérable rendrait sans doute stériles les assurances qu'on a projetées quelquefois contre les faillites, de même les caisses de chômage seraient emportées parles chômages périodiques ou tout à fait généraux '. Difficultés extérieures — la législation ; — difficultés intrinsèques— la nature des choses, — on le voit, tout concourt ici. S'il est cependant un fait certain, c'est que l'idée de parer au chômage est une des idées les plus fortement enracinées dans la classe ouvrière. Avant d'examiner ce qui serait désirable ou non insurmontable dans le sens des difficultés de deux sortes qui viennent d'être indiquées, montrons rapidement jusqu'à quel point il est dans la nature même des sociétés de secours mutuels, par exemple, de ne pas s'abstenir en matière de chômage ; jusqu'à quelle ingéniosité subtile quelques-unes d'entre elles sont quelquefois arrivées pour faire quelque cJiose, — c'est le mot, — ne pouvant faire beaucoup.
Après avoir posé en principe l'interdiction réglementaire, la circulaire ministérielle pour l'application du décret de 18S2 ^, avait dit : « Du reste, l'admission des patrons comme membres honoraires et les bons et fréquents rapports qui en résulteront entre le maître et l'ouvrier établiront nécessairement des facilités de placement et des moyens de travail pour les sociétaires, et diminueront les chances d'inaction. » Tout un échafaudage plus ou moins solide a été construit sur ces simples paroles. Ici on adjure les industriels, les chefs d'ateliers, les directeurs de chantiers ou d'usines, de préférer les ouvriers pourvus du diplôme de membre d'une société de secours mutuels, à tout autre ouvrier. C'est là une aspiration qui peut être plus ou moins suivie d'effet, suivant la bienveillance et les idées des patrons, mais ce n'est pas un remède contre le chômage. Là les sociétés organisent entre elles des bureaux de recommandation pour faciliter à leurs membres les occasions du travail. Plus loin, les présidents d'associations composées d'ouvriers des divers états se communiquent mutuellement des tableaux indiquant les noms et les professions de tous les sociétaires, afin que ceux-ci puissent préfé-
' Voir dans ce sens, deux articles de M. Courcelle-Seneuil, journal le Temps, des 24 octobre et 13 novembre 1864.
a 9 mai 1852.
2o2 DU PAUPÉRISME.
rabloment recourir à l'industrie les uns des autres, et obtenir ainsi de la part des membres honoraires, une protection efficace et du travail. La Société de la Porte Saint-Denis, à Paris, publie un Annuaire professionnel et administratif, dont le but est retracé par les lignes suivantes :
« Nous pensons nous conformer à l'esprit des associations de secours mutuels » et étendre leiu* utilité en publiant la liste des membres de notre société » par catégories de professions.
« Nous nous conformerons en effet à l'esprit de ces institutions, car, après » nous être associés pour nous entr' aider dans les maladies, élever nos orphe- » lins, secourir nos vieillards, poiu"quoi cette mutualité d'assistance ne s'éten- » drait-elle pas jusqu'au travail ?
» Nous étendi'ons par là leur utilité, car, sur les listes qui vont snivre, nos » membres bonuraircs trouveront au besoin les noms d'ouvriers de tous genres » dont la moralité, l'esprit d'ordre et de prévoyance seront attestés d'avance » par le seul fait de leur présence parmi nous. D'un autre côté, nous ne » devons pas douter que nos sociétaires, en s'adressant pour leiu"s acquisitions » chez ceux de nos membres honoraires qui ont des établissements ouverts » au public, n'y trouvent, en se faisant connaître, un excellent accueil et de » bienveillantes concessions.
» Un registre a été ouvert par notre secrétaire général pour y consigner toutes ces demandes de travail et d'emploi et autres communications de même nature ; et il est tenu tous les jours à la disposition de MM. les membres honoraires ou participants.
Ailleurs, pour le cas oti un sociétaire de certaine profession se trouverait sans ouvrage, le conseil d'administration est invité à demander par lettres autograpbiées àtous les membres honoraires de lui donner le travail qu'ils auraient à faire, eu égard à sa profession spéciale.
Tous ces exemples sont sans doute inspirés par les meilleures intentions et peuvent produire des résultats sérieux, quelquesuns rendre de vrais services ; mais contiennent-ils même un commencement de solution? A Lyon, — et c'est peut-être, quelque mitigé qu'il soit, le seul l'ait de ce genre qui ait pu se produire depuis ISij'2, — une société d'approprieurs chapeliers ' avait inséré dans ses statuts un article, portant que des secours extraordinaires — ni quotidiens, ni hebdomadaires, ni mensuels, ni trimestriels; ne pouvant pas non plus être renou-
♦ La 1 4'J* société de Lyon.