‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 132 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE I

velés à la même personne dans le même trimestre, — pourraient être accordés par le bureau aux sociétaires inscrits depuis une année, étant dans un besoin urgent, et se trouvant dans l'impossibilité de se procurer du travail, même momentané. Après des éclaircissements demandés à l'autorité locale, et sur la prière instante des maîtres fabricants eux-mêmes, — qui déjà, par suite des longues suspensions du travail de leur industrie, avaient obtenu antérieurement une tolérance de ce genre pour deux sociétés de leur profession, — la commission supérieure approuva les statuts, en faisant former, bien entendu (ceci est essentiel dans tous les cas), une caisse particulière pour le chômage ' . Ce fait ne fut-il pas unique, est-il plus décisif que les précédents dans le sens d'une solution? Nul ne saurait le prétendre.

Cette solution, où la trouver? Peut-être dans la libre expérience de certaines associations livrées à elles-mêmes, plutôt que dans les théories? On a dit judicieusement : « Les sociétés ressemblent à un arbre qu'il faut laisser croître où il veut et comme il veut, sauf à élaguer quelques branches mortes, sauf à arracher quelques herbes parasites, sauf à l'étayer contre l'ouragan ^. » D'un autre côté, une école dont il a été bien souvent question dans ce livre % affirme que, dans la seule observation du passé et du présent résident plus ou moins enveloppées les formules de l'avenir. Voyons donc, pour le cas particulier qui nous occupe, si nous ne trouverons aucun fait sérieux qui puisse éclairer notre route.

Il existe à Limoges une société de gantiers que nous avons déjà eu occasion de mentionner ici *. On sait quelle est dans cette ville l'importance de l'industrie dont ils relèvent, 350,000 douzaines de peaux fournissantOSO, 000, ou 700,000 douzaines de paires de gants, d'une valeur de près 1 8 miUions et demi ; des salaires montant à plus de 4 millions, c'est-à-dire à un quart environ de la valeur totale; 13,000 ouvriers coupeurs et 12,000 couseuses, tels sont les chiffres pouvant donner une idée de cette importance ^.

' Caisse alimentée par une cotisation proportionnée au salaire journalier, 3 centimes par franc.

- M. Bertaukl. — La Liberté civile, p. 7G. » M. Fr. Le Play.

* Page 3, t. II.

s M. Audiganne, loc. cit.

Pour la société dont nous parlons, elle est très-nombreuse, car elle renferme 900 ouvriers — sar les 300, qui forment tout l'effectif de la profession. — Sa renommée est si excellente, que les fabricants considèrent comme une garantie qu'un ouvrier en soit membre, et que le titre d'associé est un certificat de probité.

Or, écoutez M. Rivier, il vous dira de quelle façon simple et cependant complète, — imitée ensuite par d'autres sociétés locales — les gantiers ont entendu cette application de la mutualité, jugée partout si périlleuse. L'exemple qui va être rapporté n'est pas d'hier, il a été souvent cité déjà ; plus souvent cité qu'imité malheureusement; mais comme il est encore présentement en vigueur, sa date n'est qu'un argument de plus en faveur de son mérite.

« La société de gantiers, fondée en 1802, exigeait de l'ouvrier qui réclamait des secours pour cause d'absence de travail, une attestation signée de trois maîtres, ciiez lesquels il se serait présenté sans obtenir du travail et un certificat du dernier maître chez lequel il avait été employé faisant connaître les motifs pour lesquels il était sorti de chez lui. Muni de cette attestation et de ce certificat, il recevait du président, pendant toute la durée de son chômage, une subvention fixe; il pouvait même en cas de besoin recevoir du conseil d'administration des secours extraordinaires; mais l'expérience fit connaître quelques inconvénients à ces dispositions. D'une part, il était pénible pour l'ouvrier d'aller pour ainsi dire quêter chez plusieurs patrons leurs signatures sur son certificat ; d'un autre côté, il y avait possibilité d'abus. Le paresseux qui sous ]irélexte de chômage, voulait, sans travailler recevoir, les secours de la communauté, pouvait aller à coup sûr chez les maîtres qu'il savait n'avoir pas besoin d'ouvriers et obtenir ainsi d'eux une attestation trompeuse. D'après un nouveau règlement, tout sociétaire a droit au secours en justifiant (ju'il a été renvoyé de chez son patron pour défaut d'ouvrage ; mais un employé salarié par la société est aussitôt chargé de chercher un maître qui l'cniiiloie, et il reçoit une prime de 1 fr. par chaque ouvrier qu'il parvient ainsi à placer. Il y réussit toutes les fois que le travail ne manque pas d'une manière générale, parce que beaucoup de chefs d'ateliers faisant partie de la société, font leurs elTorts pour éviter qu'elle ne subventionne un de ses membres pour cause de chômage *. »

Il y a plus, ajoute M. Audigannc, qui a étudié le mécanisme sur les lieux mêmes : « Si l'ouvrier inoccupé dans sa profession en est réduit à s'enrôler temporairement dans quelque autre

* M. Rivier.

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