‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 133 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE I

état, comme celui de terrassier ou d'aide-maçoD , il touche encore la moitié de la somme attribuée aux malades, et cela pour le récupérer, dit le règlement, des pertes que lui occasionne un nouveau travail plus ou moins ingrat pour lui. »

Certes, on ne prétend pas ici que dans ce fait qui est bien cependant (de secours pour cas de chômage; » il y ait l'aplanissement de toutes les difficultés que renferme une question de cet ordre. La seule chose qu'on veuille constater, c'est qu'il y a là un exemple digne du plus sérieux examen.

« Cet exemple, dit M. Audiganne, témoigne qu'il est possible d'exercer une surveillance assez efficace pour prévenir les abus redoutés. Certes, on pourrait s'en reposer sur la vigilance réciproque des membres de pareilles associations. Il faudrait ne guère connaître l'esprit que portent les ouvriers dans leurs sociétés familières pour craindre que la communauté ne péchât par trop de facilité et de tolérance. D'ailleurs si, sur tel ou tel point l'exercice de la surveillance exigeait qu'on inscrivît dans les statuts quelque clause spéciale, rien ne serait plus aisé ni plus juste.»

L'exemple de Grenoble n'est pas le seul. Depuis le mois d'avril 1848, la Réunion libre des compositeurs typographes de Bruxelles * a créé dans son sein une caisse de prévoyance contre le chômage. Après avoir alloué d'abord 4, puis 7 fr. 50 c. aux sociétaires privés de travail, elle leur alloue aujourd'hui 12 fr. 50 c. De 1848 à 1856, 437 associés avaient ainsi reçu des allocations. Bien que la typographie soit une des industries les moins sujettes aux mortes saisons, un exemple qui se produit utilement, depuis plus de 15 ans, méritait d'être cité.

Quelles que soient, du reste, les difficultés vraiment exceptionnelles de l'organisation des secours en cas de chômage; fallût-il, comme beaucoup de personnes le pensent, renoncer à espérer aucun fruit sérieux des efforts collectifs tentés contre les ■ grands chômages périodiques, fallût-il se borner à recommander,

' Fondée depuii I84'i, et doul le cercle d'opérations embrasse « aussi le maintien des salaires, d'après une base équitable. » Les imprimeurs typographes ont créé poslérieurement une association semblable. Des sociétés pour conjurer les chances du chômage existent dans plusieurs Ëlats de l'Europe autres ([ue rAngletcrre, notamment en Suisse (Voir la monographie de l'hoi loger de la fabrique urbaine collective de Genève dans les Ouvr. Europ., XVIII, p. 13).

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en pareil cas, l'épargne sur des salaires qu'on doit calculer — et qu'on calcule ordinairement — en tenant compte de la mortesaison ' ; dût-on ne constituer tout simplement qu'une caisse particulière pour le chômage et — sans jamais promettre de traitements quotidiens fixes, sans s'astreindre à aucun paiement uniforme, — dût-on accorder simplement des indemnités proportionnelles au capital amassé pour ce but spécial, cet expédient vaudrait encore mieux à coup sûr que l'abstention actuelle.

Il n'y a rien de plus légitime et de plus sage, pour l'ouvrier, que de s'efforcer de se créer des ressources pour le temps où le travail peut lui faire défaut. Mais la caisse d'épargne ne conserve que l'économie isolée. L'ouvrier est convaincu que l'association, qui lui rend déjà contre la maladie, la vieillesse, etc., des services pour lesquels l'épargne individuelle serait impuissante, aura la même efficacité contre le chômage. Dès le moment que sa demande sur ce point ne viole aucun principe social, pourquoi lui opposer un refus de liberté?

Ceux qui espèrent trop feront ainsi une expérience utile. La déception leur servira en leur permettant de porter leurs efforts sur un autre point. Ceux qui n'attendent aucun résultat de la tentative verront au contraire, sans doute, que si les trèsgrandes espérances seraient ici déplacées, des services partiels et très-appréciables peuvent parfaitement être espérés. Nous ne partageons pas, en effet, l'opinion d'un économiste très-distingué, qui a écrit que les sociétés de prévoyance contre le chômage ne pourront pas « donner les résultats qu'on en attend, ni même être utiles '^. » Elles seront extrêmement utiles pour les chômages accidentels ^. Et quant aux chômages périodiques, n'cussent-elles, en mettant les choses au pire, que l'avantage, — par les cotisations obligées des mois de travail, — de répartir sur l'année entière le salaire des mois dont il s'agit, cet

* C'est ce qui arrive notamment |)our les salaires de rinduslrie du bâtiment où on chôme tout l'iiiver

^ M. (^i)urcelle-Scneuil {loc cit.).

3 En faisant dans lu l'olidque universelle (iiv. IV) la théorie du salaire suflisant (iiu'il évalue à ôU cent, par heure, ou b l'r. par jour, ou 1,500 fr. par an), M. de Girardui comprend au noud)re des dé|ienses-l)ases — et avec l'nnpol ou assurance générale, avec les verseniLiits pour la i)ension de vieillesse, pour la maladie, — la caisse spéciale du chômage, i|u'il appelle caisse commune des corporations.

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