‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 134 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE I. 2S · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE I. 2S

avantage serait encore appréciable. Quant aux abus, ils seraient écartés, au besoin, par l'application du procédé de Grenoble : déclaration du patron attestant qu'il a été obligé de renvoyer l'ouvrier. Qu'on en soit sûr, en outre, l'ouvrier laborieux veillerait rigoureusement pour que ses épargnes ne servissent pas à alimenter la paresse.

Dans tous les cas, bien entendu, il serait indispensable, pour compléter le système de prévoyance contre le chômage, que les sociétés, se rendant un compte exact de l'époque et du lieu où le travail aurait été refusé et où il serait demandé, s'organisassent en bureaux de placement, et pussent ainsi s'assurer par elles-mêmes que ceux qui réclament leur intervention ne sont pas privés de travail par leur faute, mais par la détresse de leur industrie. Nous ne revenons pas sur la condition non moins indispensable de la spécialité de la caisse, pour les secours eux-mêmes et au besoin pour le paiement de la somme dont le bureau de placement augmenterait les frais généraux.

On ne saurait croire, au surplus, combien cette question du chômage régulièrement constaté préoccupe les sociétés professionnelles de secours mutuels et combien il leur est pénible de s'abstenir de tout essai sur ce point '. Les sociétés qui touchent à la typographie sont peut-être celles qui sentent le plus vivement cette lacune ^.

* Voyez plusieurs lettreset articlesdans la presse pêriodiqueet notamment une lettre de plusieurs présidents, dSinsV Opinion nationale du 11 février 18G3, disant que si les sociétés professionnelles étaient généralisées et étendues au chômage, elles rendraient en temps de crise d'immenses services, sans faire appel soit à l'intervention de l'État, soit à la bienfaisance.

2 La Société typographique parisienne a un comité formé de membres du bureau, siégeant pendant la semaine et s'occupant de faciliter le placement, d'indiquer les meilleures maisons, etc., etc. D'après le règlement, pour faciliter le placement des sociétaires sans travail, chaque sociétaire est tenu de faire connaître les maisons où l'on demande des ouvriers, et de se rendre au siège de la société quand il est inoccupé, pour y prendre connaissance des demandes qui peuvent y avoir été faites

Une autre société, celle de Guttemberg « pour éviter le chômage des machines et ne pas laisser le maître imprimeur sans ouvriers » s'occupe par l'intermédiaire de son président d'envoyer de suite un ouvrier au maître qui a été quitté pour un motif quelconque, et même momentanément, par un ouvrier conducteur. Avis doit donc être donnj de ces faits au président, sauf amende de 5 Ir. Le présidnl a i!e plus entre les II. 17

Et maintenant que nous avons jeté un coup d'œil sur les difficultés qu'offrirait elle-même l'admission du chômage, et surtout du chômage non réductible au calcul ou trop général, parmi les objets poursuivis régulièrement par les sociétés mutuelles, il nous faut bien aborder la question non moins délicate de la jurisprudence administrative qui le concerne.

La seule objection sérieusement formée au point de vue des intérêts généraux s'est toujours bornée à ceci : que les promesses de secours, en cas de chômage, faciliteraient les coalitions et les grèves. Mais avant d'aller plus loin, qu'on nous permette quelques mots de digression personnelle.

Dans notre temps d'atonie intellectuelle, dans notre pays si facile aux substitutions violentes, si difficile aux réformes, et dont l'esprit, en réaUté timide, a peine à suivre quelquefois la marche même de la législation, c'est, dans certains cas donnés, quelque chose qui a sou prix, que de savoir se ranger nettement du côté d'une amélioration un peu hardie et qu'on n'a pas désirée ou prévue ; mais on a peut-être le droit de se féliciter davantage quand, simplement guidé par les principes, on a fermement demandé cette amélioration, alors qu'il fallait pour cela remonter plus d'un courant, alors que, repoussée non-seulement par ceux qui pouvaient l'introduire et qui ne la jugeaient pas évidemment comme telle, mais encore par l'opinion commune, elle semblait bien loin de pouvoir de longtemps se traduire dans les faits. En 1859, lors de la première édition de ce présent livre, l'auteur, examinant cette même question du chômage et combattant déjà l'objection qui vient d'être mentionnée, s'exprimait ainsi sur les coalitions :

« Si nous étions en Angleterre, si nos mœurs ressemblaient aux mœurs anglaises, aux objections tirées de la possibilité des coalitions; nous répondrions eu face par la distinction que les saines doctrines économiques n'ont jamais cessé d'établir en matière de concerts d'ouvriers : que des liommes ayant des intérêts communs se concertent et s'entendent pour défendre ces

mains le tableau de tous les membres sans ouvrage, et ils sont envoyés à tour de rôle ;' dans les ateliers (|ui demandent des ouvriers.

La Société de la |ia|ieterie de l'aris qui compte un peu moins de 200 membres seulement et qui a près de 30,000 fr. en fonds de réserve, a organisé un service de placement des employés et ouvriers en faisant partie. Il nous semble im|>ossible qu'on ne trouve pas dans tous ces faits spontanés les rudiments sérieux de l'idée i^'énérale étudiée ici.

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