‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 137 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE I

cette dernière un temps d'épreuve. Ce temps d'épreuve pourrait donc venir ; et bien qu'on puisse être certain que nous ne verrons jamais en France rien de semblable aux unions anglaises (dont nous avons parlé incidemment plus haut'); et bien qu'en définitive la liberté des coalitions, complément si longtemps attendu de la destruction des maîtrises et des jurandes, ne doive pas entraîner plus de désastres que n'en a occasionnés la suppression des anciennes communautés d'arts et métiers, quelques troubles passagers pourront se produire. Nous ne nous en étonnerons pas et nous ne regretterons rien.

Beaucoup de personnes même qui concluent avec un peu trop d'universalité dujeu régulier, fatal de l'offre et de la demande que tous les efforts soit des patrons pour faire baisser les salaires, soit des ouvriers pour les faire hausser, sont égament vains ^, qui n'accordent par conséquent aucune influence sur ce point à la faculté accordée aux ouvriers de se coaliser, considèrent la loi des coalitions « comme une des plus fécondes améliorations de ce temps ^ » dans ce sens que certaines libertés qui, suivant elles, « contribuent peu à l'amélioration du sort des classes ouvrières, satisfont de légitimes exigences, dissipent en outre de regrettables illusions. »

Quoi qu'il en soit de ces appréciations, au fur et à mesure que les ouvriers useront du droit de coalition, ils reconnaîtront que c'est plus ou moins un droit négatif, l'association pour ne pas travailler. Peu à peu ce droit restera inemployé dans l'arse-

< T. I, p. 73 à 75 et 323 à 325.

2 Celle loi, en efTet, est vraie dans son ensemble, mais, ainsi que l'a fait observer M.Batbie dans le Corre5pon(/onf. «Les chifl'res relatifs des demandes et des offres ne sont pasdonnés par un instrument gradué qui en fasse connaître les variations, si jieu importantes soient-elles. Les petits changements passent inaperçus. En attendant les pri.\ i;e maintiennent en vertu de l'habitude prise et de la force de résistance de la coutume. » C'est dans ces intervalles d'oscillations que le droit de coalition peut servir quelquefois à hâter ou à retarder le règlement du nouveau niveau. Ainsi M. Élie Reclus, dans h Revue germanique, dit avoir compte en douze ans sept ou huit grèves qui ont abouti à faire reconnaître la justesse des réclamations des coalisés; ainsi M. OUivier (rapport déjà cité) compte, soit en France (les charpentiers, les typograplies, les bouclionniers du Var, les cliapeliers de Lyon), soit en Angleterre, un certain nombre de succès et de succès de bon aloi, remportés au profit du plus grand nombre par des coalitions d'ouvriers.

3 M. Le Play, Reforme sociale, t. II, p. 36,

nal des droits populaires et l'équilibre sera tout à fait rétabli. Le travail et le capital peuvent maintenant se livrer à une concurrence sérieuse sans que la législation soit accusée d'une partialité par trop grande. Fructueux ou non dans son exercice, ce droit naturel, — l'entente de toutes les catégories de producteurs pour la fixation du prix dutravail,— aura été reconnu pour le travail comme pour le capital. Un grand progrès aura donc été accompli dans tous les cas, qui n'aura coûté tout au plus que quelques troubles transitoires ' .

Tel est le chemin que la législation, comme l'esprit public, ont parcouru en peu de temps dans la question des coalitions, pourquoi n'en serait-il pas de même en matière de mesures contre le chômage? Si la loi qui autorise les coalitions, est justement considérée comme une conséquence nécessaire de l'abolition des jurandes, pourquoi ne considérerait-on pas, et par une filiation bien plus étroite encore, comme une conséquence de cette loi, toute mesure autorisant les ouvriers à se défendre contre la cessation du travail? Autant ce genre de mesure eût été peu conséquent avec une législation générale n'admettant pas qu'en aucun cas les concerts d'ouvriers puissent aller régufièrement jusqu'à la coalition vis-à-vis des maîtres, autant il serait en harmonie avec l'état de choses nouveau. Dès le moment en effet que le mot chômage, même quand il représente une chose amenée, poursuivie et maintenue par la volonté, fut-

* N'est-ce pas dans ce fameux manifeste des ouvriers de Paris, tant discuté au commencement de 18Gi, qu'on lisait : « A ceux qui croient voir s'organiser la grève aussitôt que nous revendiquons' la liberté, nous disons : vous ne connaissez pas les ouvriers. Ils poursuivent un but bien autrement grand, bien autrement fécond que celui d'épuiser leurs forces dans des luttes journalières, où des deux côtés, les adversaires ne trouveraient ([ue la ruine pour les uns et la misère pour les autres... La liberté du travail, le crédit, la solidarité, voilà noire rêve. » Nous aurons à étudier ce qu'il peut y avoir de sérieux ou de cbiméri(iue dans ce rêve, mais on voit que déjà les ouvriers se montrent disposés à ne pas recourir à tout propos à la coalition. N'est-ce pas enfin un ouvrier, vice-président de la Société ttjpngraphir]ue parisienne, M. Coulant, qui émettait récemment dans un journal celte pensée que, de même que tout bomrae extrême, une fois au pouvoir, devient modéré, de même l'ouvrier, cpiand il a obtenu un droit comme celui de se coaliser, étudie ce qu'il peut y avoir de fructueux dans ce droit, rejette Valchimie politique, el devient presque alors troj) timide ?

Jusqu'à |»rési'ut, du reste, les ouvriers ont |ilutôt demandé la réduction du travail à 10 heures (pie l'iiugmentalion des salaires. A l'excmide des ouvriers anglais, ils voient dans celle durée de 10 heures la journée normale d'un ouvrier.

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