PRÉLIMINAIRES
La condition des femmes. — Progrès successifs. — Le foyer et la place publique. — État
civil de la femme. — Extension désirable des professions qu'elle peut occuper.
Essais et idées. — Condition spéciale de la femme pauvre. — Son travail à la campagne. — La famille y est sauve. — Entrée de plus en plus caractérisée des femmes dans l'industrie. — Dissolution du foyer. — Vœu du travail domestique. — Lui-même le travail à l'atelier rendu, difficile momentanément par l'invasion des machines; par l'invasion des hommes dans les métiers des femmes. — Statistique des salaires. — Résistance des hommes à l'entrée des femmes dans leurs professions propres. — La typographie. — Situation morale de l'ouvrière dans les manufactures. — La loi et les moeurs. — Les articles 340 et 1382.
Il est des questions qu'on ne peut aborder même par leurs moindres côtés, sans que la vue se trouble et que la main tremble ; sans que l'on songe avec terreur à ces légions d'esprits d'élite et de cœurs ardents qui en ont cherché et qai en chercheront la solution vainement ; sans qu'on aperçoive se dresser devant soi, à la moindre idée de réforme ou de modification, les invariables reproches d'impossibilité et d'utopie ; sans que, chose plus grave, on ne se demande à soi-même avec anxiété, si la société ne prononcerait pas sa propre déchéance en étant absolument juste, et sans qu'aussitôt la conscience ne vous crie que jamais l'injustice ne doit être une base pour les fondations humaines et qu'il n'estpas de raison d'utilité sociale pouvantjustifier dansune mesure quelconque le sacrifice sans rémission de ceux-ci à ceux-là.
Telle est, considérée au point de vue le plus général, la question qui peut se résumer dans ces mots : la condition des femmes.
Si on l'envisage en effet, d'abord, sans distinguer les classes, les positions, les fortunes, que de principes communément admis et pourtant que de déductions différentes ! Est-il une cause
qui influe plus sur les mœurs et les progrès d'un pays que la situatiuii acquise aux femmes, dans la famille et dans la société? L'influence dont elles jouissent n'est-elle pas une des mesures même de la civilisation ? Est-il besoin pour le prouver de feuilleter les annales du monde? Est-ce que la femme divinisée, dans sa beauté, par la Grèce antique, est-ce que la Romaine, si rigoureusement traitée par la loi des Douze Tables, — esclave, mais esclave respectée, — ne constituaient pas déjà, chacune dans un ordre différent, un progrès sur la servitude bestiale où vit la femme, dans toutes les sociétés naissantes, oiinousla voyons encore se traîner dans cette partie du monde que la civilisation n'a pas pénétrée, — animal de travail, elle qui est la faiblesse; outil abandonné quand il ne peut plus être utile, elle à qui l'homme doit son fils? — Est-ce que, quandsonnela première heure de l'émancipation, quand un dogme nouveau a proclamé enfin l'égalité des âmes, est-ce que cette nouvelle divinisation de la femme qui s'appelle la chevalerie, mais divinisation plus complète que la première, car elle honore la femme, non pas seulement parce qu'elle est belle, mais encore et surtout, parce qu'elle est faible; est-ce que la chevalerie de l'Europe du moyen âge n'est pas elle-même un progrès sur les phases qui l'ont précédée, et la première étape sérieuse des futures améliorations ? Est-ce que la royauté morale, décernée dès lors, non pas hélas, à l'ensemble des femmes, mais aux femmes de certaines classes, ne contient pas un germe pour d'autres et plus larges expansions ?
Sur ces divers points, l'accord est général. Mais quelles sont parmi ces expansions, les plus désirables ? Ici l'accord cesse absolument. Quelques-uns s'entendent encore pour affirmer en principe que sous le rapport de la condition matérielle comme de la condition morale des femmes ce qu'on voit actuellement, sera à un état ultérieur ce qu'est la barbarie à son contraire ; mais dès qu'il faut spécifier, la confusion commence, ou plutôt, eût-on par hasard quelque chose à dire, une vue à indiquer vers le plus asyniptotique des buts, on est bien sûr de rencontrer le sourire, beaucoup plus encore que l'objection.
Le progrès qui marche si vite de notre temps, et dont le souffle seul fait disparaître tant de barrières, a-t-il cependant trouvé ici sa nmraiUe de la Chine ? Et parce que des théories