‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 143 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE II. . 27o · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE II. . 27o

cette pensée, — dont on peut admettre à la rigueur la justesse pour la majorité des femmes ' en ce qui concerne certaines tâches d'analyse longue et patiente, ou au contraire, de très-décisive invention, — n'empêche pas leur aptitude naturelle ^ d'être susceptible de recevoir de tout autres applications que celles qu'on lui donne aujourd'hui ^.

La Revue d'Edimbourg constatait en 1859, que deux millions de femmes, — un tiers de femmes anglaises, — ne sont pas mariées, et doivent subvenir h leurs moyens d'existence. En France, quelle qu'elle soit, la proportion ne peut être aussi que très-considérable.

Nous allons parler tout à l'heure de la liberté d'action qui ne saurait être refusée aux femmes, dans tous les emplois qui leur sont déjà communs avec les hommes, ou qui commencent à le

* Est-il besoin de dire que nous ne parlons ici que des moyennes et que l'anatomiste qui découvrira un sexe au génie, n'est pas encore né ?

2 Aptitude à recevoir la vérité, notamment, qui est presque facilitée souvent par leur ignorance même; car, ainsi que le dit Diderot, « aucune autorité ne les a subjuguées. Au lieu que la vérité trouve à l'entrée des crânes masculins ua Platon, un Aristote, un Épicure, un Zenon en sentinelle et armés de piques pour la repousser. »

3 II ne peut être question, supposons-nous, de l'aptitude industrielle : ici les faits ont déjà apporté leur démonstration. Ainsi à Paris, dans les seuls groupes du vêtement, des fils et tissus, les femmes ligurent comme chefs d'entreprise pour 33 p. 100 dans le premier et pour 10 p. 100 dans le second. Ici d'ailleurs, et comme sur grand nombre d'autres points, il n'y a de notre part qu'une constatation de fait. La finesse et l'habileté que la femme peut déployer dans les affaires, et par conséquent, la source de prospérité qui peut en résulter dans les familles moyennes com|iense-t-elle les inconvénients que cette immixtion entraine? Les Anglais et les Américains, dès qu'ils sont sortis de la position de salariés, verraient avec répugnance leurs femmes s'occuper de commerce ou d'affaires, surtout extérieures. Us reçoivent et provoiiuent leurs conseils, mais refusent de les laisser se charger de l'exécution au dehors. Ils y verraient l'amoindrissement de la dignité du mari, la désorganisation du foyer domestique, et pour la femme elle-même, un labeur qui doit lui être épargné. Cette manière de voir n'est elle pas assez rationnelle? — De même qu'il ne faut consentir à s'occuper du salaire et du travail manuel des femmes qu'à titre d'expédiejit ; de même, toutes les fois qu'il n'y a pas nécessité absolue, il faut que le mari seul ait la charge de l'activité extérieure. Personne aujourd'hui ne peut songer à asservir les femmes sous prétexte de sécurité domestique; mais la protection du mari ou du père, n'est pas un asservissement. Si, en vue d'agrandir des ressources communes déjà suffisantes, pendant que le mari s'occupe de son industrie, la femme va de son côté, se livrer, au dehors, à l'exercice de la sienne, que deviendra l'enfant? Cela ne veut pas dire ([u'il faut que la femme reste inactive, atrophiant son esprit et faussant sa sensibilité. La femme peut cacher sa vie et cependant l'occuper utilement pour tous. Elle peut n'être pas inactive, sans (|ue les failà cependant cessent d'être d'accord avec les institutions.

devenir; nous parlerons aussi des industries qu'il faut spécialement créer, en les appropriant à leurs aptitudes et à leur destinée; mais il convient, en. outre, de ne pas crier à la concurrence repréhensible, ou même à l'utopie, et de ne pas évoquer avec plus ou moins de sincérité, le spectacle odieux du Bloomérisme, dès qu'elles parlent de se faire admettre dans certaines professions, exclusivement occupées jusqu'ici par les hommes. Le plus grand obstacle à l'extension des professions de la femme , n'est pas dans leur soit disant inaptitude ; il est, en France, dans cette résistance qu'y opposent de concert, les mœurs et les lois. Tant que les lois et les mœurs qui, "en Amérique, protègent si efficacement l'indépendance des jeunes filles et fortifient en elles le principe de leur responsabilité et leur libre arbitre, auront en France un caractère diamétralement opposé, on ne pourra sans doute, au point de vue français, citer qu'à titre défaits intéressants les tentatives faites dans le premier de ces deux pays, et dont quelques-unes ne sont pas — môme là, — sans avoir rencontré, il faut le dire, bien des difficultés. C'est ainsi que les 400 Américaines qui ont reçu le titre de docteur en médecine ' sont loin d'avoir fait poser chez nous, d'une manière quelque peu sérieuse, la question de savoir si la perception vive et particulièrement délicate que les femmes pourraient apporter à l'exercice de la profession médicale ne serait pas susceptible de compenser des lacunes dont on leur fait le reproche par ailleurs. Bien que l'inuovation ne dût — ou le comprend — s'appliquer qu'à la médecine des femmes, et qu'au point de vue moral elle dût entraîner des avantages qui n'ont pas besoin d'être expliqués ^, elle supposerait pour être généralement adoptée une indépendance d'allures bien difficile, sinon impossible aujourd'hui '. Mais avant d'en arriver, au surplus, à l'examen d'une telle innovation, il y a certainement beaucoup

• C'est en vain qu'en Angleterre M"" Giiiett a fraiipé dans le même but à la porte des universilcsde Londres et d'Edimbourg. Le seul collège de pharmacie — premier degré vers les grades supérieurs — a consenti à lui ouvrir ses porte*.

'■' L'idée des médecin:; lemmes pour la médecine des lenmies, u été énoncée d'une façon trè8-sympallii(iue, h l'occasion des Ltats-Unis, par un publiciste dont les jugements ont, pcnsons-noiis, i|iu'l(|ue poids, M. L. Laboulayc.

^ Suppose-t-on dans les école» de médecine des cours mixtes !

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