PARTIE V, CHAPITRE II
de bien à faire même dans des régions voisines, et plus abordables. Les sœurs de charité, ces gardes-malades modèles, ne suffisent pas à tout. New-York sous l'impulsion de miss Elisabeth Blackwell, Boston bientôt après, ont créé « une classe supérieure de gardes-malades, » afin de voir, dit un compterendu spécial «des femmes intelligentes, bienveillantes et consciencieuses se consacrer à cette carrière à peine secondaire en importance et en responsabilité à la carrière médicale. « En Angleterre, la souscription ouverte en l'honneur de cette noble femme, aujourd'hui Européenne, miss Florence Nightingale, a été consacrée à la fondation d'une école pour les gardes-malades. Les personnes pourvues après examen des certificats de gardesmalades, sont maintenant très-occupées en Amérique, comme de l'autre côté de la Manche. «Pourquoi donc, écrit M. Frédéric Paspy, rendant compte d'une brochure intitulée : la Maternité, et ayant une femme pour auteur, pourquoi la carrière de sagefemme , depuis si longtemps ouverte aux femmes, mais sur laquelle a pesé, jusqu'à présent, un préjugé qui n*est pas complètement illusoire, ne deviendrait-elle pas pour le plus grand nombre, ainsi qu'elle est pour quelques-unes déjà, une carrière à tous égards respectable et respectée? Pourquoi le même progrès qui, d'un rang jadis bien subalterne, a fait monter depuis longtemps les chirurgiens au niveau des médecins et commence à y élever aujourd'hui les pharmaciens, n'y amènerait-il pas à leur tour les sages-femmes ' ? »
XiC mot de Bacon : « Quand un projet est présenté, tout le monde le dit impossible ; quand il est exécuté, tout le monde se demande comment il ne l'a pas été de toute éternité » est surtout vrai pour la France. Le Dieu-préjugé qui a bien voulu prendre chez nous ses lettres de grande naturalisation, devrait toujours avoir présentes à l'esprit ces défections du lendemain, quand il rend ses puissants oracles. Miss Parkes a publié, il y a quelques années, en Angleterre, à propos des « limites restreintes du travail des femmes instruites » et à l'occasion des institutrices, une brochureoù ellcdémontre avec force à ces jeunes filles utrupaisées, ou trop fières pour se mettre en apprentissage, trop pauvres pour
• Journal des Économistes, juillet 18G2, p. 1G4.
apprendre la danse et le piano dans une école de premier ordre ' » et même à celles qui comptent des chances plus ou moins nombreuses de mariage, qu'elles doivent se préparer à la vie sérieuse comme les autres, comme si elles étaient absolument certaines de ne pouvoir attendre leur subsistance que de leur propre énergie. Quelle que puisse être ici l'exiguïté des salaires probables, le conseil de miss Parkes peut recevoir son application ailleurs que chez nos voisins. Trois ou quatre Françaises ont subi, dans ces derniers temps, et avec beaucoup de succès, les épreuves du baccalauréat ès-leltres. L'étonnement a été grand et la terrifiante critique des « bas d'azur » a dû puiser dans ce fait exorbitant une force et une jeunesse qu'on commençait à ne plus lui supposer. Certes! le wai rôle de la femme est d'être mère, et il importe extrêmement peu au bonheur des nations que toutes les femmes aient pris des grades à l'université et soient des lettrées. Si l'on en croyait La Bruyère ^, « il serait même assez heureux que les femmes, qui dominent d'ailleurs les hommes par tant d'endroits, aient sur eux cet avantage de moins. ^ » Ce côté assez étroit de la question écarte, serait-ce donc une conception absolument idéale qu'une femme sachant quelque chose de plus que ce qu'on apprend au pensionnat en vue du mariage à conquérir, et cependant restée modeste, douce, digne d'être aimée, aussi féminine enfin que parle passé? « Quand vous donnez l'éducation à un garçon, a dit iM. Jules Simon, vous faites un garçon éclairé, quand vous donnez l'éducation à une fille, vous faites une famille éclairée. » Qu'on songe que la femme crée l'homme de plus d'une manière et on ne spéculera plus sur son ignorance, comme garantie de domination.
Quoi qu'il en soit, — laissant de côté la mesure d'instruction qui attend plus ou moins prochainement les femmes, les professions nouvelles qui seront peut-être ouvertes un jour quelconque aux femmes de la classe moyenne, l'extension sociale dont la situation de toutes peut être un jour l'objet; cessant d'inter-
• M. J. Simon.
^ A l.'i (in (le In r/îflexion ritôn |iiu» li;iiit.
3 Ne vaut-il pas mieux dire avec Slieiidaii: « Les femmes nous gouveiiienl, (ûclions d'abord de les rendre purfailes. l'ius elles auront de lumières, plus nous serons éclairésl De la culture de l'cKprit des femmes dépend la sagesse des hommes. »