‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 145 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE II

roger sur tous ces points, un avenir qui est si loin d'avoir livré son secret, est-ce qu'il n'y a pas sur cette question de la condition des femmes et relativement à ce qui y a trait directement dans le présent livre, des solutions plus impérieuses, plus immédiates à demander à l'état social? Est-ce que la situation de la femme tout à fait pauvre n'est pas là : plaie béante contenant presque autant d'émotions pour qui la regarde, que de larmes pour les infortunées qu'elle dévore ; accusation formidable contre la société qui ne ferait pas des efforts héroïques pour raméliorer sur l'heure; sujet d'étude, dans tous les cas, bien autrement urgent que l'attribution de droits plusou moinsutiles ; suffisant pour les sollicitudes les plus ambitieuses du mieux ? Grand Dieu ! (et même en admettant qu'il y ait jamais là une question à débattre sur le terrain pratique), vers quelle époque de l'histoire du monde pourra-t-elle venir à son rang de discussion, sans être prématurée simplement comme mise à l'étude, cette question des droits « politiques » des femmes, mentionnée au commencement de ce chapitre, quand nous leur voyons contester, de notre temps, les moyens de travail qu'elles poursuivent avec tant de courage et d'abnégation, et à ce prix si cher pour elles et pour la société, l'abandon du foyer et presque de l'enfant? « La philosophie de l'histoire, a dit cet esprit hardi et indépendant, qui cherche sa voie et la trouvera, M"* Clémence-Auguste Royer * la philosophie de l'histoire doit partir dorénavant de ce principe; que la femme a été le premier animal domestiqué par l'honime et sa première bête de somme ^. «Est-ce que cette situation aurait tout à fait cessé? est-ce que, suivant la remarque d'un homme pratique', on ne voit pas encore les femmes dans nos départements du Midi, « pêle-mêle avec les hommes sur les chantiers de terrassement ; enfoncer la bêche avec leurs pieds nus dans le terrain durci par le soleil; porter sur leurs têtes d'énormes fardeaux; servir les maçons et les

' Parmi les fcMiimes qui, dans ces derniers temps ont étudié avec fruit ces questions, il faut citer aussi : M'" de Marchef-Girard, M™° Pape-Carpentier et M"" Julie-Victoire Duubié.

2 Séance de la société d'économie politique du 5 mai 1862.

^ M. Dupuit, inspecteur général des ponts et chaussées, même séance de la Société d'économie politique du 5 mai 186.2.

couvreurs jusque sur les toits; enfin, tirer péniblement la charrue, que l'homme se contente de diriger ' ? « Y a-t-il longtemps qu'a dû être rendu en Angleterre un acte législatif^, prohibant absolument l'emploi des femmes dans les mines, oij parfois les hommes et les femmes se trouvaient ensemble dans un état de nudité complète ^, n'ayant plus de l'homme et de la femme que le nom ? Dans des circonstances plus ou moins analogues, des centaines de femmes ne prirent-elles pas des costumes d'homme pour essayer de gagner encore les salaires dont elles avaient besoin ? Nécessité, nous dira-t-on, — et nous ne le contestons pas, — que la participation des femmes aux travaux des hommes dans les campagnes. Nécessité, oui, mais impitoyable, et qui prouve combien l'Édeu est loin de nous.

Là, au surplus, n'est pas le vrai mal. Dans les campagnes la femme qui se livre avec son mari aux travaux les plus pénibles, ne perd pas la notion de la famille ; mais à la ville, dans la manufacture, à l'atelier! Qui a oublié l'anathème de M. Michelet, (f.Vouvrièi'e! mot impie, sordide, qu'aucune langue n'eût jamais, qu'aucun temps n'aurait compris avant cet âge de fer et qui balancerait à lui seul tous nos prétendus progrès? » Dans quelle couche sociale n'est pas parvenu ce livre si simple, et par conséquent si touchant, où M. Jules Simon a prouvé avec tant d'autorité que tousles efforts doivent tendre à procurer aux femmes un travail sédentaire, isolé, qui leur permette de vivre de la vie de famille, et de remplir leur devoir de mères et d'épouses? Démonstration relativement vaine ! elle a convaincu les esprits; elle a remué les cœurs, mais elle ne peut rien contre les faits.

Ce qui devient de plus en plus en question chaque jour, ce n'est pas seulement le choix des occupations sédentaires à procurer à la femme ; c'est la matière même du travail, ce travail dût-il être subi pendant que le foyer se refroidit, et que les malheureux enfants errent dans les rues de la ville ; dût-il être

• Dans les Pyrénées iiolammenl, il est toute une eontréc où les ouvrages qui exigent seulement de la force inusculaire sont dévolus à la femme et à la lille. On explique de semblables faits |i:ir les mœurs des Arabes, dont les Catalans semblent descendre.

3 10 août 18'i2, Annalex des Mines, .V série, t. III, p. 103.

^ Duos les mines métalli(|uc».

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