PARTIE V, CHAPITRE II
pas désirable, car leur place est au foyer ; elle n'est pas désirable, parce qu'ayant moins de besoins que les hommes, elles s'offrent à un prix moindre et avilissent ainsi les salaires. Le souci de chacun doit donc être de trouver dans la couture, la broderie, l'horlogerie, l'enluminure, la gravure sur bois, la gravure de musique, la reliure, la passementerie, la parfumerie, la dorure, etc., etc., des occupations sédentaires pour les femmes '. Mais, en attendant que ces occupations soient trouvées, — et comme du reste toutes les femmes n'ont pas de père, de mari ou de frère pour subvenir à leurs besoins, — cette profession si intelligente, qui est la typographie, continuera-t-elle à nier le droit incontestable de la femme à participer à un travail n'exigeant pas de force musculaire, ne réclamant que de l'inteHigence et du soin ^? Des paroles bien douloureuses ont été prononcées dans cette discussion : « Ce n'est pas en enlevant la femme à ses fonctions naturelles et en en faisant un engin industriel, a dit, dans une lettre aussi poignante que bien faite, un ouvrier imprimeur % qu'on parviendra à lui rendre le rang qui lui appartient dans la société. La femme servirait d'instrument typographique à bon marché, jusqu'au jour où quelque nouvelle innovation viendrait déplacer cet instrument devenu à son tour trop coûteux, et le remplacer par quelque agent plus économique, enfant ou machine. « A cela, que répondre? C'est qu'il serait, en effet, aussi puéril de ne voir que des philanthropes dans tous les patrons imprimeurs qui emploieront des femmes, qu'il serait injuste de vouloir empêcher les femmes, — dont le droit de travailler doit être encore plus respecté que celui des
' La plupart des essais de ce §enre ont très-bien réussi. Dans les cantons de Neuchâtel et de Berne, par exemple, les femmes sont largement employées dans l'horlogerie qui, dans ce pays, est une industrie parcellaire. Beaucoup des occupations ci-dessus mentionnées donneraient aux femmes des salaires bien supérieurs à ceux de l'aiguille et ces derniers, dégagés de leur trop plein d'ouvrières, en seraient mieux rétribués. La manœuvre du télégraphe électri([ue peut aussi très-utilement être confié à des femmes. Les compagnies de chemins de fer se sont très-bien trouvées d'avoir employé des femmes pour la distribution des billets et même pour la garde des barrières de passage à niveau. M. Miclieict a dit avec raison que les femmes sont des fileuscs et des couseuses. Malheureusement fder et coudre ont fait leur temps.
2 On sait que VEnylixh icoiuan's journal, publié à Londres par Miss Emily Parkes, est entièrement rédigé et composé par des femmes.
^ M. Bazin (Journ. des Eco nom., ]u\i\ 18G2, p. 449.
hommes, VU rinférioritd de leurs forces et de leurs ressources, — d'accepter ou de rechercher cet emploi, dût même cette innovation transformer, au bout d'un certain nombre d'années et par l'extinction successive des ouvriers actuels, le personnel de l'industrie typographique '.
Quoi qu'il en soit, avons-nous besoin de le répéter, ce n'est pas vers l'atelier, fût-il composé uniquement de personnes de son sexe, qu'il faut pousser la femme, c'est au contraire vers le foyer qu'il faut s'efforcer de la ramener. Hélas ! supposât-on la femme pourvue chez elle d'un travail salarié (et combien de temps ne sera-ce qu'une hypothèse !), est-ce que plusieurs des causes qui pèsent si lourdement sur elle ne subsisteraient pas encore tout entières? Serait-ce sortir de notre sujet plus encore que nous ne l'avons fait déjà, de remarquer que c'est surtout la femme pauvre qui a à souffrir de la position de minorité et de dépendance faite aux femmes dans le mariage? Qui n'a été quelquefois témoin de ces luttes désespérées et désolantes d'une femme du peuple cherchant, mais en vain, dans l'intérêt impérieux de la famille, à soustraire à la domination absolue et si souvent violente du mari, quelque parcelle d'un salaire qui va s'engouffrer en entier dans de grossiers plaisirs? Quelle ressource reste alors à cette femme qui pourtant représente seule dans le ménage l'esprit d'ordre, d'économie, de dévouement?... Lui reste-t-il même, sinon au prix de l'irréparable gravité d'une séparation légale, le moyen suprême de se soustraire momentanément avec ses enfants aux sévices de son mari, à ces brutalités odieuses et honteuses qui sont l'opprobre de tant de ménages dénués? Cette extrémité de la séparation légale, il faut pourtant y recourir quelquefois; et n'y a-t-il pas un enseignement profond dans ce chiffre considérable d'actions en séparation, à la requête des femmes, révélé annuellement par les statistiques judiciaires. Depuis la loi du 22 janvier 1851, relative à l'assistance judiciaire, sur les 8 à 9,000 demandes annuelles for-
' La demande (Je limiter impérativement le nombre des apprentis dans les ateliers et d'écarter syslém.iti(|iieinent les enfaiils et les femmes, diins le cas du moins, pour cellesci, où elles nniiraienl pas été admises depuis Irès-lon^ilenips dans l'industrie dont il s'agirait est une des erreurs du document remarciualtlc et si modéré : Rapport des dé' Uguis des ouvriers parisiens ri l' Exposition de Londres en 18G"2.