PARTIE V, CHAPITRE II
entendues elles-mêmes, suivant les questions qui leur seraient posées, sur les mesures d'administration intérieure que les habitudes propres à leur sexe les rendraient particulièrement aptes à apprécier. Le fait de leur présence leur donnerait donc, en quelque sorte, voix consultative', et on ne verrait jamais ainsi cette anomalie : la femme votant contre son mari.
Jusqu'à présent donc des avantages considérables; pas un seul inconvénient. Et cependant l'avantage le plus réel, nous ne l'avons pas encore fait ressortir explicitement, nous voulons parler de la santé de la femme. Dans un ménage d'ouvriers, même relativement aisé, la femme, on l'a remarqué, et nous avons déjà dit jusqu'à quel point la remarque est exacte, se plaint rarement des indispositions qu'elle éprouve. La crainte de mécontenter son mari et d'augmenter ses charges en appelant un médecin de la ville, l'appréhension des consultations gratuites et de leur appareil dans les établissements publics, tout concourt àlui faire perdre un temps des plus précieux, à aggraver et quelquefois à rendre incurable un mal qui, pris au début '^,eiit facilement été surmonté. Affiliez-la, au contraire, aune société, et l'on sent combien tous ces inconvénients disparaissent.
Ils disparaissent trop, répondent les opposants, car chacun sait la fureur de médication des femmes, lorsqu'elles ont commencé à être traitées, et n'est-il pas à craindre que n'étant plus arrêtées par des considérations de dépenses personnelles, elles n'occasionnent des frais excessifs? Nous n'avons nulle intention de soutenir qu'au début surtout la nosomanie delà femme n'aura pas besoin d'être modérée. Nous savons très-bien que la femme n'arrivera jamais vis-à vis d'une collectivité à approcher du dévouement dont sans efîorts elle faisait preuve vis-à-vis de son mari. La plus héroïque la veille sera tentée d'abuser peut-
' Nous ne serions pas suffisamment prati(iue si nous ne reconnaissions que ce mode pourrait être quelquefois d'une exécution difficile dans les sociétés qui ne seraient pas fortement administrées. Son adoption devra dépendre des circonstances et de l'esprit local. M. Adolphe Cliauveau [Journal du droit administratif, ubsup.}, est complètement opposé à l'admission des femmes agrégées aux réunions soit partielles, soit générales. D'un autre côté, nous pouvons citer une société approuvée de près de 400 membres, celle des marins d'Arcachon, où les femmes font partie du bureau avec voix consultative.
- Pris au début par un autre genre de médecine que la médecine funeste des voisines et amies.
tire le leDdemain. Mais, qu'on en soit sûr, il n'y aura là qu'une tentation passagère que la société, les médecins et le mari lui-même sauront parfaitement refréner; tout rentrera bien vite dans l'ordre. S'il est vrai que les sociétés de secours mutuels auront pour résultat de rétablir la santé publique, ce sera donc doublement vrai pour la femme. Or « refaire la santé de la femme, c'est refaire la vie des enfants, c'est assurer à l'avenir des générations fortes et énergiques '. »
Les considérations morales ainsi épuisées , consultons les statistiques annuelles. Dès I806, raisonnant sur l'expérience de quatre années et sur un chiffre de 47,000 femmes, on pouvait constater que la proportion des journées de maladie était presque toujours restée la même pour les associés de l'un et de l'autre sexe. « Les simples indispositions sont plus fréquentes chez les femmes, disait le rapport de 1857, mais les chances d'accidents sont plus nombreuses chez les hommes, et, en définitive, il y a presque toujours compensation. Nous avons donné au chapitre statistique les résultats des années 1857, 1858, 1859, 1860. Pour la première de ces années, les femmes comptent 31 malades sur cent, et les hommes seulement 27 p. 100. Mais leurs maladies ne durent que 13 journées quand les maladies des hommes en durent 18. Le nombre des journées de maladie payées est en définitive de 4.90 par sociétaire homme, et seulement de 4.40 par sociétaire, femme. En 1858, en 1859, en 1800, il y a 28.75, 30.26, 32 malades femmes, contre 29.30, 28.14, 25 malades hommes; mais le nombre des journées de maladie payées est , pour chaque malade femme, de 15.25, 15.88, 14.18, tandis qu'il est pour les hommes de 18.08, de 20.60 et de 19.74. Aussi la moyenne par sociétaire donnc-t-ellc 4.53, 4.89 et 4.50 seulement pour les femmes, tandis qu'elle donne 5.30, 5.69, 5.03 pour les hommes. Dune les femmes à nombre égal de sociétaires, donnent un plus (jrand nombre de malades que les hovnnes^ mais la durée de leurs maladies est sensiblement moindre.
En 1861, la proportion chez les hommes relativement au nombre des malades est de 25 p. 100 et de 28 p. 100 pour les
< M. Guillardin.