PARTIE H, CHAPITRE H
femmes. 20 journées 68/100 ont été payées en moyenne pour chaque maladie d'homme; 18 journées 19/100 pour chaque maladie chez les femmes.
En 1862 le nombre moyen des journées de maladie a été pour les hommes de 5.2o, et de o.l8 pour les femmes '. La proportion pour les hommes est de 25.52 ; pour les femmes de 27.15. 20 journées 57/100 ont été payées en moyenne pour chaque maladie d'homme, et 18 04/100 pour chaque maladie chez les femmes. Le nombre moyen des journées de maladie a été pour chaque sociétaire homme, de 5.25 et de 4.91 pour chaque sociétaire femme. Enfin, en 1863, le nombre des malades donne une moyenne de 26.41 pour les hommes, et de 29.93 pour les femmes; mais la moyenne des journées de maladie payées a été de 20 33/100 pour chaque homme malade, et seulement de 15 60/100 pour chaque maladie chez les femmes. Le nombre moyen des journées de maladie a été pour les hommes de 5.41 et pour les femmes seulement de 4.07.
Tels sont les résultats fournis par une période de douze années, période pendant laquelle les mêmes proportions se reproduisent avec une exactitude presque mathématique.
La leçon sans appel de l'expérience est-elle assez concluante ! Laisse-t-elle désormais la moindre place à la défiance et au préjugé?... Si, dans quelques localités, et notamment à Paris et à Lyon, la proportion inverse s'est quelquefois montrée, on ne peut rien en conclure, sinon qu'il y a là une malheureuse et passagère exception. La' statistique eût-elle au surplus donné non pas localement, mais généralement des résultats absolument opposés à ceux qu'elle fournit, qu'il n'y aurait rien eu, suivant nous, à en conclure contre l'admission des femmes. Les sociétés de secours mutuels nous semblant devoir s'organiser de plus en plus d'après des bases raisonnées, il aurait simplement fallu calculer en conséquence le taux de la cotisation à demander aux femmes et celui des indemnités à leur accorder. La règle élémentaire de la prime d'assurance, c'est qu elle doit être proportionnée aux risques qu'elle est destinée à couvrir.
Les associations mutuelles n'ont donc aucune raison sérieuse,
' C'est, dit le rapport, une demi-journée de moins qu'en Belgique, et une journée et oenoie de naoiiis qu'en Angleterre.
au point de vue de leurs finances, de persister dans les fâcheux errements qu'un trop grand nombre d'entre elles ont suivis jusqu'ici. Nulle part on ne verra plus bientôt le préjugé vulgaire et brutal que « les femmes coûtent beaucoup » être un obstacle à une idée tutélaire et à un grand progrès.
Précisons maintenant les conditions pratiques de l'admission des femmes. Ici se présente immédiatement une distinction importante : il y a les femmes qui gagnent en état de santé un salaire personnel ; il y a celles dont le temps est consacré tout entier à l'administration intérieure de la famille. Dans tous les articles spéciaux auxquels la présente question a donné lieu, nous lisons, — jusqu'à un certain point nous avions cru précédemment nous-même — que, sauf d'assez rares exceptions, les femmes d'ouvriers ne sont occupées qu'aux soins de leur ménage '. Les chiffres de statistique récente que nous avons déjà fournis semblent indiquer que cette appréciation devient chaque jour plus inexacte. L'application progressive des femmes aux travaux d'atelier, leur entrée de plus en plus générale dans l'industrie, sont malheureusement des faits on ne peut phis constants. Tout en n'admettant pas sans discussion les chiffres reproduits par une intéressante étude sur les classes de producteurs de tout genre *, et d'après lesquels il y aurait en France 2,333,190 femmes seulement vivant du travail de leur mari et employées uniquement aux travaux du ménage, tandis que 9,980,831 représenterait le chiffre des femmes des classes industrielles se livrant à un travail personnel, il faut donc reconnaître que, quant à présent du moins, la tendance est au travail devant produire un salaire personnel.
Quoi qu'il en soit de la répartition numérique des deux catégories, ce point, qui attire à si juste titre toute l'attention des moralistes, a une importance spéciale dans la question actuellement traitée ici.
Pour les femmes qui ne reçoivent pas de salaire en état de santé, a-t-on dit, la tentation d'abuser deviendra irrésistible, car la maladie pourra être plus lucrative que le travail. Le ménage pauvre a des besoins si pressants, le métier de malade
' Voir notamment au Bulklin l'iiiticlc déjà cité de M. Scrivc Ucrlin, p. 203.