‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 154 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE II

offre des avantages si certains, que la femme — qui sans doute dans la pensée de l'objection s'élève difficilement à l'idée abstraite du droit, — oubliera trop aisément l'intérêt de la société dont elle compromettra ainsi la stabilité. Comment ensuite parviendra-t-on à constater, d'une manière simple et nette pour la femme, la reprise partielle ou totale des travaux, reprise si facile à constater pour l'homme, intéressé, lui, parla supériorité des salaires du travail à ne pas la relarder et même à précipiter sa rentrée à l'atelier? Où sera la limite des travaux permis? celle des travaux défendus?... quelle surveillance, même la plus tracassière, sera suffisante pour empêcher la fraude?...

Nous ne contestons pas l'importance de cette objection; nous savons, dans tous les cas, qu'elle exerce une influence véritable sur l'esprit de beaucoup de sociétés ; il conviendrait cependant d'aller au fond des choses.

Il y a déjà, nous l'avons vu, près de 100,000 femmes dans les sociétés de secours mutuels. Si la femme est décidément aussi portée qu'on l'insinue à glisser sur la pente des capitulations de conscience qui mènent droit et assez vite à la déloyauté, et si, du reste, toutes les surveillances sont stériles, c'est là un personnel plus que suffisant pour ruiner en peu de temps les 500,000 autres sociétaires. Les indemnités de maladie ne sont pas la seule dépense importante : il y a les visites de médecins, il y a les médicaments. On a donc rappelé aussi la fam.euse nosomnnie des femmes. Celles qui peuvent exiger l'indemnité se la procurent en dehors de la justice ; celles qui ne le peuvent pas se rabattent sur les médicaments, sur les « douceurs» des remèdes, sur cet agrément sans prix : entendre discuter des maladies qui n'en sont pas par un homme de science qu'on trompe. — Mais alors? — Yoilà douze ans que l'expérience dure ; elle est faite sur une échelle de quelque importance. Ces malheureuses sociétés, qui n'ont consulté que le cœur, « cette source de la partialité, )) ont donc précipité leur ruine ; il ne leur reste plus qu'à revenir sur leurs pas, heureuses si une débâcle complète n'a pas rendu la reconstitution difficile... Nous avons vu tout à l'heure les chiffres de ces douze années... Passons... Non! rétorquons au contraire cette argumentation qui semble admettre comme définitives certaines dé-

bilités de conscience chez la femme, débilités qui, si elles existent isolément, ne sont dues qu'à des notions insuffisantes et qu'on peut facilement compléter.

Quant à nous, nous en sommes convaincu, principalement dans les sociétés moyennes quant au nombre, — c'est-à-dire dans celles où ce point de vue inique ne pourra jamais germer, qu'on peut n'avoir pas plus de scrupules vis-à-vis d'une sorte d'administration tontinière que beaucoup de personnes, c'est un fait, n'en montrent souvent vis-à-vis du fisc, — dans ces sociétés-là surtout, ces trois éléments combinés : la bonne foi des femmes sociétaires, le diagnostic impartial des médecins et la surveillance des intéressés, suffiront parfaitement à vaincre les inconvénients dont on s'effraie.

Quant à la difficulté de constater la reprise effective des travaux, la question ne doit pas être posée en ces termes. Si la cessation de l'indemnité coïncide d'ordinaire avec la reprise des travaux, c'est que cette reprise semble indiquer la fin de la maladie, mais au fond c'est la fin de la maladie plus encore que la reprise des travaux, — laquelle n'est qu'une induction — qui doit amener le trésorier à fermer sa caisse. Eh bien, cette fin de la maladie, pourquoi ne pas avoir, quanta sa constatation, une certaine confiance dans le tact éclairé et dans la fermeté du médecin? Disons bien vite, au surplus, que les partisans de l'objection, c'est-à-dire de la mise en suspicion permanente de la loyauté des femmes, ne poussent pas tous la rigueur jusqu'à vouloir les exclure absolument des bénéfices de la mutualité. Bien autre, en effet se contentc-t-on de dire, est la position de la femme mariée, dont la seule occupation est de prendre soin de son ménage, ou celle de la femme qui, mariée ou non, se livre à un travail salarié. Si la première a surtout besoin d'être déchargée des frais de maladie, la deuxième a droit à une indemnité remplaçant le salaire journalier. Dans aucun cas donc, lorsqu'une femme ne touche pas de salaire personnel, on ne voudrait qu'elle fût admise à Tindemnité, quelque restreinte qu'elle pût être.

Nous aimons trop à voir toutes les expériences se faire librement poiH' condamner sans rémission les sociétés qui mettraient en pratique la distinction conseillée. Il peut même y avoir là un essai utile, et il (;st très-cerlain que les deux positions

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