‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 155 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE II

sont assez différentes. Indépendamment même du point de vue moral, qui dépasse du reste ici le point de détail étudié, — car, certaines faiblesses étant admises, le plus sûr moyen de les rendre incurables, c'est de les croire telles — les inconvénients nous semblent cependant plus grands encore que les avantages. Pourquoi d'abord ne voulez-vous pas considérer comme une valeur la part de travail que la femme accomplit dans son ménage? Est-ce que toutes les choses utiles qu'elle y fait en état de santé se feront quand elle sera au lit et malade? Est-ce qu'il ne faudra pas quelquefois que le mari, qui est à l'atelier, recourre à des soins étrangers et souvent non gratuits pour garder sa femme et ses enfants, pour remplacer la malade dans les soins intérieurs? La distinction que vous voulez établir est-elle d'ailleurs facile? Ces jeunes filles qui, au moment de leur entrée dans l'association, ont des occupations extérieures, mais qui, au bout de quelques années et une fois mariées, les abandonnent pour soigner leur ménage et leurs enfants, vous les privez à ce moment d'une indemnité dentelles ont pris l'habitude. Ceci est rigoureux ; c'est cependant encore pratique. Mais ce travail extérieur de la femme mariée, combien de fois est-il intermittent; combien de fois, par de très-longs chômages ou par une circonstances quelconque, cesse-t-il pour un temps quelconque ! Comment constaterez-vous le moment où ce travail aura cessé? Comment saurez-vous si la cessation est temporaire ou définitive ? Faudra-t-il passer successivement, et pour chaque phase, de la catégorie qui reçoit des indemnités à celle qui n'en reçoit pas? — Et l'homme lui-même, le mari, qui a quelquefois de si longs chômages ; qui, dans certaines professions, chôme invariablement plusieurs mois par année, est-ce que, s'il est malade pendant cette période inactive, les mêmes objections, absolument les mômes, ne viennent pas assaillir votre esprit? Est-ce que l'homme ne pourra pas « être faible, » lui aussi? Est-ce que « la maladie, pouvant être plus lucrative que le travail, la tentation d'abuser ne deviendra pas presque irrésistible? » Est-ce que la caisse sociale ne sera pas en péril? A moins que l'homme, par une raison trop subtile pour être devinée, soit naturellement plus loyal et plus délicat que la femme ' !

' Ce serait le contraire d'après la statistique criminelle.

Non, laissons là toutes ces catégories, toutes ces distinctions offensantes. Dans une institution faite pour moraliser autant que pour secourir, n'introduisons pas la déloyauté àlitre de présomption légale. Calculons les indemnités sur les cotisations ; là, soyons aussi rigoureux que possible. A celui qui verse peu, allouons une faible somme; à celui dont la mise est plus forte, allouons une part plus élevée. Admettons dans cet ordre d'idées des situations aussi variées que notre expérience de l'association le pourra. Ne considérons pas, avec quelques personnes, les chiffres des tables comme la négation du dévouement fraternel; mais n'établissons pas des subdivisions sur cette raison, que les uns seront plus tentés d'abuser que les autres. Celui-là qui n'est pas loyal n'a rien à faire dans les sociétés mutuelles *.

N'omettons pas un point important. Par suite de la persistance des préventions, plusieurs sociétés ont, dans ces derniers temps, adopté un système qui a l'avantage d'enlever tout prétexte à l'exclusion des femmes : ces sociétés se partagent en deux sections, obéissant aux mêmes statuts, soumises à la même direction ; seulement, la section des femmes a une caisse spéciale oh sont versées leurs cotisations, et qui paie les frais et les indemnités de leurs maladies. De cette manière, leur admission n'a plus aucune iniluence sur l'état de la caisse des hommes, et ne peut rencontrer d'objection de la part des plus prévenus.

Nous sommes on ne peut plus partisan de ce mode. Il ne faut pas qu'une idée, aussi importante que celle de l'admission des femmes, soit compromise par des préjugés injustes et mal

' il est bien entendu (juc nous prélérons mille fois la simple admission aux soins médicaux et pharmaceutiques, à l'exclusion complète. La vivacité de mitre opposition à nn mode (jui peut avoir sa raison d'être et sa justification dans tel ou tel cas (car nous n'allons pas Jus(|u'ù soutenir que la situation de la femme est identique dans les deux hypothèses), provient surtout de ce qu'on a voulu en faire une question de |)rincipe pour des causesqui nous semblent inadmissibles. On a dit aussi : la cotisation qui permet l'entrée dans une société doit être le fruit du travail du sociétaire; sur quoi imputera sa cotibation une femme qui ne gagnera pas de salaire |iersonnel ? Celle objection ne nous Bemhie pas en être une ; elle n'irait à rien moins (pi'em|)écher la simple admission aux soins médicaux. La femme imputera sa cotisation sur le salaire de son mari, qui sait bien, lui, (jue pourn'èlre pasextérieur, son travail n'en représente pas moins une valeur réelle.

Il est par troji subtil, d'ailleurs, d'aller interroger sur la source du versement la communauté conjugale. Le ver.-emenl a lieu, et un jour viendra où il sera mathématiquement calculé, il a lieu, c'est tout ce i|ui importe.

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