PARTIE V, CHAPITRE III
suivrions l'exemple de la Société de Lyon. Ailleurs nous agrégerions uniquement les femmes ou filles des membres de la société. Nous ne ferions d'e:xception que pour les veuves, lesquelles, dans la vieillesse, auraient également droit à la réversibilité de tout ou partie de la pension qui aurait été concédée à leurs maris et aussi pour les mères, belles-filles ou sœurs non mariées des membres participants.
Quelques autres exemples : la Société de prévoyance de Metz, qui a une caisse distincte, exige un versement de 75 centimes et ne paie que les visites médicales, les médicaments, les bains et les funérailles. La Société philanthropique de Niort n'a longtemps exigé que 1 centime par jour, c'est-à-dire 3 fr. 6o c. par an, chiffre insuffisant pour la seule dépense de pharmacie. Beaucoup de sociétés de Lyon admettent les femmes aux soins du médecin, sans qu'elles paient aucune rétribution; la seule cotisation du mari leur semble suffire. Nous n'avons pas besoin de dire combien ce mode est vicieux : ce n'est pas là de la mutualité. Il ne doit pas y avoir d'avantage sans rétribution. La Société des ouvriers en soie exige des femmes 1 fr. 50 c. (taux moyen de leur journée de travail), et, en échange, elle leur attribue tous les avantages garantis aux hommes, dont la cotisation est de 2 fr., sauf cependant que l'indemnité est de 1 fr. 50 c. au lieu de 2 fr. Il a été fait là une expérience sur une grande échelle, car, au 1" janvier 1863, lasociété comptait 2,850 femmes et seulement 1,046 hommes. Cette expérience n'a pas toujours amené des résultats satisfaisants, puisqu'en 1861, par exemple, la moyenne des journées de maladie a été, pour les hommes, de 7 journées, et, pour les femmes, de 12; puisqu'en outre la durée moyenne des maladies a été de 31 jours pour les premiers et de 3-4 jours pour les secondes ; mais il n'y a là aucun argument à tirer contre l'admission en général. Il paraît que le recrutement primitif a été fait dans des conditions déplorables quant à la sauté des sociétaires. Lorsque la Chambre de commerce créa l'institution, il s'agissait presque autant à ses yeux d'une institution de bienfaisance que de mutualité rigoureuse ; or, la mutualité ne peut pas refaire, et surtout sans frais, des santés absolument délabrées dès le début. A Lvftn, le mari et la femme sociétaire exercent en outre le
308 Du PAUPÉRISME.
même métier, et la femme a naturellement plus à en souffrir que l'homme.
La situation, du reste, s'est améliorée les années suivantes, sans doute par une transformation progressive du personnel ; et déjà, pour 1862, il n'y avait plus, entre la moyenne d'indemnité des femmes et celle des hommes, qu'un écart de 0,51 p. 100. La Société de Bar-le-Duc, qui a été assez rudement atteinte par suite de cotisations insuffisantes, exige maintenant un droit d'entrée de 4 fr. et une cotisation mensuelle de 75 centimes; elle ne fournit d'indemnité de maladie qu'aux veuves (50 centimes par jour). Dans une société de Rouen, la cotisation des femmes est plus élevée que celle des hommes, bien que ces derniers seuls aient droit à l'indemnité de chômage. Ceci est par trop rigoureux. Une seule chose expliquerait, — nous n'osons pas dire justifierait, — cette différence, ce serait ce fait que la femme, qui est plus délicate que l'homme, exerçât cependant un métier plus dangereux, ou même seulement aussi pénible que ce dernier.
Telle est donc cette admission des femmes, si obscure encore pour tant de sociétés. Nous croyons avoir réduit à leur juste valeur les arguments dont on se sert pour empêcher ces dernières de réaliser une mesure utile à leurs intérêts, en même temps qu'elles accompliraient un acte d'humanité et de justice. Cette question eût pu, à la rigueur, être vue seulement avec le cœur qui l'eût illuminée des plus vives clartés; mais nous avons voulu étudier aussi l'esprit et ne nous rendre qu'aux supputations et aux calculs. Dans les termes où elle est maintenant posée, on peut constater qu'il n'y a à redouter aucun mécompte, aucune chance mauvaise.
C'est ainsi qu'on verra de plus en plus rarement ce lamentable spectacle : l'épouse qui a usé sa santé, en abusant de ses forces, à soigner son mari et ses enfants, allant mourir à l'hôpital ', pendant que le mari malade reste fructueusement au milieu des siens. C'est ainsi que la société de secours mutuels offrira une image de plus en plus complète de la famille.
< Lii M'iile entrée de la femme à l'Iiûpital lui est particiilièrcmenl amèrc. Nous avons relevé (p. 152) des cliilTrcs qui se reproduisent chaque année et (|ui prouvent, à l'honneur des femmes, que leur répu(,'nimci! jiour l'hopilal est encore plus vive que celle de l'homme.