DES SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS COMPOSÉES EXCLUSIVEMENT >. DE FEMMES
Position de la femme mariée vis-à-vis de ce genre de société. — La promiscuité de l'atelier et les ouvrières non mariées. — Les essais philanthropiques de quasi-internement. — L'association laisse l'ouvrière libre et la moralise. — La lutte de l'atelier et de l'association. — Dénombrement des sociétés de femmes. — Société de Grenoble. — Résultat financier du fonctionnement des sociétés de femmes, — Le rôle des femnoes du monde dans la création de ces sociétés.
La société de secours mutuels supprimera la cause la plus fréquente de la misère, c'est-à-dire le chômage occasionné par les maladies. Elle donnera aux femmes isolées une famille. Or la première source du désordre des femmes c'est la misère; la seconde c'est l'abandon. (Jules Simon.)
Voici donc la femme mariée faisant partie d'une association de secours mutuels. Est-il absolument nécessaire que cette association soit celle dont son mari est déjà membre?
Sans soulever de nouveau aucune des questions si ardues et si complexes auxquelles peut donner lieu la situation des femmes dans notre société moderne ; sans jeter aucun regard aventureux dans les obscurités de l'avenir; sans sortir en un mot du régime pratique et légal qui est dès à présent appliqué aux femmes, on pourrait dire dans le sens de la négative : la femme, dans la société actuelle, n'est-elle pas admise par la loi à jouir de l'intégrité des droits civils?... Môme mariée, ne peut-elle pas être patentée, ftiire un commerce en son nom, et, à ce titre, être reconnue comme personne comiTierciale ? Bien plus, nos codes n'admettent-ils pas, en dehors de tout négoce comme de tout dissentiment entre époux postérieur au mariage, un régime où la vie de la femme, quant aux biens, est complètement distincte et presque indépendante de celle du mari? Que les esprits les moins enclins aux réformes se rassurent; qu'ils ne se laissent
pas entraîner à voir poinder l'utopie, au moindre mouvement personnel de la femme. Quand la femme mariée, qui souvent exercera une spécialité d'industrie complètement étrangère à l'industrie ou à la profession de son mari, s'associerait avec des personnes de son sexe, occupées d'une industrie semblable ou analogue à la sienne ; quand elle se ferait agréger à une association, pendant que d'un autre côté son mari lui-même trouverait, dans la sphère et dans les rapports professionnels qui lui sont propres, des motifs de contracter, lui aussi, des liens d'associé, il n'y aurait pour cela aucun élément nouveau introduit dans la société qui vit sous nos yeux , aucun germe à redouter d'émancipation de la femme. Les intérêts des deux époux dans la mutualité sertiicnt en quelque sorte séparés sans être distincts ; quant au but il serait identique : assurer le bienêtre et la sécurité de la famille '. Dans certains cas, le sentiment un peu accusé de dignité personnelle, produit ordinaire de l'association, loin d'être nuisible, pourrait même avoir ses avantages. Il a été remarqué que la femme de l'ouvrier ne joue pas quelquefois vis-à-vis de son mari, abstraction faite de tout désordre de la part de ce dernier, le rôle qui devrait lui appartenir. Dans certaines villes ^, « la femme est le plus souvent considérée moins comme une compagne que comme une servante^,» et elle est traitée avec rudesse. Que cet assujettissement résulte de ce que le travail des fabriques, « détournant les femmes de leur mission naturelle comme épouses et comme mères, a fait d'elles un simple rouage dans le mécanisme de la production industrielle, » ou qu'il tienne à toute autre cause , on peut croire que dans ce axa spécial la pratique de l'association distincte et le respect que la femme en concevrait pour elle-même pourraient, dans une certaine mesure, atténuer cette imparfaite constitution de la famille.
Malgré ces considérations nous ne croyons pas qu'on doive souhaiter que le mari et la femme appartiennent à deux sociétés
• N'avonH-noug pas parlé plus haut des métiers de Tcmincs au moyen âge qui avaient leurs maîtresses, leurs prudes -femmes , comme les métiers d'hommes avaient leur prévôt, roi ou malins avec leur conseil de pi inriiommes?
' A Rouen, par exemi»le.
' .M. Audif,'annc, les Populations ourrii^rcs.