‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 160 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE IV

Certes, les sociétés de secours mutuels qui réuniraient en grand nombre dans nos villes de fabrique, ou d'une manière générale, dans nos grands centres, ces malheureuses jeunes filles, ces malheureuses ouvrières isolées dont la position est aussi incertaine dans l'industrie parcellaire, que dans les manufactures, ne changeraient rien à la condition générale de leurs salaires ; elles ne seraient pas une amélioration organique à ces conditions. La question, par exemple, de l'extension du cercle des travaux réservés aux femmes, extension qui diminuera, surtout pour les spécialités n'exigeant qu'un apprentissage de courte durée et des aptitudes médiocres, un encombrement et une concurrence réduisant les salaires aux proportions les plus exiguës, cette question resterait toujours entière . Agrégée ou non à une association, l'éplucheuse de coton ne continuerait pas moins pour cela de gagner un salaire moyen, inférieur à 80 c; lî\ brodeuse, avec son travail accablant, ne recevrait pas au delà de 75 c. à t fr. ' ; la tisseuse de Lyon, au delà de 300 fr. par an ; la gantière de Grenoble, la tisseuse de chapeaux, de Nancy, l'ouvrière qui taille les rubis à Septmontcel, au delà de 75 c. par jour; la dentellière d'Arras, au delà de 1 fr. Le vœu de M. Charles Dapin, à l'Académie des sciences morales et politiques : « Il y aurait à faire un très-beau travail, et plein d'humanité, sur l'inégalité d'occupation entre les divers sexes, et sur le salaire du sexe le plus faible ; ce salaire vraiment inférieur à l'intelligence et même à la puissance de travail des filles et des femmes; r> ce vœu resterait toujours à accomplir, et ce serait toujours rendre un immense service que de « montrer quelles voies il y aurait à ouvrir pour diminuer cette inégalité déplorable et ses conséquences funestes. » Mais, pour qui connaît aussi la vertu moralisante de l'association, et l'appréhension salutaire de chaque associé pour la perte de l'estime de tons, la tisseuse de Lyon, comme la brodeuse des Vosges, comme l'éplucheuse de Lille, si leur position matérielle n'étaitpas immédiatement améliorée, offriraient à ces désordres libres, insaisissables, mais immenses et plus désastreux peut-être que la prostitution réglementée, administrée et recrutée presque en plein soleil ^,

* En général, 5 centimes par heure de travail.

2 Pour celte prostitution proprement dite, les ouvrières de Paris, prises comme type

une proie autrement résistante qu'elles ne le sont aujourd'hui. A plus forte raison, les mêmes résultats seraient-ils obtenus pour ce nombre notables d'ouvrières, de certaines industries privilégiées, qui, gagnant un salaire moyen à peu près suffisant, et même un salaire exceptionnellement élevé, pourraient, sans aucune peine, prélever sur ces salaires une cotisation d'associée, et se créer ainsi à elles-mêmes une digue volontaire contre le désordre qu'une nécessité, même apparente, n'excuse pas. Organisez, sous le patronage de quelques femmes intelligentes et distinguées de nos villes, des sociétés de 100 à 150 ouvrières non mariées ; abaissez la cotisation, comme l'indemnité, autant qu'il le faudra pour les mettre eu harmonie avec les salaires ; apportez le concours des membres honoraires, indispensable ici, et vous aurez trouvé le moyen le plus efficace pour arrêter cette précoce démoralisation des filles, qui envahit l'âme d'une façon profonde, irrémissible; qui éteint d'avance le respect que devrait obtenir l'épouse, qui corrompra plus tard le cœur des enfants.

A ceux qui nous ont suivi jusqu'à présent dans ces études détaillées, avons-nous besoin de prouver que, quelle que soit la triste exiguïté du salaire des ouvrières de Nancy ou de Saint- Quentin, par exemple, et les impérieuses nécessités de leur existence matérielle, l'organisation parmi elles de nombreuses sociétés de secours mutuels ne permettrait pas la continuation du désolant usage dont nous n'osons pas dire le nom une seconde fois? Que le génie de l'association ait le temps de faire son œuvre, et la lutte suivante s'établira nettement sur toute la ligne : l'atelier faisant un point d'honneur du vice, la société faisant un point d'honneur de son contraire. Nous ne rêvons pas notre institution sous la forme d'une Salente de vertu; il y aurait donc encore bien des chutes, parce qu'il y aura beaucoup

1,'éiiérul, ne fournissenl jias viiie pari considérable dans le contingent qui ralimcnle. D'après un tableau anncxi'; à la troisième édition du livre de Parcnt-Ducliùlelel, et relatif au nombre des sujets fournis à la prostitution de Paris, par les diverses professions, sur 41 catégories que comprend le tableau, les femmes sans profession occupent le premier rang et les doine.>>ti(|ues le second. La moyenne est pour elles de 8l,Gl), sur mille. Klle n'est que de 02. 'i? jinur les ouvrières qui fournissent après elles, la moycime la plus élevée, les giletiércs. liilc tombe très-vile, après, au-dessous de 10.

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