II
a-t-il été révélé à Londres dans une enquête, — dont les mères étaient adonnées à la boisson, refuser de prendre le sein des femmes qui ne buvaient pas de gin '. En France, croyons-nous, ces exemples sont devenus très-rares. Les crèches sont là, grâce à Dieu, qui rendraient les horreurs de la thériaque une monstruosité inutile (les crèches, mal nécessaire dans la vie industrielle). La mortalité elle-même a diminué sensiblement.
Quoi qu'il en soit, et surtout pour la première enfance, les générations des enfants pauvres sont encore réduites dans des proportions ' qu'il faut à tout prix diminuer. Aucune mesure n'y contribuera plus que l'agrégation des enfants aux sociétés de secours mutuels. Cette agrégation est un corollaire indispensable de celle de leurs mères. Malgré le dénùment matériel encore bien grand sur plusieurs points, n'est-ce pas à l'absence ou simplement au retard de soins suffisants en cas de maladie qu'il faut attribuer principalement la mortalité actuelle?
Certes, l'insalubrité des habitations, l'insuffisance du vêtement ou de la nourriture contribuent bien pour leur part à ces tristes résultats. Dès que les enfants sont sortis de la première période de la vie, les excès de travail auxquels ne peuvent les soustraire qu'imparfaitement dans nos régions industrielles les lois sur le travail des enfants dans les manufactures ^, apportent
< G juillet 1834.
2 Du tiers à la moitié sans doute.
^ Loi (lu 22 mars 1841.
Quoique nous soyons bien loin à ce sujet des misères signalées en Angleterre et dans les Flandres belges, la loi de 1841, provoquée, il faut le dire, par les fabricants euxmêmes, répondait aux plus urgentes nécessités. On peut contester avec raison, au point de vue des conditions organiques de la production, de la concurrence déloyale entre les chefs d'industrie, les uns exécutant la loi, les autres ne l'exécutant pas; au point de vue surtout de la faculté que doivent avoir les ouvriers d'a|)|)récier eux-mêmes leurs besoins et leurs exigences le principe de la limitation de la journée de travail des adultes; mais personne ne désapprouvera jamais les mesures qui ont pour objet de protéger l'enfance contre les effets aveugles de la concurrence et l'invincible appât du plus minime salaire pour beaucoup de familles {lauvres. La loi ici doit achever l'œuvre des mœurs. Il y a plus : avec beaucoup d'hommes spéciaux et notamment avec la société industrielle de Mulhouse, on est en droit de demander que la durée du travail des enfants qui est aujourd'hui limitée à 8 heures, soit limitée à G heures. Peut-être même conviendrait il aussi (pie l'âge d'entrée fut retardé de huit à neuf ans. Les conseils de révision de Houen, de Roubaix, de Lille, etc., opineraient certainement dans ce double sens. Voyez l'Ouvrier de huil nns, par M. J. .Simon, lievue des Deux- Mondes du !•' décembre 1SG4 )