PARTIE V, CHAPITRE V
aussi leur triste contingent à ces funèbres enquêtes. Mais il n'est pas douteux que là ne se trouve pas la principale cause de la mortalité des enfants. D'abord, pour la catégorie soumise au travail industriel, laquelle n'embrasse après tout que des chiffres relativement restreints, les locaux des manufactures deviendront de plus en plus sains et aérés ; les logements tout à fait insalubres, de plus en plus rares; le travail, dont les moteurs mécaniques ont déjà tant diminué l'intensité, sous l'action des chefs d'ateliers et des parents eux-mêmes, mieux éclairés sur leurs véritables intérêts, atteindra de plus en plus une durée normale. Et pour la grande masse des enfants, combien en voit-on qui, au sein de familles en proie au dénùment, doivent à la sollicitude incessante de la mère et du père lui-même, s'imposantpour cela les plus touchantes privations, de jouir d'une sorte de bien-être ! Mais quand la maladie arrive, quand l'enfant pauvre reçoit les atteintes d'une de ces mille indispositions, lot naturel des commencements de l'existence , et à l'abri desquelles ne se trouvent nullement placés les enfants des riches ', c'est alors que le danger commence, véritable, décisif, marchant le plus souvent avec une rapidité foudroyante et sans rencontrer d'obstacle sérieux. Ici, en effet, la sollicitude maternelle n'est pas suffisante, l'abnégation et l'héroïsme sont sans résultat ; ce qu'il faudrait, ce serait un médecin ; ce qu'il faudrait, ce seraient des médicaments. Là seulement serait l'intervention souveraine. Or, combien est-il de ménages pauvres qui puissent seulement essayer de subvenir à de pareils frais, à l'heure oii ils seraient réellement utiles, c'est-à-dire dès qu'apparaît ce malaise sourd, cette indisposition sans siège déterminé, — que la nature dissipera, espère-t-on ; — qu'une aggravation soudaine, présage d'un dénoùment irréparable, ne tarde guère à suivre^ Oh ! à ce moment, croyez-le bien ; à ce moment, où la crise est visible pour tous, où le danger crie, on court à la porte de l'homme de science, et rien ne coûte à ces anxiétés, à ces désespoirs pour conserver cette existence fragile et chère. Suprême
' Gomme moyenne générale, un quart des enfants meurt avant un an ; un tiers avant deux ans. « Le berceau, a dit M. Michelet, est pour nn nombre énorme d'enl'anls un petit moment de lumière entre la nuit et la nuit. »
recours aux moyens suprêmes, derniers et. indispensables objets vendus à vil prix ou engagés avec certitude à peu près absolue de perdre à jamais le dépôt, hélas ! tout est superflu. Ce berceau, entouré hier de tant de caresses, d'espérances, d'illusions même ; il est bien vide maintenant ; la mort marche vite ; le gouffre ne rendra pas sa proie.
Quelquefois, au contraire, la vie et les résistances dont elle est faite l'emporteront, et la mère pourra encore embrasser son fils, et le père retrouvera à sa rentrée de l'atelier, cette figure souriante d'enfant dont l'idée lui faisait hâter le pas; mais ce sera le sourire triste d'un être étiolé et chétif à qui une série de maux négligés au début et de guérisons incomplètes réserve des infirmités précoces, une existence malheureuse, accessible à toutes les influences mauvaises, sans énergie ni sécurité.
Vous tous donc, laborieux ouvriers, qui prélevez courageusement sur votre rude salaire la part de la prévoyance, la cotisation destinée à sauvegarder votre santé si précieuse et même celle non moins précieuse de la mère de vos enfants, songez, — tout vous en adjure, — à ces enfants aimés, aux périls sans nombre qui les menacent, aux obstacles naturels qui les rendent moins aptes que vous à lutter, à se défendre ; plus prompts à souffrir, à mourir ou à perdre sans retour la vigueur nécessaire à une vie de travail. Donnez un corps à votre tendresse, faites rationnelle votre sollicitude ; agrégez, en un mot, vos enfants avec vous à cette société mutuelle, qui si souvent vous a rendu, qui vous rendra encore à la santé, à la vie, au productif labeur '.
' Est-ce que la généralisation de l'admission des enfants n'aurait pas, en outre, pour résultat, au moins par la diminution de la misère et par la surveillance jilus active et plus morale des parents, de diminuer cette criminalité de l'enlance qui est devenue avec raison l'une des préoccupations les plus graves de l'époque, ([uoique son accroissement soit plus apparent (pie réel, accusé qu'il est d'une manière plus saillante par une répression plus sévère Y Kst-ce que les dépenses ([n'occasionne rajiplicalion un peu large peutêtre, mais lrcs-com|)réliensiljle, par la magistrature de la loi sur les jeunes détenus, n'en seraient pas diminuées ?
C'est une «lucstion bien ardue (|ue celle des enfants jugés en verlii des art. GC et 07 du Code pénal; (|U(!slion (pii ne peut être m('nu! indiriuéi; i(^i et ipie mous espérons traiter un jour spéciahrmenl. Pour rester dans notre sujet, disons (pi'en dcliorsde l'adoption des orphelins et du |)alronage des apprentis, il nous semiile évident ipi'inie famille |iauvru agrégée à une société mutuelle y contractera des sentiments et des habitudes sous