PARTIE V, CHAPITRE VI
leur vie. L'ouvrier mutuellistc, si l'association dont il est membre a organisé l'adoption des orphelins, peut mourir tranquille. Combien différentes sont les dernières heures de l'ouvrier non associé, dont la pensée se repose forcément sur l'horrible banalité de l'hospice !
Il est donc désirable de mutualiser l'orphelinat. Les faits ont déjà prouvé que cela était possible : quelles sont les règles qui doivent présider à cette création ?
Un fonds distinct et séparé est la première condition à remplir. Dans la Société du huitième arrondissement de Paris, ce fonds se compose des dons et subventions affectés à celte destination spéciale, mais surtout d'une cotisation supplémentaire et obligatoire pourtousles membres participants, — de 15 centimes par mois pour les hommes, et de 10 centimes pour les femmes. — Dans la Société du faubourg Saint-Denis, le fonds se compose uniquement des dons volontaires et du produit des quêtes ; la souscription des membres est indéterminée et facultative ; ceux qui versent une somme reçoivent le nom de donateurs. Avonsnous besoinde dire combienle premier mode nous semble préférable ?... Seul il est conforme aux vrais principes, seul il peut fonder l'institution. L'expérience n'a pas encore fait connaître, d'une manière précise, le taux d-e la cotisation à exiger de chaque membre ; mais ce qui est certain, c'est qu'il faut une cotisation, toujours par cette raison élémentaire qu'à toute assurance, il faut une prime. Gardez-vous donc d'apporter dans ces nobles institutions qui, tout en devant germer par la sympathie, ont pour première assise la prévoyance et la sécurité de tous, les fausses idées prises dans des régions tout à fait différentes. La Société du faubourg Saint-Denis n'a encore essayé qu'une bonne œuvre ; la Société du huitième arrondissement a établi une idée sur des bases durables '.
Dans un intéressant opuscule publié en 1857 et qui a jeté beaucoup de clarté sur ce point, M. Armand Bonnet, secrétaire
' Nous (levons dire que dans la pensée du président si distingué de la Société du laulmurg Saint-Denis, l'honorable M. Vée, le système adopté i)ar cette société ne semble devoir être que transitoire. Aussi les réflexions ci-dessus s'appliquent-elles uniquement aux associations (|ui, sous des diredioiis moins intelligentes, adopteraient comme systènie définitif ce qui ne peut être qu'une préparation.
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de cette dernière société, suppute que pour une association de 300 membres participants, comprenant un nombre égal d'hommes et de femmes, la cotisation, moitié à io et moitié à \0 centimes, produira un capital de 450 francs par an. Ce nombre égal d'hommes et de femmes pourragénéralement se décomposer ainsi : 100 ménages ou sociétaires mariés dont la double éventualité de mort, calculée sur un même ménage, donnera ouverture au cas d'orphelinat de père et de mère, si le dernier décédé laisse des enfants et encore s'ils sont en bas âge, et 100 célibataires dont le décès n'entraînera aucune conséquence. Cette double éventualité pourrait être réduite quelquefois cependant à une seule pour les membres participants entrés veufs ou veuves dans la société. Des chances connues de mortalité, il résulte approximativement que la somme de 450 francs, sans compter les concours étrangers, moins déplacés ici que jamais, sera à peu près suffisante ^
La Société du huitième arrondissement, comme du reste celle du faubourg Saint-Denis, « voulant soustraire l'orphelin à la charité publique et à la maison de refuge; comme la fonction moralisatrice des sociétés mutuelles est d'enlever le sociétaire malade à l'hôpital, » donnent à leurs orphelins non pas l'abri d'un hospice, mais les soins et l'affection d'une nouvelle famille, en général choisie parmi les plus honorables de leur cUentèle. Sous la haute surveillance du conseil d'administration de la société, faisant officieusement fonction de conseil de famille, sous la surveillance plus immédiate d'un tuteur ou patron désigné aussi dans la société, l'enfant confié à un de ces excellents ménages d'ouvriers privés d'enfants ou pouvant en élever plusieurs, grandira dans le milieu d'intérêts et d'idées qu'il eût trouvé dans sa famille propre, et il arrivera à l'apprentissage d'abord, à l'âge d'homme ensuite, sans avoir perdu dans des établissements plus ou moins bien dirigés, toujours la notion précieuse du foyer, quelquefois plus encore. L'orphelinat en famille combiné, comme nous le
• Sur 8 (lé. es en 3 ans la Société du premier arrondissement n'en a éprouvé qu'un seul (|ui ait présenté un cas il'aiioption.
M. Véc [Du paupérisme et des sf cours piiJtlics dans larillr de Paris, p. 47), fixe à 100 fr. environ par an la charg'; elTtJclive d'un enfant pour un ménajj'c pauvre.