‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 175 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE VII

est de 4 p. 100. En France, elle est encore aujourd'hui de 27 p. 100, et d'après une appréciation compétente et qui rend justice à tout ce qui a été fait, en disant hardiment ce qui reste à faire \ h moins d'un changement complet de moyens, il se passera encore plus de 50 ans avant qu'elle ne soit réduite à 10 p. 100 '^. Nous avons pareillement laissé passer devant nous la Suisse, les Etats-Unis, les Danois, les Suédois et les Norvégiens ! A Paris, sur les 397,000 ouvriers des deux sexes, recensés en 1862, tandis que 12 p. 100 seulement ne savent ni lire ni écrire, dans certaines industries, telles que celle des produits chimiques, il y en a 74 sur cent, et la fabrication des allumettes chimiques n'offre pas une seule fille sachant lire et écrire ^ En somme, et ceci est un chiffre officiel *, — qu'on doit

' M. le général Morin, discours à la séance publique des cinq classes de l'Institut, 16 août 1864.

^ Suivant M. Morin, sur 100 jeunes gens, ayant 20 ans en 1828, il y en avait 53, ou plus de la moitié, qui ne savaient ni lire ni écrire. En 1833, il y en avait encore 46 p. 100 qui étaient aussi ignorants. Enfin, en 1862, après 29ans d'exécution de la plus bienfaisante des lois, plus de 27 jeunes gens sur 100 ne savaient ni lire ni écrire.

D'après un tableau faisant connaître par département combien sur cent enfants de 7 à 13 ans, n'ont pas fréquenté l'école en 1861, on trouve pour le Bas-Rhin et pour les départements montagneux comme les Ardennes et le Jura, les proportions de 0,25 p. 100, 1,34; et pour des départements comme la Dordogne, la Loire-Inférieure, le Cher 30,80; 36,60; 45,70. Dans la Haute-Vienne et dans la Corse 58,00 et 70,00. D'après le journal de l'instruction publique du l'"^ janvier 1862, la moyenne était de 12,71 pour 100 habitants pour la France entière. 34 départements présentent une moyenne plus élevée que la moyenne générale du pays; 55 ont une moyenne inférieure, L'Est et le Nord sont généralement en tête ; le centre et le Midi dans les derniers rangs. Il y a telle commune de l'Indre où on ne trouve que deux personnes sur cent, sachant lire, écrire et chiffrer convenablement. Dans un conseil municipal des environs de Paris, neuf membres sur dix ne savent pas lire. D'après les statistiques du ministère de la guerre, la Seine n'est placée qu'au treizième rang. Il ne faut pas manquer de noter la différence si considérable de fré(iucntation de l'école pendant l'hiver et pendant l'été. D'après certains chiffres, assez anciens il est vrai, cette fréquentation, l'été, ne serait pas réduite à moins de la moitié de celle de l'hiver.

■' On ne peut malheureusement pas fournir de renseignements précis relativement à l'instruction primaire des filles, laquelle suivant des opinions bien autorisées, ne serait pas à améliorer, mais à créer. A Paris cependant, on sait par l'enquête de la Chambre du commerce, que la proportion des ouvrières qui savent lire et écrire est d'environ 85 p. 100 et celle des jeunes filles apprenties de 92 p. 100. Dans l'ensemble du pays, tandis que la gratuité est pour les garçons de 38 p. 100 elle est pour les filles de 43 et de 40 p. 100. Plus de la moitié des femmes de notre pays ne savent signer leur nom. D'après les relevés des actes de mariage 55 p. 100, — (et 34 p. 100 pour les hommes).

* Exposé de la situation de l'empire, novembre 1863.

d'autant plus louer l'administration de mettre en lumière qu'il a pour résultat de nous empêcher de nous enorgueillir sur nos mérites, et de nous amener à nous efforcer vers le mieux, — à la fin de 4863, près de 600,000 enfants, c'est-à-dire un enfant sur six ', restent complètement privés d'instruction ^.

Il y a cent ans qu'un des correspondants de Voltaire lui écrivait : (( Tout est perdu, le peuple apprend à lire. » Il y a bien longtemps aussi (en 1850) que M. le marquis de "*, député d'un de nos départements septentrionaux, — revenant féodal dans une assemblée de la République, — disait du haut de la tribune : « Le peuple n'est pas fait pour lire, mais pour labourer. » Aujourd'hui, de telles idées, quelque enveloppées qu'elles fussent, nonseulement révéleraient un « mépris de la démocratie, qui serait au fond le mépris de l'humanité ^, » le mépris de la raison ellemême, puisqu'on la croirait impuissante à se communiquer et à se faire entendre *; non-seulement donc de telles idées constitue-

' Des statistiques un peu antérieures évaluaient ce chiffre à un million à peu près. D'après M. Senior {Resohitions and heads of Report), le même chiffre serait en Angleterre d'environ 900,000. Dans le même pays il y aurait 45,000 écoles avec 3,700,000 enfants. Les proportions se balancent. En Angleterre du reste, comme chez nous, plus que chez nous peut-être,— car l'enseignement n'y étant pas remis à un grand corps constitué, l'effort des citoyens y est d'autant plus nécessaire, — wighs, tories et radicaux, catholiques et anglicans, tous les partis se réunissent pour diminuer le nombre des déshérités. Les raggedschools (pour les enfants en haillons), et les réformatories vont chercher courageusement leurs jeunes adeptes, jusque dans l'égout.

- Le général Morin a donné un très-curieux étal indiquant la proportion des sommes affectées au service de l'instruction publique et aux services militaires dans une partie de l'Europe : tandis que la part proportionnelle allouée aux seconds, en France, en Autriche, en Prusse, en Havière, dans le Hanovre, est de 0,295; 0,270; 0,276; 0,219; 0,128, elle n'est pour le premier que de 0,011 ; 0,019; 0,014; 0,022; 0,013.

Suivant M. Jules Simon, nous ne donnons pas proportionnellement à nos écoles la huitième partie de ce que donne aux siennes la petite république de Genève {Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1803). Suivant M. Laboulaye, il nous faudrait un budget de 200 millions pour mettre nos écoles (sans parJer de l'enseignement secondaire ou supérieur) sur le jtied des écoles américaines (Le parti libéral, p. 173). Ces écoles, il est vrai, sont gratuites.

3 M. E. Havet.

* Ainsi, |)ar exemple, il y a l'objection dite des demi-savants, au sujet de la<iuelle M. E. iJersol a trèsKpiriluellement écrit : « Plusieurs personnes du plusgrandiesprit, par haine des demi-savants, qui font comme on sait, tout le mal en ce monde craignent que Je peuple n'apprenne à lire et à écrire et de |»eur (ju'il |iinsemal ils prendraient la peine de penser pour lui n{Qucsliiins actuelles, p. 197). Pour nous si l'objection est faite bypocrilemeiil, elle ne comporte pas de réponse; si elle est sincère, elle nous semble tomber en général dans le domaine de la fantaisie et du goût, (le n'est pas de l'économie

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