PARTIE V, CHAPITRE VII
sons disséminées dans les montagnes et dans les bois ! et les voies de communications incomplètes I et ces chaumières où des enfants, des infirmes, ont l'enfant pour unique gardien ! et cette pénalité appliquée contre un homme dont le seul délit sera la misère !
L'enseignement obligatoire n'est pas l'école obhgatoire, répondent les autres, et nul ne veut atteindre le droit du père de famille de choisir l'instituteur de ses enfants. Le père n'a pas plus le droit de priver ses enfants de l'instruction, au nom de la société, qu'il n'a le droit de les priver de la nourriture du corps. C'est justement parce que nous sommes partisans de l'initiative individuelle, que nous voulons que tout le monde soit mis en possession de ces premiers outils de la connaissance, sans lesquels la possibilité de l'initiative n'existe pas. Un homme qui ne sait ni lire ni écrire n'est pas un homme libre. Nulle part, ni en Allemagne, ni en Danemark, ni en Suède, ni en Norwége, ni dans les pays protestants, ni dans les pays catholiques, il n'y a eu atteinte portée à l'autorité du père, ni à la liberté de l'enseignement, attendu que les parents restent complètement libres dans le choix des maîtres et des méthodes, et ne sont astreints qu'à justifier que leurs enfants reçoivent réellement l'instruction. Au point de vue des cultes, l'enfant dissident serait dispensé de prendre part aux exercices religieux. Pour la soidisant impossibilité pratique, « acclimaté près des glaces du pôle, l'enseignement obligatoire prospère sous toutes les zones tenipérées et résiste aux ardeurs du tropique. On le trouve au norl, au centre et au midi de l'Europe '. » Pour la gratuité, qui est désirée par quelques-uns ^, combattue par beaucoup d'autres ^, l'obligation ne la présuppose nullement, car elle est considérée comme un impôt, comme une dette du citoyen en-
* M. Charles Robert.
'■' M. Laboulaye, s'appuyant sur l'exemple de l'Amérique où l'instruction n'est pas obligatoire, mais où toutes les écoles sont entièrement gratuites, trouve que c'est là la solution la plus elTicace, car par sa douceur et son attrait, elle arrive à un résultat que la contrainte aura peine à atteindre, la plus démocratique, car elle ne touche ni à hi liberté du citoyen, ni à l'autorité du père de famille [le Parti libéral, p. 173).
•• M. K. liersot : « Il n'est bon pour personne d'être dispensé de son devoir et quand on invite les citoyens à faire remplir leur devoir par l'État, on les invite au communisme, qui n'est utile ni aux citoyens ni à l'État » (ub. sup., p. 171).
vers la société et du père envers Tenfant dont celui-là n'est dispensé que lorsqu'il n'a pas le moyen de la payer.
Le principe est juste, dit-on enfin dans un sens intermédiaire, mais l'application n'est pas indispensable. Les parents ne refusent pas d'envoyer leurs enfants à l'école; le nombre des enfants qui n'y vont pas se restreindra de plus en plus. Laissez faire les mœurs, ne troublez point le progrès naturel des choses. Voilà 011 en est la question. On voit qu'ici tous les mots portent; il n'est pas un argument qui n'en traverse un autre; c'est une mêlée de choses , comme de noms. Ueureusement pour la modeste part apportée ici dans la solution de l'immense problème, ne sommes-nous pas obligé de prendre absolument parti. Qui sait, du reste, si des faits ne viendront pas, plus ou moins prochainement, rendre ici la discussion superflue?
Quoi qu'il en soit, même pour ceux qui croient nécessaire de recourir à la coercition, et en attendant que leur pensée soit réalisée,— si elle doit l'être un jour quelconque,— pour eux comme pour tous, la nécessité d'agir sur les parentsestreconnue.il faut, dit-on, punir l'ignorance et attendre la responsabilité du père négligent, en faisant de l'instruction primaire une condition absolue des moindres emplois, des moindres faveurs, comme on fait de l'instruction secondaire une condition absolue des professions et des fonctions supérieures. D'autre part, remarque-t-on, « ou trouvera les moyens d'agir sur les parents, quand on réfléchira que ces parents sont dans la classe indigente, que cette indigence met à la discrétion des municipalités des sociétés et des personnes charitables '. » Sans exclure ici le moins du monde l'action de la municipalité et de la charité collective et individuelle, nous croyons que les sociétés de secours mutuels pourraient jouer aussi un rôle de quelque importance, non-seulement par le patronage si utile des enfants du sociétaire déjà entrés à l'école, par l'émulation développée chez lui, ainsi que nous l'indiquerons tout à l'heure, mais par l'impulsion à donner au père de famille lui-même, lorsqu'il n'envoie pas ses enfants chez l'instituteur. Vous voulez entrer dans notre société pour vous garantir de la maladie , pour vous
« M. E. Bersot, ub. sup.. p. 170.