PARTIE V, CHAPITRE VII
procurer d'autres avantages — très-bien — mais nous, société, nous avons introduit dans notre charte un article par lequel nous nous sommes engagés à envoyer nos enfants à l'école. Nous ne considérons pas comme notre associé un homme qui refuse le pain de l'intelligence à ses enfants; de notre droit moral, nous le qualifions indigne et nous faisons servir au bien de ses enfants, c'est-à-dire au sien propre, l'attraction que notre système de secours exerce sur lui. Pour les sociétés qui ne voudraient pas recourir à ce moyen de la non-admission ou de l'exclusion (que, quant à nous, nous trouvons à l'abri de toute objection sérieuse, car si on peut blâmer l'État d'empiéter sur la liberté, en imposant à un citoyen de faire instruire son enfant, on ne peut blâmer des citoyens rassemblés pour un but licite de s'astreindre volontairement à telle ou telle condition licite), pour ces sociétés, elles pourraient, de même qu'elles récompensent et encouragent le travail et la conduite des enenfants de leurs membres qui vont aux écoles, récompenser et honorer les parents qui y envoient leurs enfants et les surveillent de manière à diminuer la nécessité du patronage collectif.
Le paysan obstiné s'en va répétant qu'il a bien vécu et bien labouré sans savoir lire, ni écrire, et que ses enfants feront de même. Les raisonnements les mieux déduits sur l'élévation du niveau intellectuel le laissent parfaitement indifférent, et même il ne les perçoit pas ; mais il perçoit au contraire très-bien, et il percevra de plus en plus, dans tout le pays, l'utilité d'avoir à bon compte les soins médicaux, les médicaments et d'autres secours encore. Si grâce à une intelligente impulsion, la société auprès de laquelle il sollicite son admission pour se procurer ces divers avantages, lui disait : Je ne vous accepte pas, si vous persistez à traiter votre enfant comme un animal utile, il est incontestable que la réprimande municipale, l'amende et la prison deviendraient parfaitement inutiles; l'enfant irait chez l'instituteur. Nous entendons dire : il n'y a pas de sociétés mutuelles partout. D'accord, mais — toujours dans l'hypothèse de k noncoercition, — il est probable que les sociétés se répandront plus facilement, — parce que leurs bénéfices sonttangibles, — que nese dissiperont les préjugés invétérés du paysan contre une innovation, dont l'aspect purement moral ne lui fait pas toucher du
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doigt un avantage certain à un jour donné pour sa culture et ses autres intérêts. Du reste, les contingents actuels pourraient produire une amélioration immédiate, qu'il ne faut pas dédaigner. Nous avons mentionné plus haut une association d'ouvriers *, qui depuis longtemps, frappe d'amendes les sociétaires refusant d'envoyer leurs enfants à l'école primaire ^.
Un temps indéterminé se passe... Sous l'action de tous ces efforts combinés, l'enfant va à l'école primaire. Les villages français, contigus par exemple aux villages allemands, n'offrent plus sous ce rapport une infériorité humiliante ^. L'influence du régime industriel qui contribue tant à détourner les enfants des écoles, pour les diriger prématurément vers l'atelier* est-elle même combattue. Le travail de la manufacture a une durée moindre, les enfants qui y prennent part sont divisés en deux relais. Ils suivent tous les leçons de l'instituteur ; ils le suivent fructueusement pour leur instruction et leur santé ^ Ne sortant plus de la fabrique à des heures inégales, ils ne troublent plus les leçons dont d'autres enfants cherchent à profiler. Est-ce tout? Nous sommes une nation industrielle ^,
' A Hérimoncourt, Doubs.
Nous avons aussi parlé des sociétés de secours mutuels italiennes, devenues en même temps sociétés d'instruction mutuelle. En France, au Havre, dans les chantiers d'un constructeur maritime, M. Mazeline, il s'est aussi formé une société d'instruction mutuelle de travailleurs, « s'apprenant à apprendre, » suivant l'expression d'un des fondateurs.
' Rapi)clons en passant que si, dans la donnée qui vient d'être énoncée, les sociétés pourraient beaucoup |iour l'instrustion primaire et indirectement pour l'instituteur, ce dernier dores et déjà peut, pour beaucoup de points, faciliter la marche administrative des sociétés (difficultés de comptabilité, etc., etc.). L'intérêt est donc ici récipro(iue.
•' Dans la Moselle, par exemple, d'après les renseignements fournis en 18G1, par les instituteurs |iul)lics.
* «Quand les fabricants anglais, enrichis par les machines récentes, vinrent se |)laindre à M. l'ilt et dirent : « Nous ne gagnons pas assez! » il dit un mot cfTroyable qui pèse sur sa mémoire : « Prenez les enfants. » (Micuelet).
s Système des demi-temps d'école, en Angleterre. Mémoire de M. Ed. Chadwiek, lu à l'Académie des sciences morales et |)oliti(iues, mai IStVi; système qui, d'après lord Broughain, est é(piivalent dans la science pé''agogi(pie, à une découverte mécanique.
* jr)O,O0() usines, 1,. 000,000 ouvriers de l'abri(|ues, sans compter T) millions d'Iioinines et de femmes, occujiés par la petite, industrie ou le commerce et .'J00,000 clievaiix-vapeur, qui peuvent représenlerMe. travail de 10 millions d'hommes, un capital mobilier